CD. Wagner in Switzerland (Zinman, 2012)

CD. Wagner in Switzerland (Zinman, 2012). A part Bayreuth, aucune autre ville outre Zurich n’accueillit Wagner aussi longtemps, presque 10 annĂ©es, de 1849 Ă  1858 : annĂ©e violentes et prĂ©cipitĂ©es oĂą entraĂ®nĂ© par le souffle des rĂ©volution, le compositeur dĂ©voile sa passion libertaire et sĂ©ditieuse ; il perd sa position enviable Ă  la cour de Dresde (oĂą il Ă©tait assurĂ© de crĂ©er dans des conditions confortables ses opĂ©ras Ă  partir de Rienzi, que lui avait refusĂ© l’indigne Paris), et doit fuir en fugitif recherchĂ© jusqu’Ă  la Suisse accueillante et donc Zurich… Le crĂ©ateur pourchassĂ© et maltraitĂ©, incompris partout mais jalousĂ© comme personne, suicidaire et de plus en plus inquiet sur son avenir, compose cependant des pages maĂ®tresses. L’âge d’or et le confort viendront après… au dĂ©but des annĂ©es 1860 : en 1864 prĂ©cisĂ©ment quand coup sur coup, il peut compter sur l’aide financière providentielle de Louis II de Bavière et fait mĂ©nage simultanĂ©ment avec Cosima, la fille de son ami et soutien, Franz Liszt.

 

 

SĂ©jour de Wagner Ă  Zurich

 

Wagner en Suisse, wagner in ZwitzerlandAvec l’Ă©chec des rĂ©volutions, Wagner prĂ©cise sa vision politique de la sociĂ©tĂ© industrielle. Il intègre de près le tissu social et donc musical zurichois, Ă©tant mĂŞme nommĂ© membre d’honneur de la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale de musique en 1851 après avoir dirigĂ© les Symphonies n°3 et 8 de Beethoven… Nouvelle consĂ©cration en 1852 lorsqu’il peut faire reprĂ©senter son Vaisseau FantĂ´me. L’idĂ©e d’un festival de musique se prĂ©cise en Suisse, portĂ© par la sĂ©rie de concerts que Wagner, chef d’orchestre, rĂ©alise localement (Ă  son programme : Mozart, Gluck, Spontini, Meyerbeer, Rossini…). A Zurich, Wagner solitaire et malheureux en mĂ©nage, rencontre surtout les Ă©poux Wesendonck, riche commerçants et bourgeois aisĂ©s de Zurich qui favorisent son travail : on sait qu’Ă©pris de Mathilde Wesendonck, Wagner inspirĂ©, composera les fameux Wesendonck lieder, surtout la suite de Tristan und Isolde jusqu’Ă  Venise (qui le voit dĂ©pitĂ©, abandonnĂ©, dĂ©muni par cet amour sans avenir : y eut-il liaison consommĂ©e ?)…

A Zurich, Wagner Ă©labore ses principaux dogmes thĂ©oriques sur la musique (et son tristement cĂ©lèbre Ă©cart sur les juifs qu’il souhaiterait Ă©carter dĂ©finitivement de la rĂ©gĂ©nĂ©rescence de l’art musical: ” Le judaĂŻsme dans la musique “); A Zurich, Wagner Ă©chaffaude ce que sera la TĂ©tralogie, crĂ©ant avec Liszt au piano l’acte I de La Walkyrie (22 octobre 1856, chantant mĂŞme les rĂ´les de Siegmund et Hunding !).

La notice du cd (très documentĂ©e : un modèle du genre, dĂ©veloppement en français auquel Sony ne nous avait pas jusque lĂ  habituĂ©s) Ă©claire ce en quoi Zurich, Ă©tape permanente d’un exil recherchĂ©, passage et point de fuite fructueux, permet Ă  Wagner de prĂ©ciser son oeuvre musical, son projet lyrique encore sans port d’attache.
Le programme reflète le concert donnĂ© par la Tonhalle sous la direction de David Zinman Ă  l’occasion des 200 ans de la crĂ©ation de la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale de musique : un programme qui ressuscite celui dirigĂ© par Wagner en mai 1853 pendant le festival Wagner Ă  Zurich: extraits de ses opĂ©ras (ouverture et scènes majeures), Le Vaisseau FantĂ´me (particulièrement applaudi et apprĂ©ciĂ© de son vivant par les Zurichois), l’incontournable Walkyrie esquissĂ©e et Ă©laborĂ©e Ă  Zurich du moins pour le premier acte (les adieux de Wotan, la chevauchĂ©e des Walkyries…).

A la fois flamboyant et luxueux par ses teintes et couleurs Ă©panouies, l’Orchestre de la Tonhalle sous la direction toute en Ă©quilibre et lumière de David Zinman est particulièrement convaincant. Et le soliste invitĂ© (le baryton Egils Silins) ne manque pas d’attrait : parfois lĂ©gère, la voix fait un Wotan de choc et de tendre sensibilitĂ©: il s’agit bien dans ses adieux dĂ©chirants, de l’aveu d’un Ă©chec : le père doit renoncer au seul bien qui lui Ă©tait cher : l’amour de sa fille prĂ©fĂ©rĂ©e, Brunnhilde, qu’il doit sacrifier et Ă©carter sous la contrainte conjugale… Programme rĂ©jouissant et hautement original Ă©clairant le sĂ©jour zurichois des Wagner. D’autant plus recommandable en cette annĂ©e du bicentenaire.

 

Wagner in Switzerland, le sĂ©jour zurichois (1849-1858). Wagner : extraits du Vaisseau FantĂ´me (ouverture), L’Or du Rhin, La Walkyrie, Le CrĂ©puscule des dieux… Orchestre de la Tonhalle de Zurich. David Zinman, direction. DurĂ©e : 1h07mn 1 cd RCA red seal 88725479412 (Sony music). Enregistrement live rĂ©alisĂ© Ă  Zurich en juin 2012.

 

 

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