COMPTE-RENDU, concert. PARIS, cercle France-Amériques, le 14 janvier 2019. Véronique BONNECAZE, piano. LISZT, DEBUSSY

bonnecaze véronique cd debussy classiquenews annonce critique cdCOMPTE-RENDU, concert. PARIS, cercle France-Amériques, le 14 janvier 2019. Véronique BONNECAZE, piano. LISZT, DEBUSSY. Il fallait bien attendre la fin de l’année Debussy (et donc au delà) pour disposer enfin d’une main sûre, d’une pensée entière capable d’en comprendre et la construction révolutionnaire et l’infini poétique : si l’année Debussy 2018 est bel et bien derrière nous, janvier 2019 nous renvoie à cette (triste car timide) année de célébration du centenaire, mais ici revivifiée avec éclat et pertinence grâce à l’approche de la pianiste Véronique Bonnecaze. L’expérience du concert confirme la réussite de son disque dédié au grand Claude, que fait paraître le label Paraty, ce 25 janvier 2019. Le cercle France-Amériques accueille son premier concert de lancement.

 
 
 
 

Pictural, poétique : le Debussy de Véronique Bonnecaze

 
 

Le Debussy enivré, poétique de Véronique BONNECAZE 
 

Pour commencer, il faut chauffer le clavier et affiner la projection sonore du Bechstein dans la salle écrin XVIIIè en blanc et or (salon central du premier étage de l’Hôtel le Marois) ; les œuvres de Liszt le permettent (3 extraits des Années de Pèlerinage – La Suisse) : profondeur méditative et intimité qui s’électrise progressivement de La Vallée d’Obermann ; vitalité coulante, claire, secrêtement allusive d’au bord d’une source… la voici cette sensation qui semble vécue sur le motif naturel et que Debussy explore après Franz. Puis c’est la puissance narrative et la force sonore quasi abstraite d’Orage qui fait imploser le cadre linguistique… LISZT, génie éloquent et dramatique déploie une dramaturgie mystique, à force de détails expressifs, autant d’éléments qui mettent en condition l’interprète. Et lui permettent de parcourir le clavier, d’éprouver la mécanique…

Véronique Bonnecaze a bien raison de croiser les deux tempéraments. Jouer Liszt puis Debussy nous paraît excellent. Le premier, lyrique et démonstratif, compose le plus engageant des débuts de programme ; mais il n’est pas que virtuose : il est aussi poète, et même atonal, comme Nuage gris, dans sa matière flottante, évocatrice et suspendue, nous le rappelle. C’est en réalité une transition idéale vers le mystère et les tableaux sensoriels d’un Debussy, absolument inclassable. Et Debussy lui-même put écouter le Maître, détailler sa fabuleuse technicité, servante d’une ardeur spirituelle hors normes.

 

C’est tout le mérite de Véronique Bonnecaze que de nous livrer, et mieux, nous dévoiler, Claude Debussy à la fois immédiatement proche, et fabuleusement abstrait. La technique est sûre, les mains dans le clavier, et la pensée déjà habitée par la poésie évanescente, suggestive du magicien Claude. La pianiste joue quelques pièces extraites de son nouvel album à paraître chez PARATY. Ce sont 5 joyaux qui composent la matière allusive des Préludes. Tous paysages pianistiques d’un fini souverain, aux titres évocateurs, qui rappellent combien le compositeur fut amateur et connaisseur de poésie ; poète, Debussy écrit comme un peintre, maniant la couleur, en alchimiste. Liszt demeure à distance de son sujet, comme pour mieux contempler puis nous transmettre la noblesse de l’architecture. En esthète idéaliste, il contemple et célèbre le grand dessein universel en exprimant l’extase souvent spirituelle voire mystique que cela suscite chez lui ; à l’inverse, en sensuel et d’une modernité picturale, Debussy, lui, palpite et vibre dans la matière de l’air, de l’eau ; tout respire chez lui la sensation organique des éléments : il est dans le sujet. Mais une matière aux vapeurs harmoniques qui enchantent, dont Véronique Bonnecaze rétablit le chant fluide et continu, les vibrations spécifiques, la constellation d’éclats nuancés qui transforme le piano en théâtre naturel, où se lovent amoureusement souvenirs et sensations.

« Le vent dans la plaine » est à la fois chant aérien et traversée dans l’espace ; « Les collines d’Anacapri » sont des rires, un appel à l’embarquement où les rythmes crépitent comme des éclairs finement ciselés ; le toucher fin et précis, le sens des respirations, la justesse du rubato détaillent toute la magie de l’ensevelissement et du secret dans « Des pas sur la neige », jusqu’à la sensation de la matière neigeuse elle-même… Impressionniste, Debussy l’est incontestablement ; comme Monet sur le sujet des Nymphéas, le compositeur se place dans le motif, en plein air, au cœur du saisissement sensoriel qui en découle.

Puis, après la fureur flamboyante de « Ce qu’a vu le vent d’Ouest », (qui clôt pour la soirée, le cycle extraits des Préludes), avouons notre totale adhésion aux visions et sensations de « Poissons d’or » (extrait d’Images) dont la pianiste des mieux inspirées exprime jusqu’à la suspension de l’animal aquatique dans l’onde, jouant des transparences et des miroitements de l’écriture. Eau, espace, temps fusionnent ; s’électrisent.

 

Le récital s’achève sur la texture aérienne de « l’Isle joyeuse » et l’infinie tendresse de « Clair de lune ». A-t-on mieux joué, a-t-on mieux compris la lyre poétique et énigmatique de Debussy ? Cette moisson de voluptueuses sensations qui fécondent l’imaginaire confirme les affinités de Véronique Bonnecaze avec les mondes picturaux de Debussy, et son disque à paraître le 25 janvier chez Paraty s’annonce comme l’événement de l’année Debussy 2018 en France, son couronnement à un mois près. A suivre.

 
 
 
 

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COMPTE-RENDU, concert. PARIS, cercle France-Amériques (Hôtel Le Marois, le 14 janvier 2019. Véronique BONNECAZE, piano. LISZT, DEBUSSY. Extraits du cd Debussy par Véronique Bonnecaze (Bechstein 1900), 1 cd Paraty à paraître le 25 janvier 2019.

  
 

LIRE aussi notre présentation du CD DEBUSSY par Véronique BONNECAZE

bonnecaze véronique cd debussy classiquenews annonce critique cdEnregistré à la Ferme de Villefavard en mars 2018 sur un piano Bechstein, le nouveau cd de la pianiste française Véronique Bonnecaze clôt l’année du centenaire Debussy 2018 et crée l’événement en début 2019, tant le geste pianistique, le choix des pièces et celui du piano (un Bechstein restauré pour l’occasion) et leur enchaînement suscitent l’admiration. Pianiste et compositeur, Debussy réinvente le langage pianistique au début du XXè, en étroite connivence avec les mondes poétiques et littéraires. En ambassadrice inspirée, Véronique Bonnecaze détecte les allitérations et connotations allusives de l’écriture d’un Debussy poète…

 

 

 

VOIR le TEASER vidéo DEBUSSY par Véronique BONNECAZE

 

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