COMPTE-RENDU, concert. BIARRITZ Piano Festival, les 6, 7 août 2019. N Mukami (le 6) & A Volodos (le 7).  

COMPTE-RENDU, concert. BIARRITZ Piano Festival, Hôtel du Palais et Espace Bellevue, les 6&7 août 2019. Nuron Mukami (le 6) & Arcadi Volodos (le 7). Avant d’être totalement paralysée par le G7 qui s’y installera dans quelques jours, la ville de Biarritz bruissait de son désormais (très) couru Piano Biarritz Festival, qui fêtait sa 10ème édition entre les 29 juillet et 7 août derniers. Toujours ardemment défendu par son fondateur-directeur Thomas Valverde, le pianiste français continue avec talent de mettre à l’affiche autant la génération montante du piano international que les gloires reconnues, ce que prouvent les deux dernières soirées du festival avec les venues du jeune pianiste ouzbèque Nuron Mukumi (23 ans) et la star du clavier russe, Arcadi Volodos.

C’est dans l’un des magnifiques salons du célèbrissime Hôtel du Palais, construit sur les restes de la villa de l’Impératrice Eugénie, que se produit le premier artiste, déjà présent lors de la dernière manifestation basque. Dans une salle surchauffée où l’on avait omis de mettre la climatisation en route, c’est autant l’instrumentiste que le public qui en souffre, au point de le verbaliser lui-même. Est-ce ce petit aléa qui rend son toucher peu musical (bien que techniquement parfait…) dans les premières pièces qu’il interprète : Le Carnaval de Vienne de Schumann et Venezia e Napoli de Liszt (extrait des Années de Pèlerinage) ? Il faut le croire puisqu’il livre, en deuxième partie, une enthousiasmante exécution de la Sonate n°1 (en do majeur) de Johannes Brahms. Elle révèle, de la part de ce tout jeune artiste, une précoce et totale maîtrise de la forme et du son. Cette forme est pourtant particulièrement complexe, avec ses quatre mouvements très habilement structurés, ses emportements et ses épanchements d’un romantisme exalté ou rasséréné. Mukumi parvient ici à une remarquable unité, à un équilibre absolu, déchaînant des tempêtes dans l’Allegro con fuoco, ou au contraire suspendant le temps dans l’Andante. De même, la sonorité est parfaitement sculptée, marmoréenne, d’une puissance exempte de toute dureté, ou tendrement pétrie, d’une rondeur presque charnelle, avec un camaïeu de couleurs et de nuances qui est une chose rare chez un si jeune pianiste. Devant l’enthousiasme du public, il offrira trois bis, dont un délicat Nocturne de Tchaïkovski et la célèbre « Tartine de beurre » du divin Amadeus…

 

 

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La lendemain soir (7 août), place au maître, le géant Arcadi Volodos, cette fois dans la Rotonde de l’Espace Bellevue, de l’autre côté de la baie. Un récital du pianiste russe est toujours un événement exceptionnel vers lequel le public se presse, et celui de l’Espace Bellevue – plein à craquer ce soir – ne fait pas exception. Toujours aussi généreux, le pianiste pétersbourgeois débute même son récital par une pièce non prévue dans le programme, une sonate de jeunesse de Schubert restée inachevée (la D. 157 en mi majeur), qu’il enchaînera avec les 6 Moments musicaux op 94. Immédiatement, le miracle opère. En quelques secondes, il envoûte, il captive, il subjugue son auditoire, d’autant qu’il est – avec le compositeur allemand – en terrain conquis. Pas à pas, le public happé et fasciné, ne peut que suivre le pianiste dans son parcours, et, comme à son habitude, il donne à entendre son incroyable force en la contrastant avec des caresses impalpables du clavier. Ce sentiment s’impose tout autant dans les Préludes de Rachmaninov qu’il interprète ensuite, aux côtés de la Sérénade op 3 n°5 et de l’Etude-Tableaux en Do mineur op 33 n°3, du même compositeur. Que dire au sujet de ces pages de Rachmaninov, si ce n’est que Volodos y fait preuve d’une admirable transparence et justesse de ton, et qu’elles s’avèrent bouleversantes de vérité. Il égrène ces morceaux succincts sans le moindre effort, en un jaillissement de son âme qui ne se relâche pas une seule seconde. L’enchantement perdure avec les cinq pièces de Scriabine qui conclut la soirée, dont l’extraordinaire Vers la flamme op 72, lascif et venimeux poème qui happe littéralement l’auditoire : en permanente recherche de couleurs inédites, Volodos y creuse toujours plus avant la résonance et, au climax de cet étrange et mystique voyage, l’instrument-roi enflamme tous les possibles poétiques au bout d’un crescendo aussi échevelé qu’hypnotique ! En bis, il délivre deux Menuets de Schubert et la géniale Sicilienne retranscrit par Bach d’après un Concerto de Vivaldi. Le public, médusé, réserve à cet immense artiste aussi attachant qu’essentiel, un ultime tonnerre d’applaudissements mérités. Vivement l’édition 2020 qui ne manque déjà pas d’attraits, et que nous ne manquerons sous aucun prétexte !

 

 

 

 

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Compte-rendu, concert. Biarritz Piano Festival, Hôtel du Palais et Espace Bellevue, les 6&7 août 2019. Nuron Mukami (le 6) & Arcadi Volodos (le 7). Illustration : A Volodos © Polina Jourdain-Kobycheva

 

 

 

 

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