Compte rendu, concert. Dijon, le 8 avril 2018. Turina, Glass, Glazounov, Ravel. Quatuor van Kuijk

Compte rendu, concert. Dijon, Opéra, auditorium, le 8 avril 2018. Turina, Glass, Glazounov et Ravel. Quatuor van Kuijk. Le public ne s’était pas déplacé pour Phil Glass, pour la bonne ( ?) raison que l’annonce du concert l’omettait dans le programme, très bref sans le 3ème quatuor « Mishima », créé par les Kronos, découvert ici même, il y a un peu plus d’un an, par les Tana. En quelques années, le quatuor Van Kuijk s’est imposé comme une référence internationale.  Bien que jeune, tout l’univers du répertoire lui est familier, de Haydn à Edith Canat de Chizy, avec une prédilection particulière pour la musique française : celui de Ravel, point culminant du programme, l’atteste.
La riche musique de chambre de Turina reste, pour l’essentiel, à découvrir. Ainsi, la oracion del torrero, opus 34, de 1925. A aucun moment l’ écriture n’en trahit la destination première (un quatuor de luths) ni son ancrage espagnol, n’était le paso-doble, incontournable pour marquer l’entrée du torero dans l’arène. La facture en est soignée, raffinée, loin des clichés que le titre appelle. Le mouvement lent, très retenu, qui se combinera ensuite au thème de la marche, est chargé d’émotion. Toutes les qualités des interprètes sont déjà perceptibles : une fusion rare, une homogénéité des timbres, des cordes comme on les aime, rondes, soyeuses, jamais acides ou métalliques, une précision diabolique, millimétrée, la jeunesse alliée à la maturité rayonnante.

 
 

Quatuor van Kuijk : une maturité rayonnante

 
 
 

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Phil Glass nous interroge toujours autant. Ce quatuor – d’après la musique de film du  film de Paul Schrader, de 1985 – est devenu classique. Il a la plénitude d’un Schubert, avec son diatonisme, des harmonies séduisantes et désuètes, les hachurages, les bariolages caractéristiques de cette musique répétitive. Manifestement, l’auditeur est conquis dès la première écoute. L’intensité comme la retenue des musiciens, la perfection de leur jeu emportent l’adhésion, même si la démarche créatrice rejoint à certains égards celle des ouvrages scéniques de Orff  en son temps, l’application systématique de trucs.
Autre découverte à laquelle nous convie le quatuor, la première des novelettes de Glazounov, titrée « allegro alla spagnuola », de 1885. La légèreté, l’animation, le charme lyrique, l’art de permettre à chacun la confidence, l’épanchement, l’enthousiasme, tout concourt au succès de cette page qui ne relève à aucun moment de la carte postale.
C’est dans le célébrissime quatuor en fa de Ravel que l’on attendait les Van Kuijk. Dès le premier mouvement, pris dans un tempo soutenu, on redécouvre ce chef-d’œuvre. La douceur, l’équilibre idéal, la dynamique, le raffinement sont la marque des « grands ». La joie exubérante du deuxième, les pizzicati bondissants, mais aussi le lyrisme du thème passant du premier violon à l’alto, c’est un ravissement, qui se poursuit avec le « lent », où le chant du violoncelle, puis celui du violon sur la 4ème corde sont difficilement surpassables.  La rêverie du  troisième mouvement contraste idéalement avec le finale, enfiévré. Toujours, ça chante et le bonheur des musiciens est contagieux.
L’enthousiasme du public est récompensé par deux généreux bis.  Retenons particulièrement la surprise du second : un arrangement pour quatuor à cordes, de belle facture, souriant, des Chemins de l’amour, bienvenu puisque Poulenc a détruit ses deux compositions pour cette formation.

 
  

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Compte rendu, concert. Dijon, Opéra, auditorium, le 8 avril 2018. Turina, Glass, Glazounov et Ravel. Quatuor van Kuijk. Crédit photographique © Andrea H. Vega

  
 

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