Clip vidéo. L’éblouissant Pelléas d’Angers Nantes Opéra (jusqu’au 13 avril 2014)

PELLEAS_angers_nantes_opera_2014_HOME_582_453CLIP VIDEO. Angers Nantes Opéra. Debussy: Pelléas et Mélisande. 23 mars > 13 avril 2014. A l’affiche d’Angers Nantes Opéra, Pelléas et Mélisande de Debussy est l’objet d’une nouvelle production éblouissante, du 23 mars au 13 avril 2014. A la fois réaliste et onirique, la mise en scène d’Emmanuelle Bastet exprime les facettes multiples d’un ouvrage essentiellement poétique…
Pour ce nouveau Pelléas, la metteure en scène retrouve son complice Tim Northam, qui signe les costumes et la scénographie. Ni abstraite ni symboliste/lique, le Pelléas de Bastet rentre dans le concret. Rendre explicite l’onirisme et la part du rêve amoureux. Esthétiquement, le spectacle relève le défi : les références à Hitchcock, aux espaces énigmatiques et ouverts du peintre américain Edouard Hopper (superbe échappée présente sous la forme d’une immense fenêtre trop rarement ouverte) nourrissent ici une nouvelle lecture du chef d’oeuvre lyrique de Debussy. Tensions présentes mais silencieuses, violence aussi à peine cachée, omniprésence nouvelle d’un personnage jusque là tenu dans l’ombre… la nouvelle production de Pelléas présentée par Angers Nantes Opéra permet au théâtre de réinvestir la scène, aux chanteurs, d’y paraître tels les fabuleux acteurs d’un film à suspens de plus en plus prenant, au fil tragique aussi captivant qu’irrésolu.

CLIC_macaron_2014Au centre du travail, l’amour des jeunes adolescents qui se rencontrent et s’évadent dans un monde suspendu destiné à la mort : Pelléas et Mélisande dans Allemonde. Au réalisme du décor (immense bibliothèque qui rappellent par les volumes des rayonnages, autant d’histoires d’une saga familiale très présente encore avec ses mystères et ses filiations, ses intrigues oubliées et tues) s’oppose le rêve des deux amants… A chaque retrouvaille correspond un épanchement onirique et symboliste qui contraste avec le contexte réaliste. Cette présence du rêve et de l’harmonie avait déjà suscité dans la mise en scène d’Orphée et Eurydice des épisodes réussis dont pour le tableau des Champs Élysées, l’évocation de l’enfance des époux, brève et saisissante échappée dans l’innocence… Ici, la présence d’un corps étranger (Mélisande) dans une famille « bourgeoise « au passé mémoriel précipite le drame et rend visible ce qui était tenu caché ou silencieux.

 

 

Thriller hitchcockien

 

Pour les lieux divers et précisément décrits par Maeterlinck, – la fontaine, la tour, la grotte, les sous-terrains -, une décor unique pour exprimer le monde clos et asphyxiant d’Allemonde. Genneviève et même Pelléas qui en part sans être capable de le quitter, restent à demeure dans un château pourtant étouffant comme … un cercueil. Comme exténués avant d’avoir agi, chacun reste dans un aveuglement tragique et silencieux.

 

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Pour Emmanuelle Bastet, Mélisande reste une énigme, un être insaisissable qui renvoie comme un miroir fascinant l’image fantasmatique que les autres veulent voir d’elle. Fragile mais fatale, elle fait naître la curiosité, surtout le désir : le mariage pour Golaud, l’interdit pour Pelléas, avec la fameuse scène de la chevelure (emblème qui fixe l’attraction de Pelléas sur le corps de Mélisande). Ce pourrait être une préfiguration de Lulu, victime et bourreau, ingénue innocente mais aussi provocatrice sans être cependant manipulatrice… Le mystère qui enveloppe Mélisande comme Pelléas, c’est la présence implicite d’un traumatisme ancien qui au moment de l’action, laisse envisager toujours l’ombre et la menace de la catastrophe. Chacun d’eux a cette blessure présente où l’écoute et l’attention du spectateur tendent à s’enfoncer : la musique est là aussi pour les y encourager.

A travers les yeux d’Yniold … Rêve ou réalité ?
pelelas_melisande-ANO_kawkaVisuellement, Emmanuelle Bastet cite les tableaux de Hopper, les films de Hitchcok (En attendant Marnie particulièrement) dans une réalisation qui devrait évoquer le climat tendu et vénéneux des films du cinéaste britannique. Le seul être qui souffre vraiment ici serait le petit garçon Yniold (rôle travesti) qui assiste impuissant mais fortement impressionné au lent délitement de la famille, à la folie de son père Golaud, à la déroute des amants dévoilés… Le drame familial est ainsi représenté à travers ses yeux, ce qui est explicitement indiqué quand Golaud utilise l’enfant pour espionner Pelléas et Mélisande dans l’une des scènes les plus violentes de l’opéra … L’enfance contrepoint et révélateur de la sauvagerie et de la barbarie des adultes, est un élément moteur dans les mises en scène d’Emmanuelle Bastet. En réalité, la relation de Pelléas et de Mélisande ne serait-elle pas aussi le fruit de l’imagination du garçon troublé par les membres d’une famille qui l’interroge et déconcerte sa petite âme en mal d’évasion ?
Dans ce bouillonnement émotionnel qui fait naître la confusion et le trouble, l’essentiel n’est peut-être pas de rétablir la cohérence d’une œuvre dans son déroulement explicite, mais de suivre les images de la musique qui souvent exprime plus clairement ce que les mots du livret tentent toujours à cacher ou sans les dire précisément.
C’est donc un opéra d’atmosphère où la mémoire et le rêve submergent le réel, où l’inconscient surgit là où on ne l’attend pas, où les actes de la psyché se manifestent différemment et de façon imprévisible, dont les enjeux et l’activité souterraine pourront nous être enfin révélés à Nantes et à Angers à partir du 23 mars 2014.

 

 

 

Claude Debussy (1862-1918)
Pelléas et Mélisande

Drame lyrique en cinq actes.
Livret de Maurice Maeterlinck, d’après sa pièce éponyme.
Créé à l’Opéra-Comique de Paris, le 30 avril 1902.
nouvelle production

Direction musicale : Daniel Kawka
Mise en scène : Emmanuelle Bastet
Scénographie et costumes : Tim Northam
Lumière : François Thouret

avec
Armando Noguera, Pelléas
Stéphanie d’Oustrac, Mélisande
Jean-François Lapointe, Golaud
Wolfgang Schöne, Arkel
Cornelia Oncioiu, Geneviève
Chloé Briot, Yniold
Frédéric Caton, Le Docteur

Chœur d’Angers Nantes Opéra – Direction Xavier Ribes
Orchestre National des Pays de la Loire

[Opéra en français avec surtitres]

7 REPRESENTATIONS en semaine à 20h, le dimanche à 14h30

5 à NANTES Théâtre Graslin
dimanche 23, mardi 25, jeudi 27, dimanche 30 mars, mardi 1er avril 2014

2 à ANGERS Le Quai
vendredi 11, dimanche 13 avril 2014

Billetteries : Angers 02 41 22 20 20 / Nantes 02 40 69 77 18 – www.angers-nantes-opera.com
Tarifs : Plein : de 60 € à 30 € / Réduit : de 50€ à 20 € / Très réduit : de 30 € à 10 €. Places Premières : 160 €

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Illustrations : © Jef Rabillon 2014