Compte-rendu critique, opéra. Paris, Auditorium Saint-Germain, le 2 avril 2017. Sullivan : Le Mikado, Laurent Zaïk / Renaud Boutin.

arthur-sullivan-2Compte-rendu critique, opéra. Paris, Auditorium Saint-Germain, le 2 avril 2017. Sullivan : Le Mikado, Laurent Zaïk / Renaud Boutin. Né en 1936, le Groupe Lyrique des PTT de Paris monte chaque année une opérette, devenue au fil des ans une véritable institution parisienne. Renommée sobrement « Le Groupe Lyrique », la compagnie, composée uniquement de chanteurs amateurs de haut niveau, présente en ce mois d’avril Le Mikado imaginé par le légendaire duo anglais composé d’Arthur Sullivan pour la musique et William Gilbert pour le livret.

Voyage à Titipu

Créé en 1885, ce petit bijou assure un sommet de gloire pour le tandem et demeure leur ouvrage le plus populaire hors du territoire anglo-saxon. Pourtant, le succès n’a jamais été au rendez-vous en France, l’œuvre ayant été peu jouée dans l’Hexagone et n’ayant jamais réussi à s’imposer face à l’opérette française.
Merci donc au Groupe Lyrique d’avoir permis au public parisien de découvrir cette pépite trop méconnue.
La mise en scène sobre et efficace de Renaud Boutin ne s’embarrasse pas de superflu et permet de suivre clairement l’action, notamment grâce à la scénographie dépouillée imaginée par Cécilia Delestre. Cette dernière a également imaginé de très beaux costumes, mélangeant couleurs et époques, réalisés avec le concours des étudiants en DMA Costumier-réalisateur du Lycée La Source de Nogent-sur-Marne. Du très beau travail.
La nouvelle traduction française due à la plume de Gilbert Lemasson fait de son mieux pour se couler dans les rythmes si particulier de la langue originale anglaise et, si on devine çà et là les coutures de ce travail d’adaptation minutieux, on salue la réussite d’une prosodie très étudiée.
Un grand bravo également à toute la troupe dont, plutôt que de détailler toutes les individualités, nous louerons plutôt l’esprit d’équipe et la merveilleuse harmonie. Se détachent néanmoins l’élégance du Nanki-Poo tendre et poétique de Louis-Héol Castel, la fraicheur mutine et séduisante de la Yum-Yum de Nora Ketir, la faconde attachante du Ko-Ko d’Alain Giron, la drôlerie impassible du Pooh-Bah de Bernard Zakia ainsi que la grandeur tragique de Michèle Plocoste dans le rôle de l’éplorée Katisha et la stature du Mikado incarné par Jérôme Deltour. Mention spéciale au Pish-Tush clownesque de Mathieu Guigue, véritable feu follet virevoltant qui fait sonner librement une belle voix de baryton.
Toute le reste de la compagnie serait à saluer par son engagement et sa passion, et on garde pour la fin l’inoubliable prestation du danseur Gaël Rougegrez en troublante geisha, attirant tous les regards à chacune de ses apparitions.
Interprétant une adaptation de Philip Joslin, les musiciens de l’Orchestre Bernard Thomas font mieux qu’accompagner les chanteurs, ils les soutiennent et les portent grâce à leur superbe couleur d’ensemble et leur implication totale, dirigés avec entrain et vivacité par Laurent Zaïk, directeur artistique et musical du Groupe Lyrique, en somme l’âme de cette compagnie.
Et c’est avec le sourire aux lèvres qu’on sort de ce voyage jusqu’à la ville de Titipu, heureux d’avoir pu découvrir ce Japon de fantaisie où l’on retournerait bien.

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Paris. Auditorium Saint-Germain, 2 avril 2017. Arthur Sullivan : Le Mikado. Livret de William Gilbert, nouvelle version française de Gilbert Lemasson. Avec Nanki-Poo : Louis-Héol Castel ; Yum-Yum : Nora Ketir ; Ko-Ko : Alain Giron ; Pooh-Bah : Bernard Zakia ; Pish-Tush : Mathieu Guigue ; Katisha : Michèle Plocoste ; Le Mikado : Jérôme Deltour ; Pitti-Sing : Catherine Simon-Vermot ; Peep-Bo : Sophie Casanovas ; Danseur : Gaël Rougegrez. Chœur du Groupe Lyrique. Orchestre Bernard Thomas. Direction musicale : Laurent Zaïk. Mise en scène : Renaud Boutin ; Scénographie et costumes : Cécilia Delestre ; Lumières : Pierre Daubigny

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