Compte-rendu, concert . PARIS, Athénée, le 17 oct 2018. « Voyage en ORIENT-EXPRESS ». Ciocarlie, Apap, …

bernard martinez ciocarli piano critique annonce par CLASSIQUENEWSCompte-rendu, concert « Voyage en ORIENT-EXPRESS » , 17 octobre 2018, théâtre Athénée Louis Jouvet, Dana Ciocarlie (photo ci contre B Martinez), Gilles Apap, Myriam Lafargue, Philippe Noharet, Ludovit Kovac.  Qui n’a jamais rêvé d’un voyage en ORIENT-EXPRESS, ce train mythique? Le 4 octobre1883, le premier train part de Paris gare de Strasbourg (aujourd’hui gare de l’Est) pour un périple de trois jours et neuf heures à travers l’Europe jusqu’en Orient. C’est au matin du 8 octobre qu’il dépose à Constantinople ses passagères et passagers. Sofas douillets, boiseries précieuses, cristaux Lalique, fracs, dentelles, et plumes d’autruche: un temps où le luxe avait de la classe! Retour musical à la belle Époque.

L’ORIENT-EXPRESS en musique: Et si vous partiez en voyage…

Hélène Thiébault a imaginé en musique ce que fut ce premier voyage, illustrant les pays traversés par leurs traditions et leurs spécificités musicales. Une bien belle idée qui vient à point nommé en ce milieu d’octobre. Décor sobre sur la scène de l’Athénée, le piano côté jardin, le cymbalum dans son meuble ouvragé côté cour, la contrebasse, quelques chaises et pupitres au centre, une table nappée de blanc au fond, évoquant le wagon-restaurant, un abat-jour dessus. La vapeur d’eau s’échappe, abondante, de la locomotive qui s’ébranle, tandis que le bruit des machines vrombit. Du quai, des voix émergent. Le départ de Paris est annoncé. Quoi de plus cliché que l’accordéon pour évoquer la capitale française? En fond de tableau, Myriam Lafargue casquette en couvre-chef esquisse joliment des valses de Paris bien connues, alors que les musiciens entrent un à un. En cette fin de siècle deux compositeurs s’imposent: Ravel et Debussy. Surprise d’entendre le Rigaudon du Tombeau de Couperin dans un arrangement fort original et pimpant, pour accordéon, violon, contrebasse et cymbalum. Un autre extrait, la Toccata, est énergiquement joué au piano par Dana Ciocarlie, accommodé de quelques coups d’archets, et au cœur de cette jovialité toute française, Gilles Apap et Dana Ciocarile intercalent le second mouvement de la sonate pour piano et violon de César Franck, jouant des contrastes du début fiévreux, et d’une seconde partie rêveuse et langoureuse. Un choix très judicieux puisque cette œuvre d’un compositeur certes belge, mais naturalisé français, fut composée en 1886, même si elle ne fut à l’évidence pas du premier voyage. En tout cas on est ravi de l’entendre ici par ces interprètes à la complicité manifeste et au violon hors normes de Gilles Apap. Un arrangement de la mélodie de Debussy, « Beau soir » , tendre et soyeux, accompagne les derniers kilomètres avant la frontière allemande. Le train fait route vers Munich, mais loin du soleil riant de la Bavière, c’est un crochet par Hambourg et ses brumes nordiques qui nous vient à l’esprit, avec Brahms, et son sixième Klavierstücke opus 118, avant d’atteindre Vienne. Cette fois avec un petit décalage historique, le violon de Fritz Kreisler illustre la valse, laquelle va de soi dans la capitale autrichienne. Deux tubes: Schön Rosmarin et Liebesleid, dans la couleur très particulière – mais pourquoi pas? – d’un arrangement pour violon, accordéon, contrebasse et cymbalum. Le cymbalum se fait roi dans la musique traditionnelle hongroise, et Tzigane de Ravel, prend un tour inattendu sous l’archet de Gilles Apap: loin de l’évocation esthétisante dans le beau son que l’on entend habituellement, le violoniste semble retourner aux sources dans une interprétation libre et râpeuse, très proche du jeu vernaculaire de ces nomades virtuoses. Les paysages roumains défilent ensuite, insolites, avec la musique de Georges Enesco et de Paul Constantinescu. Mais soudain, des coups brutaux, et ce long cri effroyable et strident: Agatha Christie est parmi nous! Le voyage n’en est pas interrompu pour autant et achève sa traversée de l’Europe centrale en Bulgarie, dans l’énergie des rythmes asymétriques de sa musique traditionnelle. Passage en Orient et arrivée à son terminus, Constantinople: amusante illustration avec la sonate Alla Turca de Mozart revisitée pour cinq instruments, aux couleurs des percussions et des modes orientaux, la contrebasse se muant en daf. Le concert se termine dans l’euphorie d’un extrait totalement excentrique des quatre saisons de Vivaldi donné en bis, clin d’oeil à une destination qui fut ajoutée par la suite au parcours de l’illustre train: Venise.

Une heure et demie de spectacle passée comme une lettre à la poste, captivante d’un bout à l’autre, grâce au talent des musiciens, mais également de Claire Thiébault pour la création sonore,  et de Begoña Garcia Navas pour la création lumière.

 

 

 

 

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Compte-rendu, concert « Voyage en ORIENT-EXPRESS » , 17 octobre 2018, théâtre Athénée Louis Jouvet, Dana Ciocarlie, Gilles Apap, Myriam Lafargue, Philippe Noharet, Ludovit Kovac.

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