Compte-rendu, concert. La Roque d’Anthéron, le 11 août 2018. BRAHMS : Nelson Freire, piano

Freire_© Christophe GREMIOT_11082018-5Compte-rendu, concert. 38ème festival de la Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans, le 11 août 2018.. Brahms. Dvorak  Nelson Freire. Sinfonia Varsovia. Lio Kuokman. Concert évènement qui nous permet de retrouver Nelson Freire, devenu trop rare sur la scène, et dans son répertoire de prédilection. Le deuxième Concerto de Brahms, l’un des plus longs du répertoire, a toujours eu beaucoup de succès. Moins révolutionnaire que le premier il a pourtant peu de facilités tant il est exigeant en ses quatre mouvements. Le public n’a pas le loisir d’apprécier directement une virtuosité transcendante et pourtant la technique du pianiste doit être parfaite. Mais plus que cette technicité, c’est la musicalité qui doit dominer avec une texture orchestrale liée intimement au piano. Et c’est tout l’art entremêlé qui sert de fil conducteur à ce vaste voyage. Dès les premières interventions du piano de Freire, une puissance et une autorité bienveillante se posent.

Sacré à La Roque,
Nelson Freire, « Empereur du Piano »

L’orchestre est bouillonnant et un peu brouillon, tant la fougue du chef pousse le son. C’est petit à petit que le miracle de musicalité diffusé dans chaque note par le pianiste brésilien gagne l’orchestre ; lequel se met au diapason des fines nuances du soliste et chante en réponse à ses élans belcantistes.  On ne sait comment cette puissance, sans aucune violence de Nelson Freire s’est construite mais ce soir c’est lui qui petit à petit a façonné cette belle interprétation du deuxième concerto de Brahms. Dès la reprise du superbe thème l’orchestre a gagné en souplesse et en tenue. Le jeu du pianiste est plein de nuances de couleurs et son geste peut être patte de velours comme toutes griffes dehors,… sans jamais aller au delà du beau et du noble.
Jamais de notes frappées agressivement y compris dans les fortissimi. Les nombreux jeunes collègues dans le public ce soir puissent- t-ils en tirer les leçons qui conviennent afin d’en faire des poètes ! Le deuxième mouvement trouve un orchestre plus discipliné et plus musical. Le dialogue entre orchestre et pianiste se fait plus intime et plus poétique. L’écoute est de grande qualité et la réactivité de Lio Kuokman est pleine de finesse comme d’admiration, confronté au jeu extraordinaire de Nelson Freire. C’est l’Andante sous le ciel provençal et dans la quiétude qui porte les moments de la plus grande poésie en musique.

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Le temps suspendu au milieu des arbres, les cigales muettes, le violoncelle (le jeune soliste est digne du plafond de la Chapelle Sixtine) dialogue avec le pianiste, tout l’orchestre fond de bonheur. Nelson Freire joue dans des couleurs nocturnes sublimes et la musique coule, coule, coule… C’est le bonheur absolu en poésie et musique. Rien ne semble pouvoir être plus beau. Le final devient une symphonie avec piano d’une intrication des plus envoûtantes. Le piano de Freire est absolument souverain ; le chef Kuokman joue avec son orchestre qui devient ductile et même charmant. Les pointes d’humour de Freire font mouche et trouvent un écho symphonique de qualité.

Les accords finaux font exulter le public qui à l’applaudimètre sacre Nelson Freire. Le bis accordé par le vieux sage nous replonge dans la nuit de poésie de l’andante avec un Nocturne tout à fait délicieux de Paderewski qu’il interprète avec beaucoup de profondeur.

Dans la deuxième partie, l’orchestre si aimé pour sa grande énergie et sa réactivité va ce soir nous décevoir dans un tube du répertoire symphonique. Je ne sais pas ce qui c’est passé mais Lio Kuokman au lieu de diriger l’orchestre, et de garder la poésie comme guide, le laisse jouer et l’encourage à d’avantage d’expression (trop) extérieure. Il néglige de phraser pour au contraire construire des accents qui sont parfois des à-coups. Cette symphonie du Nouveau Monde prend alors des allures d’Amérique à la Trump. Gros cuivres ne sachant pas sortir de la nuance forte, cors fâchés trop souvent avec la justesse, hautbois manquant de présence, cor anglais nasillard et percussion d’une autre galaxie. Seuls les cordes semblent tenir leur rang. La sublime mélodie populaire du largo manque son effet d’émotion inconsolable. Et le final prend une allure guerrière aux accents belliqueux, bien peu rassurants. Une fin de soirée à oublier.
Il restera néanmoins le souvenir d’une très belle interprétation du deuxième Concerto de Brahms par l’inoubliable Nelson Freire qui égale presque à 73 ans, ses versions discographies de référence (dont celle indépassable avec R. Chailly). La Roque sait rendre hommage au géant Nelson Freire et l’accueil du public le sacre une nouvelle fois Empereur de la musicalité au clavier. A suivre.

 

 

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Compte rendu concert. 38ème festival de la Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans, le 11 août 2018. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano et orchestre en si bémol majeur Op.83 ; Anton Dvorak (1841-1904) : Symphonie n°9 en mi mineur Op.95 «  du Nouveau Monde » ; Nelson Freire, piano ; Sinfonia Varsovia ; Lio Kuokman, direction. Illustrations : C GREMIOT 2018 / La Roque d’Anthéron 2018

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