COMPTE-RENDU, concert. PARIS, le 18 avril 2019. M’O, Auditorium. Black is beautiful. Secession Orchestra C M-Takacs

blind Tom wiggins compositeur black is beautiful concert critique musee orsay critique concert opera festival classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. PARIS, M’O, auditorium. Black is beautiful. Secession Orchestra C M-Takacs. C’est au cœur des souterrains de verre givré et d’anthracite métallique qu’Orsay, musée de toutes les couleurs, loge son auditorium. A l’énoncé du programme, en marge de l’exposition « Le modèle noir », on exulte par la richesse des propositions de Clement Mao-Takacs et son fabuleux orchestre. Comme souvent dans ses concerts, on retrouve des œuvres inattendues et une narration qui mêle à la fois l’émotion et le recueillement, la surprise et la redécouverte. Le programme nous ramène enfin des pièces de compositeurs oubliés dans la musique étasunienne tels que Tom Wiggins dit “Blind Tom” et Robert Nathaniel Dett. Tom Wiggins, aveugle et esclave, même au délà de l’abolition de l’esclavage en 1865, a été un des compositeurs les plus adulés de son époque. Son talent est bien plus évident que celui de Robert Nathaniel Dett dont la suite “In the Bottoms” demeure quelque peu caricaturale.

Les belles surprises de ce concert ont été la redécouverte de la Rapsodie nègre de Poulenc qui annonce déjà des oeuvres telles que les sublimes Afrika songs de Wilhelm Grosz. La création Française du Langvad de Eleonor Alberga (compositrice Jamaïcaine), quoique superbement interprétée, reste anecdotique et un peu trop brutale dans l’écriture.

Les deux moments extraordinaires de la soirée furent, sans aucun doute, le cycle des “Chants symphoniques” de Zemlinsky et la trop rare Sensemaya de Revueltas. La voix d’Edwin Fardini, quoique parfois couverte par l’orchestre dans Zemlinsky, nous a offert une myriade de couleurs surtout dans ce cycle aux difficultés stylistiques que le soliste a réussi à surmonter totalement. C’est un des talents à suivre absolument!

Comme le couple originel de la Genèse, la part féminine du baryton, la comédienne Mata Gabin a habité la scène de l’Auditorium du Musée d’Orsay telle une muse des temps modernes. Tour à tour narratrice, humoriste et tragédienne, elle demeure une enchanteresse du récit, une poétesse de la parole qu’elle a fait vibrer dans les mots qu’elle déclama ou improvisa.

Clément Mao-Takacs mène avec enthousiasme ses musiciens. Son geste est précis et empli d’énergie, il réunit les membres de Secession Orchestra dans une grande fresque aux couleurs vibrantes. Il demeure un maitre coloriste et nous apporte la mystérieuse sensualité dans la Rapsodie de Poulenc et maîtrise totalement la subtilité de la partition complexe de Revueltas.

A la sortie du concert de ce temple de la couleur qu’est le Musée d’Orsay, maison éternelle de Degas, de Manet, de Puvis de Chavannes et de Claude Monet, nous ressentons encore vibrer les dernières notes du serpent sacré du peuple Purepecha, nommé aussi Sensemaya.

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COMPTE-RENDU, concert. PARIS, M’O, auditorium. Black is beautiful. Secession Orchestra C M-Takacs.

Jeudi 18 avril 2019 / Auditorium du Musée d’Orsay

« Black is beautiful »

Robert Nathaniel Dett
“In the Bottoms”, suite

Alexander von Zemlinsky
Symphonische Gesänge pour baryton et orchestre, op. 20

Tom “Blind Tom” Wiggins
Water in the Moonlight

Eleonor Alberga
Langvad

Francis Poulenc
Rapsodie nègre

Silvestre Revueltas
Sensemaya

Mata Gabin – récitante
Edwin Fardini – baryton

Sécession orchestra
dir. Clément Mao-Takacs

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