Compte rendu, concert. Paris, Philharmonie, le 11 novembre 2016. Brahms, Beethoven… Orchestre révolutionnaire et romantique, Sir John Eliot Gardiner

C’est sous la baguette de son créateur, Sir John Eliot Gardiner, que l’Orchestre révolutionnaire et romantique nous propose ce soir un programme engageant. Fondé il y a presque 30 ans déjà, cet orchestre a pour vocation de se consacrer au répertoire allant du XIXe au début du XXe siècle. C’est donc sans surprise qu’il nous présente ce soir des œuvres de Beethoven, Schubert et Brahms, trois compositeurs qu’il a déjà abordés à plusieurs reprises. Le concert débute par la Sérénade n°2 de Brahms. Composée en 1859, c’est l’une des premières œuvres orchestrales du compositeur, qui attendra encore quelques années avant de se lancer dans le genre si redouté de la symphonie. Écrite pour petit ensemble, presque un orchestre de chambre (dont Brahms a volontairement retiré les violons), son exécution sur scène tranche d’abord par la disposition des musiciens : les vents à gauche, les altos à droite, les cordes basses faisant la liaison entre les deux.

gardiner-john-eliot-gardiner-maestro-handel-haendel-oratorio-cd-decca-coffret-review-critique-classiquenewsLa musique commence avec un premier mouvement Allegro, tout en légèreté. Pourtant, les musiciens ne semblent pas à leur affaire. Les cordes sont en place, mais les vents ne sont pas au rendez-vous : l’équilibre est instable (les bassons sont trop présents), les cors (cors naturels, soit dit pour leur défense) laissent échapper quelques fausses notes à plusieurs reprises, et que dire du premier hautbois dont le jeu est loin d’être impeccable ! En dépit de l’énergique maestro Gardiner, qui ne ménage pas ses efforts, l’ensemble peine à nous emporter. Le tout est plat, sans réelles nuances. Où sont les élans romantiques caractéristiques de Brahms ? La Sérénade n°2 n’est peut-être pas sa page orchestrale la plus brillante, mais elle préfigure déjà ce que seront ses futures symphonies, et certaines harmonies trouveront une résonance dans ses Variations sur un thème de Haydn (1873). Malheureusement, l’orchestre ne réussit pas à nous emmener dans l’univers du compositeur allemand. Il faut attendre le quatrième mouvement pour retrouver un équilibre entre les instruments, et les dernières mesures de l’Allegro final gagnent un peu d’énergie. Enfin Brahms est là ! Mais trop tard….

Alors que le piano-forte fait son apparition pour la suite du programme, on espère que la fougue de Beethoven saura nous faire oublier les quelques mésaventures brahmsiennes. Kristian Bezuidenhout, le soliste de la soirée, entre en scène. Le pianiste, qui a déjà plusieurs récompenses et distinctions à son actif, possède une longue expérience dans la pratique des claviers anciens. Aussi, c’est avec confiance qu’on l’écoute entamer sereinement le Concerto pour piano n°4 de Beethoven. Malheureusement, à peine les premières notes ébauchées par l’orchestre, on comprend que la bataille est perdue d’avance pour le soliste : l’ensemble, bien trop imposant, couvre complètement le timbre délicat du piano-forte. Que faire lorsque les basses du clavier se perdent dans la résonance des CINQ contrebasses ? C’est sans compter les huit violoncelles, les dix musiciens composant chacun des autres pupitres de cordes, les bois par deux, les cuivres et les timbales ! On se demande alors quel pouvait bien être l’effectif instrumental lors de la création publique du Concerto en 1808. L’orchestre de l’époque était-il aussi étoffé ? Beethoven, grand visionnaire, avait-il déjà en tête les possibilités techniques du futur piano moderne lorsqu’il a composé cette pièce ? Quoiqu’il en soit, ce soir, il faut tendre l’oreille pour essayer de percevoir la sonorité subtile et tout en douceur du piano-forte, noyée dans la masse de l’orchestre. Heureusement pour nous, Beethoven a su ménager de belles cadences, où le pianiste peut laisser exprimer toute sa virtuosité. C’est avec une apparente facilité que Kristian Bezuidenhout laisse ses doigts courir sur le clavier, et le soliste se paie même le luxe de tourner lui-même ses pages ! Enfin, malgré le flagrant déséquilibre entre les deux parties, l’orchestre est à l’aise cette fois dans ce répertoire qu’il connaît sans doute par cœur.

gardiner john eliot maestro-gardiner_voyage-automne-versailles classiquenewsL’entracte ne suffit pas à nous faire oublier cette première partie mitigée. Et c’est presque avec inquiétude que l’on attend la fin du programme. Pas de mauvaise surprise cependant dans cette Symphonie n°5 de Schubert. L’orchestre nous entraîne sans peine dans cette œuvre légère, énergique, qui s’inscrit dans la continuité du classicisme viennois et surtout de Mozart.

Concert en demi-teinte donc. On ressort perplexe de la salle, étonné de voir qu’un orchestre avec autant d’expérience ait pu faire une telle erreur de jugement quant à l’équilibre du Concerto de Beethoven. Heureusement, la Symphonie de Schubert aura permis de finir malgré tout sur une note harmonieuse, sans pour autant effacer la légère déception laissée par les premières œuvres.

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Compte-rendu, concert. Paris, Philharmonie de Paris – Grande salle Pierre Boulez, le 11 novembre 2016. Johannes Brahms (1833-1897) : Sérénade n° 2 en la majeur op. 16, Ludwig van Beethoven  (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol majeur op. 58 , Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 5 en si bémol majeur D. 485. Orchestre révolutionnaire et romantique, Sir John Eliot Gardiner (direction), Kristian Bezuidenhout (piano-forte).

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