Compte rendu, concert. Moutiers Saint Jean, le 5 mai 2018. Jean-Baptiste Cappus, Dunford, Abramowicz, Trocellier.

DT5F1o4WsAAcCVVCompte rendu, concert. ChĂąteau-Abbaye de Moutiers Saint Jean (CĂŽte d’Or), le 5 mai 2018. Jean-Baptiste Cappus, Jean-Philippe Rameau, J. Dunford, S. Abramowicz, P. Trocellier. Une dĂ©couverte majeure : l’Ɠuvre Jean-Baptiste Cappus. La haute CĂŽte d’Or rĂ©serve un nombre insoupçonnĂ© de manifestations musicales, particuliĂšrement en cette saison. Le caractĂšre exceptionnel du concert donnĂ© dans le Salon de musique du palais abbatial de Moutiers Sain-Jean, mĂ©rite, Ă  plus d’un titre, qu’il en soit rendu compte. DĂ©jĂ  par le cadre prĂ©servĂ©, totalement authentique, d’une splendide demeure, dont les vestiges attestent un lustre et un art de vivre Ă  jamais rĂ©volus. Le salon de musique est une pure merveille. Mais surtout par son objet : la restitution de l’Ɠuvre d’un compositeur bourguignon de la premiĂšre moitiĂ© du XVIIIe S, cĂ©lĂšbre en son temps et totalement oubliĂ©, dont la connaissance est due au travail patient de Jonathan Dunford, le violiste qui fut des premiers disciples de Jordi Savall, avec son Ă©pouse, Sylvia Abramowicz.

Une dĂ©couverte majeure : l’Ɠuvre du dijonais Jean-Baptiste Cappus

Les basses de viole dont ils jouent sont Ă©galement authentiques, d’un anonyme parisien du XVIIe S pour l’une, du luthier Salomon, datĂ©e de 1741, pour l’autre. Le beau clavecin français est tenu par Pierre Trocellier, dont on connaĂźt l’intimitĂ© au rĂ©pertoire français du baroque.
« Savez-vous une Ă©motion plus belle qu’un homme restĂ© inconnu le long des siĂšcles, dont on dĂ©chiffre par hasard le secret ?…VoilĂ  la seule forme valable de la gloire.»  (Debussy, Monsieur Croche, 1er juillet 1901). Jean Baptiste Cappus (1689-1751), totalement ignorĂ© de nos ouvrages de rĂ©fĂ©rence (au Dictionnaire de la musique en France aux XVIIe et XVIIIe S, de Marcelle BenoĂźt prĂšs), bien que signalĂ© par FĂ©tis dĂšs 1832, est un violiste de la gĂ©nĂ©ration de Rameau, de Bach, de Haendel et de Vivaldi. Il fut cĂ©lĂšbre en son temps, mĂȘme si une faible proportion de ses Ɠuvres nous est parvenue. Fondateur de l’opĂ©ra de Dijon, avec Claude Rameau, il nous laisse deux livres de piĂšces de viole, dont seul le premier, de 1730, nous est connu. Un long travail documentaire, conduit par Jonathan Dunford, aboutit Ă  une connaissance enrichie du compositeur et de son Ɠuvre. Le tout premier enregistrement des quatre suites du recueil qu’il vient d’achever justifie pleinement ce concert oĂč Cappus retrouve la terre qui l’a nourri, et oĂč un public motivĂ© le dĂ©couvre. Etrange coĂŻncidence, la piĂšce voisine du salon de musique oĂč se dĂ©roulait le concert s’ornait du portrait d’un Comte de Saulx-Tavannes, peut-ĂȘtre le dĂ©dicataire du recueil

Les suites, Ɠuvres de concert, conservent les piĂšces d’origine dansĂ©e (allemande, gavotte, menuet, sarabande), mais s’enrichissent de tableaux, de portraits – comme il est d’usage – dont nombre attestent l’ancrage bourguignon du compositeur. L’interprĂ©tation qu’en donnent nos trois musiciens, pleinement convaincante, est un rĂ©gal pour les sens. L’écriture est fouillĂ©e, riche, d’un charme constant, d’une invention renouvelĂ©e, souvent virtuose. On s’inscrit bien dans la descendance directe de Marin Marais, avec originalitĂ©. Si rien ne prouve que Cappus en fut l’élĂšve, tout parle en ce sens, de la notation, de l’ornementation, du style aussi : un continuateur. Du reste, ses contemporains ne s’y trompĂšrent pas et l’on connaĂźt deux recueils manuscrits oĂč ses Ɠuvres voisinent celles du maĂźtre, de son fils (Roland Marais), de Caix d’Hervelois.
DU7_j2oX4AE7ifQAutre Ɠuvre programmĂ©e, une suite de transcriptions des « Surprises de l’amour » de Rameau, rĂ©alisĂ©e au XVIIIe S par un virtuose de la viole, Ernst Christian Hesse (1676-1762), dont la longue carriĂšre se dĂ©roulera de Darmstadt Ă  Dresde, en passant par l’Italie. Habile compositeur, ses transcriptions s’enrichissent de dĂ©veloppements appropriĂ©s pour les violes. Mais il faut bien l’avouer : tout comme la piĂšce de Marin Marais donnĂ©e en bis, nous leur prĂ©fĂ©rons les oeuvres de Cappus.
Un grand merci Ă  Jonathan Dunford et Ă  ses amis pour cette dĂ©couverte exceptionnelle qu’ils nous ont fait partager, avec bonheur.

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Compte rendu, concert. Chñteau-Abbaye de Moutiers Saint Jean (Cîte d’Or), le 5 mai 2018. Jean-Baptiste Cappus, Jean-Philippe Rameau, J. Dunford,  S. Abramowicz, P. Trocellier.

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