Compte rendu, ballet. Paris. Palais Garnier. 27 octobre 2016. Soirée Balanchine, hommage à Violette Verdy. François Alu, Myriam Ould-Braham, Mathias Heymann, Mathieu Ganio, Amandine Albisson, Marie-Agnès Gillot, Hugo Marchand… Ballet de l’Opéra de Paris. Elena Bonnay, piano solo. Maxime Tholance, violon solo. Orchestre de l’opéra National de Paris. Kevin Rhodes, direction.

ballet-de-lopera-de-paris-danseursSoirée Balanchine et hommage à la regrettée Violette Verdy, en ce soir d’automne au Palais Garnier à Paris. Au trois ballets programmés du néo-classique Balanchine s’ajoute un quatrième à l’occasion de l’hommage qui se présente aussi sous forme de court-métrage projeté. La Sonatine de Ravel, crée par Verdy est ce 4e ballet fabuleusement interprété par un couple d’Etoiles. Soirée pétillante et étoilée, brillante dans sa conception, inégale dans l’exécution.

 

 

 

Balanchine : un page peut être tournée…

 

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Nous sommes de l’avis que le ballet le plus remarquable de la soirée, et qui en lui seul cautionne notre présence au Palais Garnier en cette nuit pluvieuse d’automne parisien, est Sonatine de Ravel, pièce présentée seulement lors des 5 premières représentations, en hommage à la regrettée Violette Verdy, créatrice du ballet (photo ci dessus), décédée l’hiver dernier. Il est interprété par un duo d’Etoiles toujours alléchant par ses compétences artistiques concertées, une bonne entente évidente et une musicalité palpitante et sincère. Soit : Mathias Heymann et Myriam Ould-Braham. Lui est un rêveur romantique par excellence avec un je ne sais quoi de troublant, « d’impactant », sur scène ; pas par une allure menaçante quelconque, ni par une plastique stéréotypée princière, mais par l’excellence technique pourtant pleine de chaleur et l’engagement absolu dans sa prestation, avec une bonne dose de joie et de bonne humeur. Elle, qu’on voit évoluer en profondeur et maturité avec un immense plaisir, est, ce soir, la vision parfaite de la créatrice Verdy, surtout en ce qui concerne sa musicalité. Elle ajoute un sens de légèreté supplémentaire avec un côté frémissant et frêle très touchant. L’hommage consiste aussi dans la projection d’un court-métrage de Vincent Cordier mettant en valeurs les qualités de la ballerine disparue.
tchaikovski Pyotr+Ilyich+Tchaikovsky-1MOZARTIANA. Le ballet Mozartiana faisant son entrée au répertoire de la compagnie ouvre la soirée. C’est une suite orchestrale de Tchaikovsky à quatre mouvements, où le Tchaikovsky classiciste fait un hommage à son maître artistique voire spirituel, Wolfgang Amadeus Mozart (créant des arrangements orchestraux des 3 pièces pour piano solo de Mozart et une de… Gluck). Au niveau de la composition, malgré l’immense profondeur du Russe, l’œuvre reflète la vision un rien superficielle et limitée du XIXe siècle vis-à-vis du génie salzbourgeois. Est mise donc en valeur seulement une joliesse caractérielle, plutôt « baroqueuse », l’aspect le moins pertinent de l’opus de Mozart. Il paraît que Tchaikovsky a voulu présenter à un très grand public des œuvres rares de l’autrichien, s’adressant à leurs préjugés. Pari réussi, et pourtant d’un aspect anecdotique presque complètement inintéressant. Comme la danse d’ailleurs. Balanchine prétendait, paraît-il, faire quant à lui un hommage à Tchaikovsky. Si nous remarquons avec joie la Gigue endiablée du Premier Danseur François Alu, corps racé, très beau et tonique en dépit du costume de caractère. Autour de lui, le couple d’Etoiles : Dorothée Gilbert et Josua Hoffalt. Si elle a un haut du corps et un travail des bras à l’expression sublime, nous n’avons pas été emballés par ses pointes, moins saines que d’habitude. Et Josua Hoffalt, bon partenaire, donne une illusion de légèreté sur scène qui cache derrière elle la mollesse de la réalité. Pour un danseur qui aime mettre en valeur au niveau du discours, l’aspect extrêmement « masculin », athlétique, de la danse classique (habitude mignonne de certains danseurs… souvent pas très sûrs d’eux), sa prestation dans Mozartiana manque en dynamisme et peps, pour dire le moindre.

Si le ballet Brahms-Schönberg Quartet n’est pas le plus authentique et innovant de Balanchine, le spectacle est beau à regarder ; la musique du quatuor pour piano et cordes en sol mineur de Brahms magistralement orchestrée par le Schöngberg post-romantique, est fabuleusement interprétée par l’Orchestre de l’Opéra dirigé par l’habitué Kevin Rhodes. Les costumes de Karl Lagerfeld et la toile viennoise du fond ajoutent à ce je ne sais quoi d’élégant et d’austro-hongrois propre au ballet, aux fortes inspirations folkloriques russes et caucasiennes. Au premier mouvement l’Etoile Mathieu Ganio est toujours l’âme romantique incarnée, avec des lignes et une prestance sublimes, mais en l’occurrence le partenariat avec la Gilbert laisse à désirer: l’attention se pose sur la troisième danseuse du mouvement, Ida Viikinkoski, et aussi sur les 4 danseurs masculins du corps : Nicolas Paul, Fabien Révillion, Jérémy Loup-Quer et Germain Louvet, tous les quatre rayonnants de beauté, surtout les 3 derniers un brin plus frais. Les Etoiles Amandine Albisson et Stéphane Bullion sont le couple du deuxième mouvement. Si elle est l’image de la danseuse à la véritable bonne santé, habitée, inspirante et inspirée, et lui l’Etoile sombre ténébreux à faire craquer les cœurs, le partenariat ne fait pas forcément rêver. Cependant, l’exécution est impeccable. Idem pour le troisième mouvement vaillamment interprété par le Premier Danseur Arthus Raveau, qui rayonne de plus en plus, et ne laisse surtout pas insensible avec des lignes éblouissantes et une précision en solo, davantage séduisante. Mélanie Hurel qui l’accompagne n’est pourtant pas éclipsée. Le dernier mouvement est le moment de revendication pour Josua Hoffalt qui forme un couple tonique avec la fabuleuse Etoile Alice Renavand. L’inspiration folklorique et chorégraphique, musicale, percutante et entraînante, semble convenir beaucoup mieux au danseur qui s’éclate.

Le programme finit avec le Violin Concerto de Stravinsky, magistralement dansé par le corps et les couples de Marie-Agnès Gillot / Hugo Marchand et Eléonora Abbagnato / Audric Bezard. Les premiers sont bien sûr impressionnants sur scène ; elle, mettant toujours sa vie au service de la danse pour le plus grand bonheur de l’auditoire et mettant en valeur le chorégraphe ; lui, hyper-performant comme d’habitude et avec réactivité et technique saisissantes. Les seconds, bien que plus cohésifs en apparence, sont peut-être moins profonds dans l’exécution qui demeure très plastique et extérieure. Remarquons Paul Marque, lauréat du Concours de Varna 2016 et nouvel espoir de la compagnie, avec une remarquable technique, et n’oublions pas la performance superlative du violoniste Maxime Tholance, réussissant une partition complexe et difficile.
drrl0dstcuctvjbybdgsAu final, nous tenons là un programme intéressant qui, espérons-le, tourne la page ouverte par la direction précédente du renouveau surdosé de Balanchine à Paris. A côté d’autres néo-classiques, nous remarquons la valeur historique et artistique du Géorgien, ainsi que le besoin évident de continuer l’exploration des chorégraphes et styles moins représentés à l’Opéra de Paris. Peut-être le public sera gâté dans le futur grâce aux nouvelles entrées au répertoire d’autres américains tels que Martha Graham et Merce Cunningham… Pour l’hommage à Verdy demeure beaucoup plus réussi que l’hommage à Mozart et Tchaikovsky. Représentations au Palais Garnier du 1er au 15 novembre 2016 (sans la Sonatine de Ravel, hélas…).

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