COMPTE-RENDU, Ballet. Bordeaux, le 21 déc 2018. Dauberval / Hérold : La Fille mal gardée.

herold-ferdinand-herold-le-pre-aux-clercs-portrait-symphonie-n2-classiquenewsCOMPTE-RENDU, Ballet. Bordeaux, Grand-Théâtre, le 21 décembre 2018. Jean Dauberval / Ferdinand Hérold : La Fille mal gardée (+ concert de Noël le 20 décembre à l’Auditorium). Tandis que la plupart des théâtres lyriques hexagonaux mettent à l’affiche une opérette pour les fêtes de fin d’année, l’Opéra national de Bordeaux a pris l’habitude de proposer un ballet à son public, à l’instar de l’année dernière où nous avions pu assister à une représentation du Don Quichotte de Leon Minkus. Cette année, c’est un titre cher à la cité Girondine qui est mis à l’honneur, puisque La Fille mal gardée (dont la première mouture portait le nom de « Ballet de la paille ou il n’est qu’un pas du mal au bien ») a été créée dans ces même murs du Grand-Théâtre de Bordeaux, le 1er juillet 1789, ce qui en fait le plus ancien ballet français inscrit au répertoire. L’ouvrage est présenté ici dans une chorégraphie imaginée par Frederick Ashton pour le Royal Ballet de Londres dans les années 60. Il est coproduit avec l’Opéra de Paris qui a participé à la confection des décors et des costumes… et a « prêté » à l’institution bordelaise une de ses danseuses Etoiles Léonore Baulac) et un de ses Premiers danseurs (Paul Marque) pour les deux rôles principaux ! Originellement dansé sur un pot-pourri d’airs populaires, l’œuvre se dota – en 1828 – d’une véritable partition musicale, grâce au compositeur Ferdinand Hérold (la partition est cependant adaptée ici par John Lanchbery). Ce ballet se caractérise d’abord par sa facilité de compréhension, et de fait, il capte toutes les sympathies par sa fraîcheur et surtout son humour ravageur. Les pans illustrés du décor d’Osbert Lancaster, peintes à la manière des images d’Epinal, contribuent eux aussi à nous plonger dans le ton facétieux des personnages de fables passées.

 

 

 

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Dans le rôle de Lise, Léonore Baulac fait preuve de sa délicatesse coutumière, tout en faisant montre d’une technique peaufinée qui ne laisse apparaître aucune scorie. Son art de la pantomime fait oublier les situations parfois un peu « simplettes », et l’on se prend à s’attendrir sur le sort d’abord malheureux – puis au final favorable – de Lise. La prestation de Paul Marque n’appelle pas plus de réserve : la technique est très aguerrie, sa jeunesse sied parfaitement au rôle, et sa prise de risques est récompensée par de nombreux vivats au cours de la représentation.

De son côté, Alexandre Goncharouk dessine le benêt Alain de manière très honorable, raisonnablement drôle et raisonnablement touchant. Enfin, Roman Mikhalev se montre absolument délirant et désopilant en Mère Simone ; comment ne pas être admiratif devant tant d’ingéniosité et de trouvailles dans la composition de ce personnage travesti et acariâtre ? La fameuse « Danse des Sabots » est d’une précision implacable, et si le couple principal touche par leur grâce, leur juvénilité et leur insouciance, c’est bien Mikhalev qui enlève le morceau, rendant indispensable chacune de ses apparitions !

Secondés par le corps de ballet (impeccable aussi), tous se livrent à cœur joie dans cette célébration de la vie champêtre. Et l’euphorie est contagieuse, qui gagne facilement le public… qui ne demande qu’à rire de bon cœur ! Bref, une rêveuse jubilation par laquelle nous nous sommes laissés volontiers bercer…

La veille, nous avons eu la chance d’assister au Concert de Noël, présenté par Christian Maurin et en direct sur Radio Classique, dans le superbe Auditorium dont s’est doté la ville il y a trois ans maintenant. Là aussi, Bordeaux a fait preuve d’originalité et – loin des sempiternelles Valses de Johann Strauss ou autres pot-pourri offenbachien -, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, dirigé par son chef Paul Daniel, a donné à entendre un programme aussi éclectique que réjouissant. On en retiendra notamment la voix d’alto chaude et capiteuse de la chanteuse gabonaise Adriana Bignani Lesca, que l’on a pu apprécier dans le fameux « Sing, sing, sing ! » de Louis Prima ou dans le « White Christmas » d’Irving Berlin. L’orchestre peut également faire étalage de sa virtuosité, mettant en exergue la palette orchestrale d’Offenbach dans une « Gaité parisienne » ciselée, et plus encore dans une « Cuban overture » de George Gershwin d’une alacrité toute diabolique ! Le Chœur de l’Opéra national de Bordeaux se distingue, quant à lui, dans un « Allelujah » (tiré du Messie de Haendel) d’une poignante émotion, délivré tout en souplesse et en légèreté. Et chapeau au chef Paul Daniel qui sort ce soir de sa réserve toute britannique, et donne de sa personne à plusieurs moments de la soirée… en faisant le pitre, en donnant la réplique, voire en poussant la chansonnette !

 

 

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, Ballet. Bordeaux, Grand-Théâtre, le 21 décembre 2018. Jean Dauberval / Ferdinand Hérold : La Fille mal gardée (+ concert de Noël le 20 décembre à l’Auditorium). LA FILLE MAL GARDÉE, à l’affiche de l’Opéra de Bordeaux, jusqu’au 31 décembre 2018.

 

 

 

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