Compte-rendu, concert. Montpellier, le 20 juillet 2018. Schwizgebel, ONF, Krivine

krivine emmanuel maestro sur france musique presnetation par classiquenews septembre 2017 738_emmanuel_krivineCompte rendu, concert Gershwin, Montpellier, opĂ©ra Berlioz, Le Corum, Festival Radio France Occitanie, Montpellier, le 20 juillet 2018. Schwitzgebel/ONF/Krivine. Si on oublie sa fabuleuse production de standards, quatre des Ɠuvres les plus populaires de Gershwin – avec Porgy and Bess – nous sont proposĂ©es par l’Orchestre National de France, dirigĂ© par Emmanuel Krivine, avec Louis Schwitzgebel au piano. Ce dernier remplace Stefano Bollani, initialement prĂ©vu. Figure emblĂ©matique du jazz, le pianiste italien a, du reste, enregistrĂ© Gershwin, dĂšs 2010, avec Riccardo Chailly Ă  la tĂȘte du Gewandhaus de Leipzig. C’est dire sa familiaritĂ© Ă  ce rĂ©pertoire. Pour une raison que l’on ignore, c’est donc Louis Schwitzgebel qui jouera le concerto en fa comme la Rhapsody in blue. Le public est trĂšs nombreux pour ce concert diffusĂ© en direct par France Musique. Illustration : E. Krivine (DR).

Un concert rien que 
 scolaire et bien exécuté

C’est en grande formation que l’orchestre se prĂ©sente. DĂšs le dĂ©but de l’Ouverture cubaine, on s’interroge. Outre les percussions nombreuses, placĂ©es Ă  l’arriĂšre, quatre percussionnistes, devant l’orchestre,  jouent des instruments typiques de la musique latino-amĂ©ricaine. Raides ils sont, le regard rivĂ© Ă  leur partition. Soyons honnĂȘte : mĂȘme si les claves ou les bongos ajoutaient une frappe ou en retranchaient une, la musique en sortirait indemne. Par contre l’absence de cette indispensable souplesse lascive est impardonnable. C’est appliquĂ©,  c’est tout. Les bonds du chef n’y font rien : sa battue, trĂšs scolaire, gĂ©nĂšre une lecture formelle, techniquement irrĂ©prochable, mais privĂ©e de sens
 peut-ĂȘtre les musiciens n’attendent-ils que cela de lui ? Il suffit d’observer le jeu des huit contrebasses : une seule semble avoir compris ce qu’était une rumba. Les autres jouent mĂ©caniquement le rythme Ă©crit, comme un exercice solfĂ©gique.  Manifestement le music-hall et le jazz ne sont pas dans les gĂȘnes d’Emmanuel Krivine ni dans ceux de la grande majoritĂ© des musiciens, hormis les vents. Dommage.

saint saens cd concertos 2 et 5 cd review critique compte rendu louis schwizgebel BBC symphony orchestra cd Aparte critique sur classiquenewsLe pianiste Louis Schwizgebel, trentenaire longiligne, maĂźtrise parfaitement l’instrument. Sa carriĂšre l’a dĂ©jĂ  consacrĂ© comme un interprĂšte recherchĂ©. Il propose un concerto en fa fort correct. Mais il a oubliĂ© d’écouter Gershwin, qui joua la partie de piano Ă  la crĂ©ation de sa Rhapsody in blue.  Son staccato, dont les seuls les jazzmen possĂšdent le secret, aurait-il disparu ? C’est propre, avec un tout petit zeste de fantaisie, virtuose, mais loin de la source d’inspiration du compositeur.  On en regrette d’autant plus l’absence de Stefano Bollani, qui aurait certainement donnĂ© du fil Ă  retordre au chef et Ă  ses musiciens, Ă  moins qu’il ne leur ait communiquĂ© sa dynamique. Pas une once de swing Ă  l’orchestre. Seule la petite harmonie rĂ©serve de beaux moments dans le mouvement lent, dont les couleurs et les phrasĂ©s sont admirables. Au finale, ma voisine me signale que le chef doit diriger du Sibelius


La Rhapsody in blue pĂątit des mĂȘmes travers, jouĂ©e comme un concerto du rĂ©pertoire. Quelles que soient les qualitĂ©s individuelles et collectives des musiciens, la respiration y est courte, ça ne bouge pas. Dans mon ennui, j’observe les tĂȘtes du public devant moi. Toujours figĂ©es, parfaitement immobiles, sans que le moindre balancement, naturel, se manifeste. Les interjections des cuivres, dans le dernier mouvement, sont parfaitement en place, mais n’ont rien Ă  voir avec des riffs.

Par chance, l’orchestre s’assouplit un peu pour Un AmĂ©ricain Ă  Paris, rĂ©servĂ© pour la fin. La qualitĂ© des bois est superlative, la direction sait, maintenant, se faire fluide. Le mastodonte se mue parfois en libellule. Comme les vents sont Ă  l’honneur, enfin ça swinge !

 

 

 

 

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Compte rendu, concert Gershwin, Montpellier, opéra Berlioz, Le Corum, Festival Radio France Occitanie, Montpellier, le 20 juillet 2018. Schwitzgebel/ONF/Krivine.

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