Compte-rendu, concert. Dijon, Opéra, Auditorium, le 12 novembre 2017. Monteverdi : madrigaux, extraits d’opéras / Jos van Immerseel

Bernardo_Strozzi_-_Claudio_Monteverdi_(c.1630)Compte-rendu, concert. Dijon, Opéra, Auditorium, le 12 novembre 2017. Monteverdi : madrigaux, extraits d’opéras / Jos van Immerseel. Chaque ensemble aura payé son tribut à l’année Monteverdi. Anima Eterna, dont ce n’est pas le propos premier, a eu l’intelligence de réunir trois de ses chanteurs de prédilection à un ensemble de musique baroque, inconnu mais de haut vol, autour d’un programme particulièrement bien conçu. Dijon l’accueille, après Bruges, Anvers, Hasselt, 48h après Versailles. C’est un résumé de l’art du Monteverdi profane : madrigaux, madrigaux dramatiques, ouvrages lyriques s’y succèdent harmonieusement. Pour commencer, Il combattimento di Tancredi e Clorinda, célèbre entre tous les madrigaux amoureux et guerriers du livre VIII. Pas tout à fait opéra, mais non plus madrigal, cette pièce démonstrative du stile concitato a fait l’objet de dizaines d’enregistrements depuis Edwin Loehrer. Le personnage principal est le narrateur (Testo) auquel toutes les expressions sont confiées, de la tendresse à la violence la plus brutale. Christoph Pregardien s’y révèle un des plus convaincants par sa force narrative, par sa large palette expressive et sa distinction. N’était la couleur de la langue, selon quelques puristes, tout est là : le débit, la dynamique, le soutien de la ligne. Les brefs échanges entre Tancrède et Clorinde, confiés à Julian Prégardien et à Marianne Beate Kielland s’accordent parfaitement au chant du narrateur. L’orchestre d’instruments anciens, limité aux effectifs préconisés par Monteverdi, est formé très majoritairement de musiciens flamands inconnus, n’était le maître d’œuvre, Jos van Immerseel. La formation se révèlera magistrale, conduite par le premier violon, de son pupitre. Les attaques, les phrasés, les équilibres et les couleurs nous ravissent. Le continuo, scolaire, convenu, déçoit un peu, comme la réserve mise à illustrer le « stile concitato » avec sa violence extraordinaire. L’excellence du soliste ne suffit pas à oublier Garrido et Alessandrini, comme la vocalité italienne.

L’enchaînement du Combat de Tancrède et Clorinde avec « Tempro la cetra » relève de l’évidence.  L’ample madrigal, dont la sinfonia de Giambattista Marino ouvre le septième livre de madrigaux, relève de la même veine que ceux du huitième : Mars et Vénus s’affrontent toujours, dans la même tonalité, avec une caractérisation voisine. Cette pièce rare, sera l’occasion pour le fils, Julian, de faire montre de toutes ses qualités. La voix est lumineuse, sonore, d’une agilité surprenante, capable d’une ornementation riche et subtile.  Le célèbre Lamento d’Ariana est naturellement confié Marianne Beate Kielland. Le beau mezzo, puissant, coloré s’y épanouit, réservant l’expression la plus touchante pour la fin : « parlò l’affanno moi, parlò il dolore… ».

Le Retour d’Ulysse dans sa patrie marqua le début de carrière de Christophe Prégardien, avec René Jacobs. Sans aucun doute une partition qui l’aura marqué et qu’il vit intensément. Son chant est exemplaire, la théâtralité comme l’émotion sont au rendez-vous. Son Télémaque de fils n’est pas en reste, tout comme la Minerve de Marianne Beate Kielland. Interrotte speranze, seizième des madrigaux du livre VII, est l’occasion de réunir nos deux ténors, avec le seul soutien de la basse continue de Jos van Immerseel. Passionnant duo où les voix se combinent s’imitent, se confondent, et où l’on perçoit l’amour filial. L’enchaînement se fait tout naturellement avec  le « Possente spirto » d’Orfeo (acte III, sc. 2), très retenu, soutenu par les cordes et les cornets jouant en écho. Splendide de force et d’émotion, c’est un régal pour l’oreille. La scène 2 de l’acte V (« Perch’a lo sdegno ») – où Apollon, le père compatissant, va entraîner Orphée, son fils, dans la douceur et la paix du ciel – constitue le sommet de ce concert. Christoph et Julian s’identifient totalement aux deux personnages et leur chant, idéal, est d’une vérité bouleversante. En bis, le célèbre Lamento della Ninfa (« Amor… ») avec son ostinato obsédant de quarte descendante. Tout est là, le bonheur des interprètes comme celui du public, communiant dans une même ferveur.

——————————

Compte rendu, concert. Dijon, Opéra, Auditorium, le 12 novembre 2017. Monteverdi : larges fragments d’opéras, enrichis de madrigaux. Jos van Immerseel, Christoph et Julian Prégardien, Marianne Beate Kielland. Crédit photo © Opéra de Dijon – Gilles Abegg.

Comments are closed.