COMPTE-RENDU, critique, concert. VERBIER festival 2019, le 21 juil 2019. S BABAYAN, D TRIFONOV, pianos. Shchedrin, Schumann, …

COMPTE-RENDU, CONCERT. VERBIER FESTIVAL 2019, le 21 juil 2019. VERBIER CHAMBER ORCHESTRA, GÁBOR TAKÁCS-NAGY, direction / LAWRENCE POWER, alto / SERGEI BABAYAN et DANIIL TRIFONOV, pianos. Shchedrin, Schumann, Bach, Mozart.

TRIFONOV Babayan piano a VERBIER 2019 critique concert review classiquenews 20190721_Combins_19h_Gabor_Babayan_Trifonov_Power_©LucienGrandjean (8 sur 20)La salle des Combins à Verbier est ce que l’on appelle une structure éphémère, pouvant accueillir 1800 personnes. Elle est spécialement montée et équipée pour abriter les grandes formations le temps du festival. Le 21 juillet, le Verbier Festival Chamber Orchestra dirigé par son chef hongrois Gábor Takács-Nagy partageait sa scène avec l’altiste Lawrence Power et les pianistes Sergei Babayan et Daniil Trifonov dans un programme des grands soirs, apprécié des habitués du prestigieux festival.

 
 

 
 

BABAYAN ET TRIFONOV : ENTRE PÈRE ET FILS

Prologue.
Le Concerto Dolce pour alto, orchestre à cordes et harpe, du compositeur Rodion Shchedrin (1932) est une composition de 1997 en un seul mouvement. Il met en valeur l’alto dans un ambitus large. Lawrence Power interprète avec une grande force expressive et une maîtrise totale cette œuvre qui se situe à la lisière de la modernité, imprégnée en profondeur d’un classicisme assumé. C’est sans faillir qu’il soutient fermement de son archet les lignes mélodiques parfois interminables, dont il traduit le sentiment mélancolique, les slaves états d’âme, et en accentue les accès douloureux,  perçant par moments l’extrême aigu de l’instrument avec une justesse parfaite, accompagné d’un orchestre dirigé avec grande méticulosité.

Interlude.
L’Andante et variations pour deux pianos opus 46 de Schumann est rarement joué en concert et c’est une chance de l’entendre ici, qui plus est par deux musiciens dont la complicité ne fait aucun doute, celle du maître Sergei Babayan, et de son élève surdoué et inspiré, Daniil Trifonov. On perçoit sur le visage de Babayan cette bonté bienveillante, cette paisible douceur qui baigne aussi son jeu, et Trifonov, loin de vouloir tuer le père, d’une respectueuse et attentive docilité, se fond dans le moule de tendresse façonné par son maître, et s’accorde avec lui pour nous en dire au creux de l’oreille toutes ses confidences. Cela donne un délicat bijou musical dont on cède au charme sans résistance, un moment de pure grâce.

Bach, le père, et l’enfant Mozart.
L’orchestre se joint au duo pianistique dans le Concerto pour deux claviers BWV 1062 de J.S. Bach. Les deux musiciens en tissent inlassablement l’étoffe avec cette même complicité et jalonnent des reprises alternées de leurs traits le flux continu de l’œuvre, dans un unique mouvement dynamique. Puis quel délicieux moment avec l’andante   joué sans empressement, ni lenteur néanmoins, dans un phrasé enveloppant, tout en rondeur et en douceur! Le dernier mouvement allegro assai suit dans une réjouissante énergie soutenue avec légèreté par l’orchestre: ici la différence de jeu des deux pianistes point un peu plus, Babayan colorant le sien à l’articulation nette, en ourlant davantage les lignes mélodiques, Trifonov se situant dans une abstraction analytique, marquant davantage les appuis. En deuxième partie, autre concerto pour deux pianos, celui en mi bémol majeur K 365 que Mozart composa en 1779 pour sa sœur et lui-même. Babayan et Trifonov prennent un plaisir commun non dissimulé à partager l’innocence de ces pages, à y mettre leur cœur d’enfant, Trifonov avec une simplicité confondante, l’air de ne pas y toucher, Babayan dans un surcroît de lumineuse tendresse.

Épilogue.
Quoi de mieux que Mozart après Mozart? Le public demande un bis: Babayan déplace sa banquette pour cette fois partager humblement le clavier de son élève. La Sonate pour piano à quatre mains en ut majeur KV 381 clôt le concert, et ravit définitivement le cœur de l’auditoire heureux. Les notes de cette belle soirée continueront de vibrer dans nos mémoires, comme celles de ces harmonieuses et radieuses retrouvailles, celles d’un élève reconnaissant et de son maître récompensé.

 
 

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Illustrations : © Lucien Grandjean

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