Compte-rendu critique, opéra. Montpellier, le 15 mai 2018. Verdi : Nabucco. Meoni, Check,Schønwandt / Fulljames

Compte-rendu critique, opéra. Montpellier. Opéra Berlioz-Le Corum, le 15 mai 2018. Giuseppe Verdi : Nabucco. Giovanni Meoni, Jennifer Check, Luiz-Ottavio Faria, Fleur Barron, Davide Giusti. Michael Schønwandt, direction musicale. John Fulljames, mise en scène. C’est avec un grand plaisir que nous avons pris le chemin de Montpellier pour revoir cette production de Nabucco déjà appréciée à Nancy en novembre 2014 ; Valérie Chevalier, directrice générale de la maison occitane et ancienne responsable de l’administration artistique place Stanislas, faisant le lien entre les deux maisons. Sur le vaste plateau du Corum, le décor toujours aussi impressionnant, – celui d’une synagogue laissée à l’abandon, respire plus largement qu’à Nancy et se laisse plus facilement admirer dans la diversité de ses détails. Malgré un traitement scénique qui laisse de côté la dimension épique de l’ouvrage et lui applique un traitement qui rappelle l’oratorio, on se laisse prendre à nouveau par la très forte dimension biblique de la mise en scène, comme une ode à la force de la foi …. celle du peuple hébreu face à l’envahisseur babylonien. Par notre envoyé spécial, Narciso Fiordaliso.

 

 

 

Nabucco Meoni

 

 

NABUCCO MONTPELLEIR SCHNWANDT opera critique par classiquenews thumbnail_Nabucco OONM 14 @ Marc Ginot 582px

 

 

Comme toujours avec Valérie Chevalier, le plateau a été particulièrement soigné. De l’Anna rayonnante de Marie Sénié au Grand-Prêtre de Baal plein d’autorité, en passant par l’Abdallo très juste de Nikola Todorovitch, les seconds rôles témoignent d’une vraie cohésion. Le jeune et prometteur Davide Giusti en Ismaele tire le meilleur parti de ce rôle ingrat, lui donnant une épaisseur peu commune. Depuis un joli Fenton dans les Lustigen Weiber de Nicolai, le ténor italien a fait du chemin et sa voix s’est superbement développée. Seuls quelques sons parfois poussés pour remplir la salle nous incitent à lui conseiller davantage de prudence. On admire également la beauté envoûtante du timbre de Fleur Barron, superbe Fenena dotée d’une présence magnétique. Est-ce elle réellement mezzo ou un soprano dramatique qui s’ignore ? Des graves poitrinés parfois un peu haut et un aigu pouvant être davantage soutenu laissent planer le doute, mais on suivra avec intérêt la carrière de cette jeune artiste.
Remplaçant Oren Gradus initialement annoncé, Luiz-Ottavio Faria offre un beau portrait de Zaccaria. La basse brésilienne, après un superbe Sarastro au Festival de Sanxay en août dernier, confirme sa place parmi les grandes basses d’aujourd’hui, grâce à un grain vocal rare, une puissance appréciable et un aigu percutant, sans parler du grave ample et sonore. Un artiste attachant, pleinement investi et d’une sincérité touchante.
Avec les deux rôles principaux, nous retournons une fois de plus de côté de Nancy et un autre ouvrage de Verdi, un Macbeth inoubliable en mars 2013 où le couple central était incarné par les mêmes artistes que ce soir. C’est dire notre joie de les retrouver ensemble.
Jennifer Check, occupant toujours la scène avec autant de force et d’évidence, parait aussi à l’aise dans l’écriture impossible d’Abigaille que dans celle de la terrible Lady, assurant sans effort apparent les sauts de registres qui parsèment la partition. Aigus dardés – quoiqu’un peu trop vibrés parfois –, graves solides, mais aussi ligne de chant lentement déroulée au deuxième acte et une mort d’une belle émotion, pour défi remporté avec brio et une prise de rôle importante dans la carrière de la soprano américaine.

 

 

NABUCCO verdi MONTPELLEIR SCHONWANDT critique classiquenews thumbnail_Nabucco OONM 7 @ Marc Ginot 582px

 

 

 

Face à elle, nous saluons bien bas le Nabucco impérial de Giovanni Meoni. Une fois de plus, le baryton italien s’affirme selon nous comme le seul hériter du légendaire Renato Bruson. Comme lui, ses meilleures armes résident dans son émission mordante, haute et claire, ainsi que dans son legato de grande école. Déclamant en véritable tragédien un texte dont on ne perd jamais une syllabe, il paraît simplement parler sur des notes, dans un naturel confondant de bout en bout. Littéralement possédé par son personnage, toujours plein d’un noble maintien, en véritable roi jusque dans le délire, le chanteur touche au sublime dans un « Dio di Giuda » poignant de sincérité et d’intériorité, la technique toute entière au service de la seule musique. La leçon d’un maître, un modèle de bel canto.
Un intense bravo au chœur maison, plein d’une ferveur communicative et qui délivre un « Va pensiero » poétique et enflammé.
A la tête d’un orchestre aux pupitres splendides, Michael Schønwandt conduit ses troupes avec fougue, parfois un rien trop – une Ouverture à notre sens à la conclusion trop rapide et un peu noyée par l’acoustique du lieu – mais avec un vrai sens du drame et une réelle attention aux chanteurs. Avec tant d’atouts, quelques reprises n’auraient pas été coupées et notre bonheur aurait été complet.
Au rideau final, c’est un immense succès qui salue cette première, preuve d’un public conquis et heureux.

 

 

 

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Montpellier. Opéra Berlioz-Le Corum, 15 mai 2018. Giuseppe Verdi : Nabucco. Livret de Temistocle Solera. Avec Nabucco : Giovanni Meoni ; Abigaille : Jennifer Check ; Zaccaria : Luiz-Ottavio Faria ; Fenena : Fleur Barron ; Ismaele : Davide Giusti ; Le Grand-Prêtre de Baal : David Ireland ; Abdallo : Nikola Todorovitch ; Anna : Marie Sénié ; L’Homme : Yves Breton. Chœurs de l’Opéra National Montpellier Occitanie ; Chef de chœur : Noëlle Gény. Orchestre National Montpellier Occitanie. Direction musicale : Michael Schønwandt. Mise en scène : John Fulljames ; Reprise de la mise en scène : Aylin Bozok ; Décors : Dick Bird ; Costumes : Christina Cunnigham ; Lumières : Lee Curran ; Chorégraphie : Maxine Braham – Illustrations : © MARC GINOT / Montpellier 2018

 

 

 

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