Compte-rendu critique, opéra. PARIS, TCE, le 7 février 2018. POULENC, Dialogues des Carmélites. Rhorer, Py.

DIALOGUES DES CARMELITES -Compte-rendu critique, opéra. PARIS, TCE, le 7 février 2018. POULENC, Dialogues des Carmélites. Rhorer, Py. A Bruxelles, en décembre dernier (2017), nous avions pu mesurer, évaluer à sa réelle… justesse la proposition scénique, visuelle, musicale de cette nouvelle production à l’époque en Belgique. Dans une sorte de mysticisme synthétique et épuré, Olivier Py est un croyant inquiet, jamais satisfait, cultivant une tension visuelle qui ne cesse d’interroger… en témoigne cette scène en blanc et noir, tout en contrastes et nuances grises aussi, où perce et brûle l’éclat incandescent d’un néon ou d’un tube de lumière : emblème d’une sublimation, d’une métamorphose spirituelle à l’oeuvre ? Pourtant restent, en signes redondants moins percutants et graphiques, l’utilisation des tableaux religieux, ou les inscriptions à la craie sur les murs… dispositif qui devient un peu trop récurrent chez le metteur en scène. Il fait trop assurément, enchaînant Aida, Alceste, et donc Carmélites… aujourd’hui, soeurs voilées dans le même visuel déjà vu, mais au rythme haletant. Comme Chéreau dans Elektra, Py chez Poulenc, fouille, introspecte, ausculte la psyché de chaque personnage, à commencer par la relation (sensuelle), magnétique qui lie peu à peu Blanche et Constance. Chacune va ainsi jusqu’au bout de leur fragilité.

Avouons que Patricia Petibon (Blanche) en fait trop, comme pour compenser de nouvelles faiblesse dans un jeu qui reste trop tendu. Sabine Devielhe (Constance) chante comme à l’extérieur de son caractère, toujours distancée, déclamant certes avec nuances, un texte qui semble ne jamais la toucher. La Croissy atteint un sommet de vérité tragique et de vraie déroute humaine grâce au jeu ciselé de Otter. Sophie Koch (Marie) impose sa fierté active : une femme forte assurément qui défie l’adversité. Véronique Gens en Lidoine exprime bien la bonté passive de cette âme trop tendre. Finalement ce sont les aînées qui ici troublent davantage que leur cadettes.
Parmi les hommes, fils et père, Chevalier de Barbeyrac et Marquis de Cavallier saisissent par leur relief capable de finesse. Deux modèles : de chant, de jeu.

Déjà pilote principal à la création parisienne (décembre 2013), le chef Rhorer veille à la cohérence sonore, aux équilibres chanteurs / fosse, trouve de nombreux accents et silences très habilement placés. C’est ainsi que l’agonie et la fin de la Prieure, le Salve Regina s’habillent ici en vérité et intensité. L’opéra de Poulenc y gagne un souffle et une profondeur souvent irrésistibles.

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Compte-rendu critique, opéra. PARIS, TCE, le 7 février 2018. POULENC, Dialogues des Carmélites. Rhorer, Py. Illustration : © V Pontet / TCE 2018

POULENC : Dialogues des Carmélites.
Opéra en trois actes et douze tableaux / livret d’après la pièce de Georges Bernanos,
qui s’est lui-même inspiré d’une nouvelle de Gertrude Von Le Fort / Créé en italien à la Scala de Milan le 26 janvier 1957 / puis en français à l’opéra de Paris le 21 juin 1957.

Mise en scène : Olivier Py
Décors et costumes : Pierre André Weitz

Marquis de la Force : Nicolas Cavallier
Blanche de la Force : Patricia Petibon
Chevalier de la Force : Stanislas de Barbeyrac
Thierry / Le médecin / Le geôlier : Matthieu Lécroart
Madame de Croissy : Anne Sofie von Otter
Madame Lidoine : Véronique Gens
Mère Marie : Sophie Koch
Sœur Constance : Sabine Devieilhe
Mère Jeanne de l’Enfant-Jésus : Sarah Jouffroy
Sœur Mathilde : Lucie Roche

Chœur du Théâtre des Champs Elysées
Ensemble Aedes

Orchestre National de France
Jeremy Rhorer, direction

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