CD. Wagner : extraits du Ring. Philippe Jordan (Erato)

Après un précédent symphonique tout aussi jubilatoire dédié à la Symphonie Alpestre de Strauss, autre massif orchestral d’envergure – et aussi de ciselure instrumentale-, Philippe Jordan et les musiciens de ” son ” orchestre de l’Opéra de Paris, retrouvent ici le studio d’enregistrement pour la totalité wagnérienne, miroir des représentations du Ring, doublement présenté à Bastille pour l’année Wagner 2013.

 

 

Wagner : chambrisme somptueux

 

philippe-jordan-wagner-ring-extraitsOn reste déçus par le minutage chiche du double coffret, bien économe et plutôt très synthétique sur la somme totale ainsi dirigée dans la fosse parisienne. Mais reconnaissons que le transfert du geste, de Bastille au studio souligne les qualités propres de l’orchestre parisien et du chef : transparence, lumière, cohésion, rondeur… Souvent le visuel de couverture renseigne sur l’intention poétique du projet : ici un superbe paysage montagneux, – la cime wagnérienne n’est pas si loin- dont l’arête impressionnante et toute la structure se laissent deviner – impressionnante- sous une brume esthétisante et poétique… un voile suggestif qui n’empêche pas la claire définition du détail.
D’emblée, la lecture parisienne sous l’impulsion musicale du chef suisse se distingue à toute autre approche : sonorité onctueuse et coulante, d’une cohésion irréprochable avec cette nuance de clarté et de transparence, lumineuse et éloquente, qui fait la caractéristique majeure de la lecture. C’est un Wagner à la fois somptueusement lyrique et surtout chambriste qui se réalise ici, étirant le temps et sa suspension jusqu’à rompre la corde dramatique. La scène finale où Brunnhilde récapitule en une vision pleine de promesse pour le futur, l’ensemble de l’épopée manque parfois de frisson et de fulgurance (la faute en revient à Ninna Stemme – invitée à Bastille aussi pour chanter Elisabeth dans Tannhäuser : voix ductile et chaude, mais verbe sans accent ni fièvre) , ce qui fait habituellement le prix d’une captation live… mais l’unité et la distance poétique au service d’une opulence constante des couleurs instrumentales s’imposent à nous de façon irrésistible.
Voici un Wagner, pensé, mûri, mesuré, esthétisant dont l’équilibre dans sa réalisation nous rappelle la leçon récente menée à Dijon par Daniel Kawka, dans un Ring réécrit (donc très contesté) mais musicalement irréprochable. En 2013, Wagner a donc connu les honneurs des musiciens dans l’Hexagone. Ce double disque magnifique en recueille les fruits les plus scrupuleusement travaillés, les plus immédiatement chatoyants et convaincants. Bravo à Erato d’en permettre la gravure pour notre plus grand plaisir. Car au moment des représentations parisiennes, le Ring de Jordan avait quelque peu pâti des critiques épinglant à torts le travail scénique du metteur en scène Günter Krämer.

 

WAGNER : Extraits du Ring
L‘or du Rhin : Prélude
La Walkyrie : La Chevauchée des Walkyries – L‘incantation du feu
Siegfried : Les murmures de la forêt
Le crépuscule des Dieux : Voyage de Siegfried sur le Rhin – Marche funèbre de Siegfried,
Scène finale “Starke Scheite“ (Nina Stemme, soprano). Chœurs & Orchestre de l’Opéra National de Paris. Philippe Jordan, direction. 2CD ERATO 5099993414227

 

 

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