Compte rendu concert. Niort. Le Moulin du roc, le 15 octobre 2015. Brahms; Rossini. Téodora Tchoukourska, soprano; Doris Lamprecht, mezzo soprano; Mathieu Muglioni, ténor; Plamen, Beykov, basse. Philharmonie de Roussé; Jean Yves Gaudin, direction.

Créé en 1982 le CoRéAm, COllectif REgional d’Activités Musicales n’a cessé, depuis, de se développer. Depuis une vingtaine d’années il gère deux festivals : le festival de Pâques qui fêtera en 2016 sa treizième édition et le festival d’automne, les Coréades, le plus ancien, qui a débuté début octobre avec de nombreux concerts symphoniques et vocaux. Pour l’édition 2015 des Coréades, ce sont deux compositeurs très différents, par leurs styles respectifs, mais contemporains qui sont mis à l’honneur à l’occasion des concerts vocaux: Johannes Brahms (1833-1897) et Gioacchino Rossini (1792-1868).

Le Moulin du roc accueille les coréades 2015

Si, pour ce concert consacré aux Beautés Romantiques, le choeur, uniquement composé d’amateurs, s’installe en toute discrétion, l’orchestre et son chef sont chaleureusement accueillis par un public venu nombreux.

gaudin jean yves rousse correades JYG4En première partie de soirée Jean-Yves Gaudin, et ses musiciens jouent trois courtes pièces pour choeur et orchestre ou pour choeur, solistes et orchestre de Johannes Brahms (1833-1897). L’Ave Maria, composé pour voix de femmes en 1858, est plutôt bien chanté même si la diction n’est pas toujours très nette et mériterait d’être améliorée. Avec la Rhapsodie pour alto et choeur d’hommes, nous découvrons la mezzo soprano Doris Lamprecht ; la voix est solide et la diction assez bonne. Nous regrettons cependant que la soliste et le choeur d’hommes soient parfois couverts par un orchestre (trop) enthousiaste mais bien préparé par son chef. La troisième pièce, Nänie, composée pour choeur mixte et orchestre est assez peu convaincante : des fausses notes du côté des soprani, une diction trop aléatoire aussi bien chez les hommes que chez les femmes, un orchestre qui couvre trop souvent les choristes. Au final, il y a beaucoup de bonnes intentions et des efforts méritoires pour cette pièce, heureusement assez courte.

Retour de l’entracte, place à Gioacchino Rossini (1792-1868) avec le Stabat Mater qu’il composa à partir de 1831 et en plusieurs étapes à cause des procédures judiciaires qui l’opposèrent au premier destinataire de l’oeuvre, un prêtre espagnol. Jean-Yves Gaudin revient sur le plateau avec le quatuor de solistes qu’il a invités (la soprano initialement invitée a d’ailleurs été avantageusement remplacée). Visiblement survolté par le défi que constitue le chef-d’oeuvre de Rossini, dont la difficulté redoutable n’est pas un mythe, le choeur se lance dans une belle interprétation de ce Stabat Mater. Si nous étions restés sur notre faim en fin de première partie, il semble que le choeur a mis la pause à profit pour s’imprégner de l’oeuvre et le résultat est là : plus de fausses notes, une diction correcte, un engagement total; les deux choeurs a cappella sont chantés juste et bien en place. En ce qui concerne les solistes, la soprano Téodora Tchoukourska dont la voix ample couvre parfaitement la tessiture de la partition, convainc ; des aigus superbes et un médium idéal nous font pleinement apprécier ses interventions et surtout l’Inflamatus chanté avec une maîtrise exceptionnelle. Doris Lamprecht, qui revient après une Rhapsodie mitigée, s’affirme tout aussi brillamment que sa partenaire; la voix peut enfin se développer et épouser la musique de Rossini sans complexes. En revanche le ténor Mathieu Muglioni déçoit ; la voix est peu adaptée au répertoire rossinien : médium épais, aigus peu sûrs, graves écrasés ; du coup le redoutable «Cujus Animam» apparait bien terne et le contre-ré est chanté en voix de tête sonnant étouffé, si peu audible. La basse Plamen Beykov, malgré une voix un peu courte pour la salle, nous fait entendre une performance honorable avec deux arie bien chantées (Pro Peccatis et Eja Mater fons amoris) dont l’un, le second, est a cappella. Nous regrettons néanmoins qu’il soit parfois couvert par l’orchestre.

A la tête de la Philharmonie Nationale de Roussé (Bulgarie), Jean-Yves Gaudin dirige avec clarté et précision même si les nuances ne sont pas toujours au rendez-vous. L’orchestre couvre parfois le choeur et les solistes que se soit en première partie de soirée (notamment dans la Rhapsodie de Brahms) ou, après la pause, pendant le Stabat Mater de Rossini. Cependant la performance de l’orchestre est d’un niveau très honorable, surtout en seconde partie.

Malgré les imperfections, somme toutes mineures du côté du choeur (diction aléatoire et fausses notes dans le Nänie de Brahms), le Coréam et la Philhamonie Nationale de Roussé (Bulgarie) nous ont offerts de beaux moments surtout dans le Stabat Mater de Rossini qui a visiblement surmotivé un choeur qui, rappelons le est uniquement composé d’amateurs. Il aura fallu passer le prélude encore bancal des trois pièces de Brahms données en début de soirée, pour goûter pleinement le jeu des interprètes dans le Rossini.

Illustration : Jean-Yves Gaudin le chef d’orchestre

LIRE aussi notre compte rendu de l’Orchestre Philh. de Roussé et Jean-Yves Gaudin (Haydn : Les Saisons) en octobre 2011 à Poitiers.

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