CD,coffret : Mercury Living presence : The collector’s edition (Paray,Dorati…53 cd)

mercury linving presence coffret cd 51 cd clic de classiquenews avril 2015 Paul Paray Antal dorati the collector's edition 1951 1968CD,coffret, compte rendu critique : Mercury Living presence 1951-1968 (53 cd). Tout commence en 1951 lorsque Mercury fait la dĂ©monstration de sa pertinence technologique avec le nouveau mode  d’enregistrement  live conçu par Bob Fine, en particulier manifeste dans Tableaux d’une exposition de Moussorgski jouĂ© par Rafael Kubelik et le Symphonique de Chicago rĂ©alisĂ© la mĂŞme  annĂ©e : de fait si l’on en juge par les documents ici rassemblĂ©s, la prise prĂ©sente un relief exceptionnel, une analyse très fine des timbres avec cette sensation spatiale inĂ©dite jusque lĂ . Dès lors portĂ©s par une dĂ©finition stimulante  de la prĂ©sence  orchestrale, les ingĂ©nieurs de Mercury rĂ©alisent pas moins de 350  enregistrements dans cette technologie, pendant 17 ans : la pĂ©riode  marque un âge d’or de l’enregistrement stĂ©rĂ©o (3 micros omnidirectionnels a minima).. ceux lĂ  mĂŞme qui paraissent en visuel de couverture du coffret) flattant la sonoritĂ© produite, rĂ©vĂ©lant et soulignant le geste superlatif de chefs ici essentiellement Antal Dorati ou l’excellent Paul Paray : Ă©coutez le miel flamboyant, vĂ©nĂ©neux et tragique de la Symphonie de Franck de 1959 (outre l’urgence globale, notons le jaillissement spectaculaire des harpes dans l’Allegro final… un “effet” assez sensationnel permis par le son Mercury des annĂ©es 1950) avec son orchestre d’alors, le mythique Symphonique de Detroit depuis emportĂ© avec la rĂ©cente faillite de la ville amĂ©ricaine, une perte inestimable qui renforce la très haute valeur des prises rĂ©unies dans le coffret. L’acuitĂ© du geste, la sĂ»retĂ© de l’architecture, la tension qu’instaure Paray reste plus de 50 ans après, très convaincantes.
MĂŞme “dĂ©monstration” sonore et spatialisĂ©e restituĂ©e pour l’ouverture 1812 de Tchaikovsky par Dorati en 1954 : oĂą tous les effectifs, impressionnants sont parfaitement ordonnĂ©s et superbement restituĂ©s grâce Ă  un Ă©tagement spĂ©cifique pour la prise de son. Citations de la Marseillaise et bruits comme dĂ©flagration de guerre, rien n’est laissĂ© de cĂ´tĂ© dans une superbe fresque stĂ©rĂ©o dont l’acuitĂ© de la dĂ©finition sonore reste admirablement traitĂ©e… Dans cette rĂ©alisation des origines pour Mercury, Dorati porte tout l’Ă©difice, avec souffle et fièvre.

L’esthĂ©tique dĂ©fendue par Fine (LP, “Living presence”) semble ĂŞtre la vie mĂŞme (prise de son naturelle et très proche) : le relief des instruments y gagne  une activitĂ© impressionnante, une intensitĂ© et une proximitĂ© saisissante que les prises actuelles peinent Ă  Ă©galer: l’auditeur semble immergĂ© dans l’ocĂ©an orchestral… d’autant plus que le dispositif est encore amĂ©liorĂ© en 1961.

Cette dĂ©jĂ  3ème boĂ®te estampillĂ©e Mercury living  presence compile bon nombre de bandes dĂ©jà  publiĂ©es en 1990 mais remastĂ©risĂ©es ici et complĂ©tĂ©es par des inĂ©dits provenant du fonds anciennement Philips. Y figurent aussi  les accomplissements de Frederick Fennel (divers orchestres dont l’excellent harmonie de vents Eastman Wind ensemble d’une Ă©nergie ciselĂ©e dans Rossini, Gounod et mĂŞme Wagner, cd 18, 1959), sans omettre ses rĂ©ussites chez Porter, Gershwin, Herbert, ces trois derniers avec le Studio Orchestra au dĂ©but des annĂ©es 1960… ; ou encore Howard Hanson.

Perles du coffret :
dorati-antal-maestro-clic-de-classiquenews-mercury-living-presence-cd-coffret-evenement-Entre autres accomplissements indiscutables, qui rendent ce coffret aussi indispensables que ceux rĂ©cemment chroniquĂ©s sur classiquenews et laurĂ©ats lĂ©gitimes du CLIC de classiquenews, saluons l’intĂ©grale du Tchaikovsky que totalise ainsi Dorati dans le dispositif Mercury LP, ce avec diffĂ©rents orchestres (Minneapolis, London Symphony Orchestra avec ce dernier les Symphonies 1,2, et surtout 3 opus 29 sont inoubliables datant de 1965) et suivant l’Ă©volution technologique en cours  (avant et après l’amĂ©lioration de 1961). de ce point de vue, le coffret est une mine inestimable pour ceux qui voudront mieux connaĂ®tre le geste du chef, frappant par sa vision affirmĂ©e, indiscutablement dramatique et d’une finesse d’expressivitĂ© rare : Les variations concertantes de Ginestera, The Young Personn’s Guide to the orchestra de Britten, la Symphonie n°3 de Copland, festivals romain et les 4 Impressions symphoniques de Respighi, tous documents majeurs propres aux annĂ©es 1953, 1954, rĂ©coltent les fruits d’un travail passionnant entre le chef et le Minneapolis Symphony Orchestra, doublĂ© par une rĂ©flexion sur la restitution sonore de chaque interprĂ©tation, la finalitĂ© et le sens de l’enregistrement.

De mĂŞme l’intuition gĂ©niale du dĂ©fricheur Paul Paray dĂ©fenseur comme un certain Martinon outre atlantique (Ă  Chicago avec le Symphonique local Ă  peu près dans les mĂŞmes annĂ©es 1960) d’un certain romantisme français dĂ©fendu avec une vitalitĂ© inouĂŻe et sans instruments d’Ă©poque… la sensibilitĂ© analytique et fiĂ©vreuse Ă©tonne encore comme sa science fluide qui sait caractĂ©riser chaque Ă©pisode, emporte l’adhĂ©sion ; le geste est sĂ»r, la tension dramatique palpable, l’articulation claire et prĂ©cise… : Ă©coutez le cd 30 (ouverture du Roy d’Ys de Lalo, Suite du ballet Namouna exceptionnel et mesestimĂ©, Symphonie de  Chausson. …: qui ose aujourd’hui programmer une telle succession?  Aucune salle parisienne… Paray osait tout  Ă  Detroit en 1956 et 1957). Incroyable audace visionnaire. Comme d’ailleurs Dorati qui en 1959  enregistre le symphonisme virtuose et d’atmosphère de la Giselle d’Adam, cycle achevé  par Fistoulari).
paray-paul-maestro-mercury-living-presence-1960Au sein du corpus Paray, saluons tout autant, la fièvreuse Symphonie n°2 de Sibelius, Ă  la fois ciselĂ©e et Ă©chevelĂ©e, d’une ivresse sensible et prĂ©cise phĂ©nomĂ©nale : Ă  l’heure oĂą tant d’audace et de rage nuancĂ©e font dĂ©faut, la direction de Paray, exaltĂ©e, vive, palpitante, dĂ©terminĂ©e comme poĂ©tique et profonde, servie par une prise de son qui en accuse chaque accent, projette chaque pulsion, fait figure de modèle. Quel tempĂ©rament et quelle intelligence (cd 28, Detroit Symphony Orchestra, 1959). Paray exalte la matière sonore en un crĂ©pitement de plus en plus Ă©nergique et lumineux, matière Ă  fusion ou Ă  Ă©lĂ©vation. La rĂ©ussite est totale. MĂŞme ivresse sonore et dramatisme percutant, incisif dans un formidable programme Wagner de 1956 et 1960, comprenant dans le cd 35 : musique du feu et adieux de Wotan de la Walkyrie, ouverture de Rienzi, Voyage de Siegfried sur le Rhin du CrĂ©puscule des dieux, Siegfried Idyll, prĂ©lude de l’acte III de Tristan und Isolde…

CLIC D'OR macaron 200Sommet de l’Ă©lĂ©gance Ă©lectrisante, remarquable de souplesse et de tension motorique avec un galbe et des nuances exquises, le London Symphony orchestra sous la direction de Mackerras (cd26 : Londres, 1961 : compilation digne d’un Concert du Nouvel An par son entrain et sa finesse superlative, regroupant Smetana, Nicolai, Strauss, Weber, Thomas, Tchaikovski… ce programme festif et classieux, incarne en 1961, un sommet du son Mercury LP, un modèle de programmation idĂ©ale pour les Prom’s.

Le coffret Mercury contient bien d’autres trĂ©sors d’interprĂ©tation, sublimĂ©s par une prise de son exemplaire ; voyez en derniers choix : les Concertos pour piano de Liszt par Richter et Kirill Kondrashin – Londres, 1961 ; Sonates pour violoncelle et piano par le mĂŞme Richter et Rostro, duo intense et fiĂ©vreux de 1961,1962 et 1963 ; mĂ©lodies de Moussorgski, Tchaikovski, Prokofiev (5 poèmes d’Anna Akhmatova) par le couple Ă  la ville, Ă  la scène : Galina Vichnevskaya et Rostro (Londres, juillet 1961)… Par la richesse des Ĺ“uvres abordĂ©es, dĂ©fendues par des chefs et des orchestre de premier plan, ce coffret est indispensable. C’est donc un CLIC de classiquenews d’avril 2015.

Archives Mercury : un filon inespĂ©rĂ©CD, coffret : Mercury Living Presence. The true story of a legendary label : 1953-1969 (53 cd). Ĺ’uvres d’Adam, Beethoven, Berlioz, Brahms, Chausson, Dvorak, Rossini, Schumann, Sibelius,Tchaikovski, Wagner… London Symphony orchestra, Minneapolis Symphony Orchestra, Detroit Symphony Orchestra, … Antal Dorati, Paul Paray, Sir Charles Mackerras…

En résumé : le coffret Mercury de 53 cd recueille le meilleur des chefs légendaires : Antal Dorati (cinquantaine) et Paul Paray (soixantaine avec le Detroit Symphony Orchestra). Détails :

Antal Dorati (1906-1988), nĂ© Ă  Budapest, nous lègue ici les fruits de ses annĂ©es mĂ»res, celles qui sont postĂ©rieures Ă  sa naturalisation comme citoyen amĂ©ricain en 1947, dĂ©voilant l’ahurissante sensibilitĂ© de la cinquantaine : direction affĂ»tĂ©e, fièvre orchestrale : Symphonies de Brahms (LSO et Minneapolis SO entre 1957-1963), L’Ecossaise de Mendelssohn (couplĂ©e avec l’ouverture Les HĂ©brides, de 1956 – LSO), L’HĂ©roica de Beethoven (Symphonie n°3) de 1957 (Minneapolis); Sherehazade de Rimsky (Minneapolis, 1958), Le Coq d’or et Capriccio espagnol du mĂŞme (LSO 1956, et 1959) ; un somptueux programme Richard Strauss de 1955 (Suite du Chevalier Ă  la rose, Rosenkavalier Ă©crite par Dorati lui-mĂŞme, Mort et transfiguration et Don Juan avec le Minneapolis SO (un must). Corpus autant incontournable, les Symphonies de Tchaikovsky (1-4, LSO de 1965), et la 5ème (LSO, 1961), sans omettre les 4 Suites pour orchestres et la Mozartiana de 1966 avec le New Philharmonia Orchestra… et surtout l’ouverture 1812 et Capriccio itlaien de 1954 (Minneapolis) : soit une quasi intĂ©grale du Tchaikovski symphonique. Le coffret met en avant les rĂ©alisation du chefs hongrois avec les orchestre Minneapolis (1953-1958), puis le LSO et le New Philharmonia Ă  Londres, dans le dernier dispositif technologique Mercury.

Paul Paray (1886-1979), bien oubliĂ© aujourd’hui est une figure saisissante de la direction comme ses 9 tĂ©moignages / programmes Mercury nous le prouvent, de surcroĂ®t valorisĂ©s dans le dispositif Mercury. Celui qui fut compositeur (3 Symphonies) et obtint le Prix de Rome en 1911 (cantate Yanitza), directeur musical principal de l’Orchestre Colonne Ă  Paris dès 1932, se montre interprète affĂ»tĂ©, aux accents parfois ardents voire incandescents, au delĂ  de l’image lisse et Ă©duquĂ©e, tirĂ©e Ă  quatre Ă©pingles selon les convenances de sa bonne Ă©ducation : c’est surtout sa coopĂ©ration après la guerre (en une soixantaine rayonnante) avec le Detroit Symphony Orchestra Ă  partir de 1951 qui illustre ses annĂ©es dorĂ©es aux States : un miracle musical et un accomplissement orchestral dont le coffret Mercury tĂ©moigne ici. Chaque disque enregistrĂ© (surtout de la musique française selon les attentes du public amĂ©ricain) est un record de vente, et est ensuite distribuĂ© en Europe par Philips. A 76 ans, en 1962, Paul Paray prend congĂ© de Detroit et son sĂ©millant orchestre dont il a fait l’un des meilleurs du TOP 5 aux Etats Unis. Il est dommage que Paray comme compositeur n’ait pas enregistrĂ© alors ses propres Ĺ“uvres : il aurait bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une phalange remarquable et d’une prise de son tout autant idĂ©ale.
Le corpus Paray Mercury Menneapolis comprend ici  les 4 Symphonies de Schuman (1953-1958) ; la trop rare et pourtant passionnante et vĂ©nĂ©neuse Symphonie de Chausson de 1956, la Symphonie n°2 de Rachma (1957), l’ouverture du Roi d’Ys et la Suite Namouna de Lalo de 1958 ; l’Ă©blouissante et captivante Symphonie n°2 de Sibelius, la Symphonie en rĂ© de Franck,  la Fantastique de Berlioz (1959), la Nouveau Monde (9) de Dvorak (1960), enfin un programme Wagner d’une Ă©loquence exceptionnelle (1956-1960).

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