COMPTE RENDU, concert. BLAYE, Festival Flam’, le 15 août 2018. Glass, Brahms. Quatuor Varèse, Julien Chabod.

flam festival 2018COMPTE RENDU, concert. Citadelle de BLAYE, clôture du Festival Flam’, le 15 août 2018. Glass, Brahms. Quatuor Varèse, Julien Chabod, clarinette. Pour conclure en beauté et en intensité son édition 2018, le Festival Flam’ convoque deux compositeurs au chambrisme ardent et redoutablement exigeant. L’opportunité est offerte aux interprètes de démontrer leur virtuosité engagée, surtout une réelle écoute, sensible et partagée qui produit deux cheminements particulièrement caractérisés, celui de Glass d’abord (Quatuor n°5) puis de Brahms (Quintette pour clarinette et cordes en si mineur (opus 115), Notturno éperdu, pudique, au souffle amoureux.

GLASS MINIMALISTE LYRIQUE… Dans son 5è Quatuor (1991), Philip Glass (né en 1937), élève de Nadia Boulanger dans la France du début des années 1960, confirme son génie du timbre, du rythme, des intervalles, comme piliers nouveaux d’une recherche inscrite dans le schéma faussement simpliste de la musique minimaliste, ou répétitive. La déconstruction du temps classique s’inspire ici de la philosophie orientale et de la pratique de la pensée bouddhiste, apprise lors de son voyage en Inde (1966).
Des 7 quatuors à cordes qu’il a composés entre 1966 et 2014, le n°5 s’inscrit au début des années 1990, après les premières oeuvres lyriques d’envergure et avant le cycle des musiques pour le cinéma de Cocteau, trilogie d’après Orphée (1993), La Belle et la Bête (1994) et Les Enfants Terribles (1996). L’écriture à la fois classique et minimaliste, se densifie, s’épaissit même, révélant chez Glass un compositeur dramatique et lyrique.
Celui qui a étudié le contrepoint d’un Beethoven ou d’un Schubert se montre ici particulièrement inspiré dans les passages contrastés ; le discours y revêt la forme d’une interrogation formelle constante (prière du premier mouvement ; syncope du violon I dans le second mouvement …). Les Varèse expriment ce chaos mesuré, cette question à la façon d’une quête, qui traverse tous les pupitres en une transe ardente puis récréative (fièvre devenant danse jazzy dans le III). Jusqu’au dernier et 5è mouvement, qui contrastant avec l’introspection rêveuse du mouvement précédent, proclame un contrepoint extraverti, violemment contrasté, – chaos formel qui s’arrête brutalement quand perce le premier motif initial, à la façon d’une réitération cyclique, affirmant en conclusion la dense énergie de l’opus tout entier. Clarté, activité, précision des lignes dans leur enchevêtrement expressif, sont les clés idéalement réalisées par les cordes du Quatuor Varèse.

 
 

 
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SOMMET BRAHMSIEN… La pièce maîtresse du concert demeure le point d’équilibre et d’accomplissement dans le genre chambriste que constitue le Quintette avec clarinette de Brahms. L’opus 115 souligne combien l’instrument est la voix privilégié du compositeur mûr, parvenu à son automne inspiré ; la mélancolie brahmsienne si complexe, c’est à dire trouble et ambivalente, riche en nuances de sentiments qui confinent à l’indicible et l’inextricable, trouve dans le timbre spécifiquement caressant, ductile et tendre de l’instrument à anche, sa couleur et son caractère propres.

chabod julien clarinette critique concert par classiquenews festival flam 2018Le clarinettiste de l’orchestre de Meiningen, Richard von Mühlfeld suscite l’admiration immédiate de Brahms qui compose alors et pour lui (à Bad Ischl, où Brahms séjourne comme l’année précédente au cours de l’été 1891) une pièce de synthèse, remarquablement équilibrée, dans son développement et dans l’écriture de la partie de clarinette : miroir apaisé des vertiges intérieurs dont Johannes, plus discret et pudique, mais non moins passionné, a cultivé le secret tout au long de sa vie. Les créations publiques en 1892 (Berlin, puis Vienne) rencontrent un immense succès : c’est que même secret, Brahms sait préserver toujours la sincérité et la franchise. En outre, certainement conseillé par le clarinettiste dédicataire, le compositeur sait heureusement marier les timbres, cordes et bois, avec une sensibilité harmonique et sensuelle, à la fois chaleureuse et évidente. Un riche tissu de couleurs se renforce et s’intensifie grâce à la complicité des instrumentistes ; saluons la personnalité du clarinettiste Julien Chabod, capable de clarté et de caractérisation, jouant sur les effets de « clair-obscur » et les nuances automnales d’une partition testament.
Le clarinettiste comprend chaque accent, rétablit l’unité et la cohérence profonde qui assure au cycle entier, sa carrure organique et son écoulement onirique. Son rôle moteur, solistique dans le 2è mouvement « Adagio » (douceur crépusculaire et quasi suspendue, énigmatique du « più lento ») affirme un beau tempérament, à la fois virtuose et remarquablement nuancé.
L’approche coule de source ; elle sait aussi s’affirmer en intensité et en caractère, en particulier dans la série des 5 variations enchaînées (dans l’esprit d’un rondo) qui composent le terreau contrasté du dernier mouvement (Con moto).
L’entente et l’écoute des instrumentistes réalisent cette fusion amoureuse et tendre que Brahms sait ciseler et colorer, dans l’esprit de Mozart. Tout en éclairant la parfaite architecture du quintette (4 parties), les cordes épousent la ligne ondulante et souple de la clarinette dont elles soulignent aussi l’étonnant velours expressif (chant amoureux, irrésistible, de l’Adagio). Servi par des ambassadeurs électrisés par le verbe brahmsien, tel un puissant et tendre Notturno, le Quintette conclut ainsi dans l’entente collective, l’édition 2018 du Festival Flam’. Superbe soirée de chambrisme.

 

 

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COMPTE RENDU, concert. Citadelle de BLAYE, clôture du FESTIVAL FLAM’, le 15 août 2018. Glass, Brahms. Quatuor Varèse, Julien Chabod, clarinette.

Philip Glass
Quatuor n°5

Johannes Brahms
Quintette pour clarinette et cordes en si mineur (opus 115)
Allegro
Adagio
Andantino-Presto non assai, ma con sentimento Con moto

Quatuor Varèse
François Galichet – violon
Julie Gehan Rodriguez – violon
Sylvain Séailles – alto
Thomas Ravez – violoncelle

Julien Chabod – clarinette

Illustrations : Festival FLAM’ 2018 (DR) – Julien Chabod (DR)

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