Compte rendu, ballet. Paris. Opéra National de Paris (Palais Garnier), le 19 juin 2014. Soirée Robbins / Ratmansky, précédée du Grand Défilé du Ballet de l’Opéra. « Dances at a gathering », Jerome Robbins, chorégraphe. « Psyché », Alexeï Ratmansky, chorégraphe. Ballet de l’Opéra National de Paris. Choeur Accentus, Orchestre de l’Opéra National de Paris. Felix Krieger, direction musicale. Ryoko Hisayama, piano.

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Soirée d’une beauté rayonnante au Palais Garnier ! Le Ballet de l’Opéra National de Paris présente son défilé annuel, démonstration de la noblesse et de la grandeur de la danse française à son plus haut niveau, dans le lieu le plus emblématique. Le défilé précède deux ballets néo-classiques de rêve, joyau en joie et poésie de Jerome Robbins « Dances at a gathering » sur la musique de Chopin, et« Psyché » d’Alexeï Ratmansky, succession des tableaux féeriques au sujet merveilleux sur la musique éponyme de César Franck.

Poésie et virtuosité 

Les élèves de l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris commencent le somptueux défilé en toute dignité. C’est l’occasion pour les « petits rats » de l’Opéra de se présenter sur la scène imposante et fantastique du Palais Garnier ; de recevoir les applaudissements d’un public impressionné par leur prestance déjà avérée à un si jeune âge ! Le rêve de beauté commençant à peine, leur succèdent les danseurs du Corps de Ballet, les Premier Danseurs et les Etoiles. La marche d’Hector Berlioz extraite de l’opéra Les Troyens donne la mesure aux futurs et actuels protagonistes de la danse classique planétaire, pendant une quinzaine de minutes. Un délice visuel tout en prestige qui débute une soirée au rituel fortement attendu.

Le chorégraphe américain d’origine russe Jerome Robbins (1918-1998) a un parcours particulier. C’est l’une des figures inoubliables de la danse au XXe siècle. Il devient célèbre en chorégraphiant des comédies musicales à succès, telles Fancy Free, Le roi et moi, Un violon sur le toit et West Side Story notamment. En 1969, il revient au New York City Ballet pour la création de « Dances at a gathering », ballet néo-classique abstrait au lyrisme infini pour 10 danseurs sur une succession de pièces de Chopin (surtout des valses et des mazurkas). S’il s’agît d’un ballet à l’aspect poétique confirmé, les danseurs de l’Opéra y ajoutent une certaine fraîcheur, une joie de vivre qui relève du je ne sais quoi charmant si propre à Robbins. Nous avons trouvé la distribution riche en Etoiles tout à fait exemplaires : Mathieu Ganio est un danseur brun qui ravit l’audience par son allure très romantique, mais aussi par son élégance, sa musicalité, une finesse dans l’expression,y compris dans ses sauts parfois impressionnants. Josua Hoffalt, en danseur vert, fut une révélation. S’il voit la danse comme un sport selon ses déclarations, il se montre ce soir avant-tout artiste de talent , faisant preuve d’une souplesse incroyable, voire d’une virtuosité insolente. Les Premiers Danseurs Christophe Duquenne et Emmanuel Thibault, en danseurs bleu et rouge brique respectivement, sont à la hauteur, mélangeant ténacité, entrain, humour et bonheur dans leurs mouvements. Karl Paquette, en violet est un artiste talentueux et partenaire ès mérite, avec des portés les plus stables et les plus solides de la soirée. Il brille avec la lumière de l’excellence avec ses port de bras alléchants et une technique irréprochable. D’ailleurs, son partenariat avec Ludmila Pagliero, Etoile en danseuse rose est, comme d’habitude, particulièrement réussi. La danseuse argentine est d’une présence géniale dans Robbins, sa délicatesse alliée à une certaine virtuosité dans l’expression fait mouche. Nolwenn Daniel et Charline Giezendanner se montrent pétillantes et réactives. C’est une joie de les voir danser avec autant d’engagement, de vivacité et de fraîcheur. Le public ne peut d’ailleurs pas s’empêcher de les ovationner, avec Amandine Albisson, Etoile mauve, lors d’un pas de six impressionnant. Cette dernière a une élégance et une grâce particulière… Très en vogue en ce moment, nous l’avons trouvé charmante et avec ce soir, un beau legato. Finalement Aurélie Dupont, en vert, campe une performance de brio. Superbe technicienne, elle fait preuve aussi, bien heureusement, d’humour comme de piquant.

Nouveaux visages prometteurs

« Psyché » d’Alexeï Ratmansky, ancien directeur du Bolchoï, revient à Paris après sa création en 2011. Inspiré du mythe tardif légué par Apulée, auteur Latin du IIe siècle, le ballet néo-classique plutôt narratif raconte l’histoire et quelques aventures de Psyché et d’Eros, sous la musique fabuleuse du poème symphonique de César Franck (pour grand orchestre et choeur). Aux décors vibrants et enchanteurs de l’artiste contemporaine Karen Kilimnik s’ajoutent les beaux costumes, non moins enchanteurs, allégés par rapport à la création, d’Adeline André. Avec les tableaux chorégraphiques de Ratmansky, et ces ensembles attirants et quelques solos impressionnants, le ballet s’impose en véritable bijou.
Que cela soit dû aux blessures, à l’indisposition des Etoiles de la compagnie, ou tout simplement d’une décision de l’administration, la distribution compte avec des personnalités que nous voyons rarement sur le plateau. Le couple d’Eros et Psyché est interprété par le sujet (!) Marc Moreau et l’Etoile Laëtitia Pujol. Elle incarne le rôle-titre avec aisance, sa performance a quelque chose de théâtral et de touchant. Le couple est en général très aimable. Marc Moreau est une réelle surprise. Il allie un entrain fabuleux à une tendresse ravissante dans l’expression. Le Corps de Ballet et quelques rôles secondaires ont été particulièrement délicieux à regarder. Ratmansky réussit très bien ses tableaux et leur donne de la matière pour exprimer leur dons de danseurs. Remarquons particulièrement Laurence Laffon, Léonore Baulac, Sébastien Bertaud, Aurélien Houette, Axel Ibot et Alexis Renaud ; ainsi que les Quatre Zéphyrs de Daniel Stokes, Simon Valastro, Adrien Couvez et Alexandre Labrot au bel investissement. Finalement Alice Renavand, Etoile dans le rôle de Vénus montre les qualités de sa danse et une présence altière qui lui sied bien. La fin du ballet en marque l’apothéose, et nous insistons sur le talent, rare, du chorégraphe à créer des beaux tableaux visuels incluant tous les danseurs.

Un duo de ballets d’une rare beauté à ne surtout pas rater. Encore à l’affiche du Palais Garnier à Paris, les 23, 25, 27 et 29 juin, ainsi que les 1er, 2, 3, 4, 5 et 7 juillet 2014.

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