Compte rendu, concert. Dijon, le 7 décembre 2017. Récital Miklós et Benjamin Perényi (Bach, Schumann,…)

PERENYI MIKLOS violoncelle hqdefaultCompte rendu, concert. Dijon, le 7 décembre 2017. Récital Miklós et Benjamin Perényi (Bach, Schumann,…). Miklós Perényi, l’un des derniers élèves de Mainardi et de Casals, s’est toujours entouré des meilleurs (Kocsis, Schiff, Ránki, les Takács et combien d’autres). Ce soir, le grand violoncelliste hongrois, si rare, est revenu, accompagné par son fils, Benjamin, pour un programme alléchant, nous conduisant de Bach à Bartók.  En y regardant de plus près, on s’étonne du faible nombre d’œuvres originales. L’immense répertoire pour le violoncelle ne recèlerait-il pas de pages méritant la pleine lumière ? Il est vrai que la génération à laquelle il appartient (comme l’auteur de ces lignes) faisait la part belle aux transcriptions. Celles-ci comportent toujours une certaine d’ambiguïté. D’une part, elles permettent d’élargir l’auditoire d’une œuvre, et les éditeurs en furent les premiers solliciteurs. Au prix de quelques aménagements et/ou transpositions les compositeurs s’en sont souvent faits les complices, reconnaissons-le. Mais, d’autre part, qui nous fera croire que le cor, le violon, l’alto, le violoncelle peuvent être confondus sans que l’œuvre première soit dénaturée ?
De Bach, la 2ème sonate pour viole de gambe et clavecin – improprement appelée ce soir « sonate pour violoncelle » – est trop rarement jouée, et on se réjouit de l’écouter. La suprême élégance du jeu, la douceur caressante du timbre du Gagliano de 1730 que joue Miklós Perényi  sont toujours bien là.  Il se situe davantage dans la lignée de Casals que de celle de Staker, et témoigne d’un art préservé de la révolution baroque. On imagine que Bazelaire ou Maréchal, accompagnés par Cortot dans l’entre-deux guerres, devaient adopter les mêmes phrasés, le legato, les articulations légères, contenant l’expression au juste milieu. Même Navarra, il y a cinquante ans, faisait respirer davantage cette musique, avec une vigueur que l’on attend vainement. C’est indéniablement beau, d’une grâce surannée, mais inappropriée maintenant à ce répertoire.
Comme cette sonate, les Märchenlieder de Schumann souffrent un peu d’un piano trop sonore. Mais là, les musiciens sont davantage dans leur élément, particulièrement dans la dernière pièce, berceuse,  lyrique. Si le piano use d’une large palette dynamique, le violoncelle reste contenu. Le « Rasch » reste en-deçà du romantisme exacerbé de Schumann.  Mais comment oublier la version originale pour alto, beaucoup plus émouvante ? De la même manière, l’Adagio et allegro du même ont été écrits pour cor, l’instrument chéri des romantiques. Sa transcription pour violoncelle – fut-elle approuvée par l’auteur – n’a pas la même force. Le chant est admirable, l’entente filiale est idéale, évidemment.
Enfin, le bonheur surgit avec les trois mouvements de Pohadka, du meilleur Janaček. L’écriture dialoguée induit des échanges forts, chargés d’humour, de poésie, de questionnements, de tendresse que nos deux musiciens rendent à merveille. La « Phantasie » est là, beaucoup plus que dans les Schumann, avec une liberté de ton, de respiration qui nous réjouit. La virtuosité extraordinaire de la première rapsodie de Bartók, ici transcrite de sa version originale pour violon, séduit, mais émeut moins. Pour conclure,  la merveilleuse sonate de Debussy, sommet de ce récital, avec la pièce de Janaček, deux œuvres originales, est-il besoin de le souligner ? L’élan, la souplesse fluide, les subtiles variations d’éclairage, la poésie comme l’humour sont bien présents, avec l’émotion partagée. Le nombreux public ne s’y trompe pas, réservant ses acclamations à ce finale. En retour il sera gratifié de beaux bis.

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Compte-rendu, concert. Dijon, Auditorium, le 7 décembre 2017. Récital Miklós et Benjamin Perényi (Bach, Schumann, Debussy, Janaček, Bartók).

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