Compte rendu concert. 37ème édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloître des Jacobins. Le 13 septembre 2016. Mozart, Ravel, Chopin, Liszt. Lucas Debargue, piano.

DEBARGUE-_-Lucas_Debargue-582-594Compte rendu concert. 37ème édition de Piano aux Jacobins ; Toulouse ; Cloître des Jacobins. Le 13 septembre 2016. Mozart, Ravel, Chopin, Liszt. Lucas Debargue, piano. Ce jeune pianiste dénote une personnalité affirmée et une belle originalité. Le programme admirablement construit lui a permis de développer une science du piano qui termine son récital crescendo, s’achevant en apothéose. D’abord un Scarlatti lumineux, admirablement articulé et très plaisant pour nous mettre l’oreille en éveil. Puis la Sonate de Mozart K.310, déjà entendue sous les (lourds) doigts de Richard Goode mardi dernier, a été abordée avec beaucoup de nuances et un touché bondissant. L’équilibre entre Sturm und Drang et élégance a été parfait. Un peu plus de legato et de chant dans le deuxième mouvement auraient d’avantage comblé.

LUCAS D. : un sensationnel virtuose à suivre

La Ballade de Chopin a été virtuose, active, vivifiante. Point de mélancolie dans cette pièce et une joie d’un piano triomphant. Le Chopin de Lucas Debargue cherche un peu à rivaliser avec Liszt.
Après l’entracte, le triptyque de Gaspard de la nuit de Ravel a monté d’un cran la virtuosité transcendante. Ondine a été d’une eau claire avec des doigts d’une précision et d’une délicatesse extrême. L’importance des nuances fait passer d’une eau pure à un tsunami final.
Le Gibet impressionne mais ne glace pas. La mise en valeur des différents plans est très réussie avec un glas que rien ne fait diminuer. Les effets pianistiques sont ahurissants de précision. Mais un peu plus d’imagination est nécessaire pour évoquer le romantisme de cette abominable scène de gibet.
Scarbo est la pièce la plus réussie entre la virtuosité triomphante et  l’évocation du personnage cherchant à danser et à s’alléger de sa condition. Le toucher de Lucas Debargue est d’une précision admirable et rien de vient troubler le geste pianistique grandiose. Le final est proprement halluciné, hallucinant.
Pour terminer le programme la première Méphisto-valse achève de nous convaincre que nous tenons là, un virtuose à la manière d’un Evgeny  Kissin. Les doigts volent sur le clavier, les notes fusent de tous cotés et la danse infernale subjugue, mais toujours dans la clarté de l’articulation. Un très grand moment de piano nous a été offert par ce jeune prodige. Avec la maturité, il saura sortir d’une sorte de complétude à s’écouter jouer, gagnera en expression et en legato. Mais déjà les moyens considérables du pianiste méritent toute l’admiration et l’attention du public. Trois bis ont été généreusement offerts (Scarlatti et Chopin) par un artiste en nage mais heureux. Pianiste plein de promesses, désormais à suivre.

Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonate n° 432 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonate pour piano en la mineur K.310 ; Fréderic Chopin (1810-1849) : Ballade n°4 en fa mineur, op.52 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Gaspard de La nuit ; Frantz Liszt (1811-1886) : Méphisto-Valse n°1 ; Lucas Debargue, piano.

Illustration : © Evgeny Eutukhov

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