Compte-rendu, concert. Avignon, Opéra-Théâtre, le 29 mars 2015. Georg Friedrich Haendel : The Messiah. Magali Arnault Stanczak, Julien Freymuth, David Munderloh, Raymond Ayers. Le Parlement de Musique. Chœur Orlando de Fribourg. Laurent Gendre, direction.

Bruxelles : Tamerlano et AlcinaVoilà quinze ans que le Festival de Musique Baroque d’Avignon – présidé par Robert Dewulf – ponctue la vie musicale de la célèbre cité papale. Après un Requiem de Mozart (dirigé par le talentueux chef argentin Leonardo Garcia Alarcon) qui a remporté tous les suffrages en début de saison, c’est un autre titre parmi les plus fameux du répertoire sacré que le festival proposait en cette période pascale : Le Messie de Georg Friedrich Haendel.  Pour défendre le chef d’œuvre de Haendel, sont réunis à Avignon la formation baroque Le Parlement de Musique (fondée et dirigée par Martin Gester) et le Chœur Orlando de Fribourg, tous deux placés sous la direction de Laurent Gendre (directeur du Chœur précité). Parfois exécuté avec un orchestre – et surtout un chœur – pléthoriques, c’est au contraire une approche chambriste, en quête d’équilibre, que propose ici le chef suisse. On se rapproche ainsi de la première exécution du Messie qui – sous la baguette de Haendel lui-même venu se réfugier à Dublin en 1742 – ne comportait qu’une cinquantaine d’interprètes (seize chanteurs et quarante instrumentistes pour être précis).

Messie chambriste

Incontestablement, l’approche de Laurent Gendre est très musicale, et c’est un véritable bonheur que d’entendre une sonorité aussi chantante et enlevée, dans un ouvrage si galvaudé par tant de versions « musclées » et pesantes.
Quant aux solistes, s’ils ne comptent pas parmi les stars du moment, ils n’en sont pas moins remarquables, et s’avèrent à la hauteur de l’entreprise, vivant et disant l’amour et les souffrances du Christ avec une belle ferveur. Ces derniers interviennent dans de multiples combinaisons de récitatifs et airs aux accompagnements variés qui confèrent tout l’attrait de cet opus.

Le ténor californien David Munderloh, notamment, signe une prestation remarquable tout au long du concert, entamant le cycle d’airs des « Prophéties » par une « Annonciation » interprétée avec joie et bonheur : une très belle présence vocale, assise sur une parfaite maîtrise technique du chant, une excellente conduite de la voix et une grande précision rythmique, le tout marié à une intense sensibilité théâtrale.

Côté féminin, la soprano suisse Magali Arnault-Stanczak contribue à l’excellence de la soirée par une technique vocale impeccable, le timbre présentant un éclat tout spécial, sans jamais sacrifier le texte. Son interprétation du récitatif de « La Nativité » – qui traduit la première manifestation du Christ auprès des bergers – est emplie d’une ferveur lumineuse, et l’on retrouve la même expression pleine de joie dans la description qu’elle donne de « La Résurrection ».

Il n’en va pas de même du jeune contre-ténor alsacien Julien Freymuth qui trahit trop de retenue vocale par rapport aux autres solistes. Si sa voix fait preuve d’une grande précision, et surtout bénéficie d’une diction très propre, sa projection est trop limitée, notamment dans le fameux « He was despised », le plus bel air de la partition (qui décrit le mépris qu’essuie le Christ). Quant au baryton américain Raymond Ayers, il impressionne en revanche par sa présence tant physique que vocale : le tableau qu’il dresse du « Jugement dernier » – le magnifique « The trumpet shall sound » – fait ainsi parcourir le frisson dans l’échine des auditeurs.

Enfin, le remarquable Chœur Orlando – composé d’une vingtaine de chanteurs – participe également pleinement à la grandeur de l’édifice. On retiendra en particulier un « And he shall purify » qui parvient à créer une ambiance emprunte d’une douce paix et d’une chaleureuse confiance, mais voilà surtout  longtemps que nous n’avions entendu un « Alleluia ! » aussi électrique ! Bref, une exécution du Messiah qui « rend meilleur », comme le souhaitait Haendel…

Compte-rendu, concert. Avignon, Opéra-Théâtre, le 29 mars 2015. Georg Friedrich Haendel : The Messiah. Magali Arnault Stanczak, Julien Freymuth, David Munderloh, Raymond Ayers. Le Parlement de Musique. Chœur Orlando de Fribourg. Laurent Gendre, direction.

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