Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie. Le 24 janvier 2016.Chostakovitch, Schumann… Quatuor Modigliani

Les membres du Quatuor  MODIGLIANI se retrouvent depuis quelques temps après les vicissitudes dues à son violoncelliste blessé. Leur carrière internationale les avait appelé la veille à Stockholm, ils ont su regagner Paris à temps pour le concert de 11h. Cet horaire de « jeunes »  leur convient bien par l’alacrité de leur allure. Les oeuvres choisies sont aussi de petits opus chez des très grands qui vont développer le genre du quatuor dans leurs prochains opus … De la fratrie des quatuors dédiés à Haydn, le K 421 est déjà plein de Sturm und Drang.

L’équilibre de la maturité

Les MODIGLIANI ont offert une version sage et d’une élégance suprême. Leur acquis est un équilibre des sonorités à la fois en groupe comme en solo. L’homogénéité des sonorités est très belle. Jamais les soli ne sont trop extérieurs et toujours très présents. Les phrases circulent avec naturel et les contre chants sont pondérés. Vraiment c’est une sensation d’équilibre qui domine. Les fantaisies sont pourtant présentes dans des rubati légers et des variations embellies. L’Andante apporte une belle chaleur commune et individuelle dans les sonorités et les couleurs d’un grande richesse. Les violons de Philippe Bernhard et Loïc Rio brillent sans ostentation, le rôle très actif du deuxième violon de Loïc Rio est appréciable par des regards et des gestes très musicaux. L‘alto de Laurent Marfaing a une sonorité de miel et une présence doucement amicale. Le violoncelle de François Kieffer est bonhomme ou profond quand il convient. Les variations sont pleines d‘esprit et les danses populaires pleines d’entrain. Les sons rebondis et des nuances graduées subtilement donnent un esprit dansant très plaisant.

Le premier quatuor de Chostakovitch n’est pas aussi simple qu’il en a l’air. Les MODIOGLIANI ont choisi de lui garder un caractère simple sans chercher à le faire rentrer de manière artificielle dans ce que Chostakovitch fera par la suite. C’est un Quatuor d’essai, certes  très abouti, mais pas encore mordant, grinçant ou dur comme le seront les opus suivants. Dans la berceuse du mouvement lent, l’alto de Laurent Marfaing sait être tendre et chaud et il arrive à mettre une sorte d’autodérision du plus bel effet. Le final vif argent est éblouissant et plein d ‘allégresse.

Après l’entracte le troisième Quatuor de Schuman permettra aux quatre amis de développer nuances, phrasés amples et couleurs plus affirmées. L’esprit romantique souffle avec vigueur et la jeunesse en sa fougue se déploie. Après cette interprétation qui retrouve la perfection instrumentale de la première partie, les audaces romantiques assumées du Schumann valident les choix de mesure précédents. Schumann ne reviendra plus au Quatuor à cordes, il ne pourra plus renoncer au piano pour sa musique de chambre. Il a déjà tout offert en trois flamboyants Quatuors.
En somme le quatuor Modigliani est aujourd’hui composé de personnalités bien affirmées qui se moulent en une harmonie parfaite. La maturité arrive et leur répertoire va évoluer. Le public ne s’y est pas trompé qui leur a fait une ovation. Il a obtenu en bis le final du Quatuor du nouveau monde de Dvorak. Le message est clair : le monde de la maturité et ses quatuors plus «  lourds » s’offre à ces artistes attachants ; ils l’assument et vont y apporter leur vitalité et leur riche musicalité. Une belle sérénité pour l’avenir.

Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie. Biennale de quatuors à cordes. Paris.  Grande salle philharmonie 2, le 24 janvier 2016 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quatuor à cordes n°15 en ré mineur K.421 ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor à cordes n°1 en ut majeur op.49 ; Robert Schumann (1810-1856 ) : Quatuor à cordes en la majeur op.41 n°3 ; Quatuor MODIGLIANI: Philippe Bernhard et Loïc Rio, violons ; Laurent Marfaing, alto ; François Kieffer , violoncelle.

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