COMPTE-RENDU critique, opéra. GENEVE, le 22 fév 2019. BELLINI : Il Pirata. Mantegna, Spyres / Daniele Callegari

vincenzo-bellini-1Compte-rendu critique, opéra. Genève. Grand Théâtre, le 22 février 2019. Vincenzo Bellini : Il Pirata. Roberta Mantegna, Michael Spyres, Franco Vassallo. Daniele Callegari, direction musicale. En parallèle de la reprise du Ring wagnérien imaginé par Dieter Dorn, la cité de Calvin retrouve son Grand Théâtre avec une version de concert du Pirata de Bellini, une œuvre qui semble avoir le vent en poupe sur les scènes européennes ces dernières années. Par notre envoyé spécial, Narcisso Fiordaliso.

Pirate flamboyant

C’est avec un plaisir non dissimulé qu’on pénètre dans les murs rutilants du bâtiment sis Place de Neuve, tout en gardant néanmoins une pensée émue pour l’Opéra des Nations et son intimité aussi boisée que chaleureuse.
L’un des évènements de ce concert résidait dans le couple formé par Marina Rebeka et Michael Spyres, abordant tous deux pour la première fois cet opus bellinien.
La soprano lettone ayant malheureusement déclaré forfait une semaine plus tôt, la maison genevoise a appelé à la rescousse la jeune italienne Roberta Mantegna, déjà Imogene à la Scala de Milan voilà quelques mois, en alternance avec Sonya Yoncheva. Forte de ses 30 ans à peine, la chanteuse transalpine se jette avec panache dans la bataille, faisant admirer la beauté de son timbre ambré et la générosité de son instrument, véritable soprano dramatique d’agilité en devenir, ainsi que sa délicate musicalité. Chantant par cœur, elle peut ainsi pleinement incarner son personnage, rendant profondément sensible la déchirure de la femme entre devoir et amour. La voix, déjà d’une belle maturité, augure du meilleur pour l’avenir, mais avoue par instants sa jeunesse dans un aigu et une agilité paraissant devoir encore gagner en souplesse et en liberté. Aussi, on souhaite à cette magnifique artiste la sagesse et la prudence de ne pas se précipiter trop tôt vers des rôles trop lourds, la beauté des moyens en valent vraiment la peine. Sauvant littéralement la représentation, elle est saluée comme il se doit par une salle conquise, les spectateurs lui offrant une vibrante ovation.
A ses côtés, Michael Spyres accroche avec Gualtiero un de ses plus beaux rôles à son répertoire. En effet, la tessiture plutôt aigue du rôle paraît obliger le ténor américain à ne jamais appuyer à outrance le médium et à chanter haut et clair, pour un résultat splendide. Si l’écriture redoutable de son air d’entrée laisse entendre quelques suraigus un peu contraints, la seconde partie le montre à son meilleur, cantabile splendide, archet à la corde, émission mixte, souple et libérée. Plus encore, le chanteur se montre profondément sincère et émouvant dans son amour pour la femme perdue, touchant le public en plein cœur.
Croquant avec gourmandise son personnage de méchant qu’on adore détester, Franco Vassallo fait claironner joyeusement sa voix brillante et ronde de baryton, déployant fièrement des aigus vainqueurs et pliant avec succès son instrument à l’écriture parfois fleurie du rôle.
Face à ce tiercé gagnant, les seconds rôles ne sont pas en reste, Roberto Scandiuzzi se révélant même un luxe en Goffredo, tandis que la belle Alexandra Dobos-Rodriguez et le fier Kim Hun tirent le meilleur des interventions d’Adele et Itulbo.
Fidèle à lui-même, le chœur maison impressionne par son homogénéité et sa puissance.
A la tête d’un Orchestra Filarmonica Marchigiana en grande forme et parfaitement rompu à ce répertoire particulier autant qu’exigeant, Daniele Callegari dirige la soirée de main de maître, en véritable maestro concertatore. Une soirée enthousiasmante, une bien belle façon de renouer avec le Grand Théâtre enfin rendu à son public.

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Genève. Grand Théâtre, 22 février 2019. Vincenzo Bellini : Il Pirata. Livret de Felice Romani. Avec Imogene : Roberta Mantegna ; Gualtiero : Michael Spyres ; Ernesto : Franco Vassallo ; Goffredo : Roberto Scandiuzzi ; Adele : Alexandra Dobos-Rodriguez ; Itulbo : Kim Hun. Chœur du Grand Théâtre de Genève ; Chef de chœur : Alan Woodbridge. Orchestra Filarmonica Marchigiana. Direction musicale : Daniele Callegari

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