CD, opéra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca)

ARMINIO Decca max emanuel cencic haendel handel annonce announce classiquenews review critique cd 61TCPTYOKYL._SL1400_CD, opéra baroque. ANNONCE : Arminio de Haendel par Max Emanuel Cencic et George Petrou (2 cd Decca). C’est le dernier des opéras baroques ressuscité par le contre-ténor entrepreneur Max Emanuel Cencic, et sa fidèle troupe de chanteurs : collectif toujours investi à exprimer en une caractérisation affûtée, jamais neutre, les passions dramatiques ici du génie haendélien. En couverture, alors que sa consœur romaine Cecilia Bartoli, elle aussi inspirée par des programmes insolites ou des résurrections captivantes, s’affichait en prêtre exorciste (pour ses relectures défricheuses de Steffani), voici Cencic, tel un acteur de cinéma sur un visuel sensé nous séduire pour susciter le désir d’en écouter davantage : voyageur emperruqué pistolet (encore fumant)à la main, tel un espion en pleine mission…

ARMINIO… L’AVENTURE DU SERIA HAENDELIEN A LONDRES. Créé en 6 représentations au Covent Garden de Londres en janvier et février 1737, Arminio a visiblement marqué les esprits de l’époque, certains témoins commentateurs n’hésitant pas à parler de “miracle”… La partition n’a jamais plu depuis été remontée jusqu’à ce que Cencic s’y intéresse. Le sujet emprunte à l’histoire romaine (Tacite) : c’est même un épisode peu glorieux pour les légions de Rome confrontées en 49 avant JC, aux Germains, dans la forêt de Teutoburg. Le général Varus est fait prisonnier du prince Hermann Arminius, commandant de 7 valeureuses tribus germaines. La défaite des Romains enterre toute velléité de Rome à assoir sa puissance sur une vaste zone au delà du Rhin. L’opera seria s’attache à ciseler chaque profil psychologique, (selon le livret signé Antonio Salvi) chaque intention, chaque espoir silencieux, chaque noeud d’une situation conflictuelle (chère à Racine au siècle précédent, entre amour, désir et jalousie) que l’action contredit ou précipite, souvent de façon artificielle : ainsi la mort de Varus/Varo le romain défait est-elle évacué en quelques mots à la fin de l’ouvrage dans un récitatif lapidaire qui vaut dénouement. Auparavant, Arminio est capturé par Varo qui a des vues sur l’épouse de son ennemi captif… Pour captiver l’audience londonienne qui n’entend pas l’italien pour la majorité, Haendel n’hésite pas à réduire le texte de Salvi, en particulier ses récitatifs, véritables tunnels d’ennui pour qui ce peut goûter les subtilités de l’italien.

Parmi les chanteurs vedettes, les castrats sont toujurs à l’honneur ; après la trahison du contralto Senesino, son chanteur contralto fétiche, rival de Farinelli, qui finalement quitte Haendel pour un troupe rivale en 1733, c’est dans le rôle-titre, l’alto aigu Domenico Annibali qui relève les défis d’un personnage exigeant ; le castrat Sigismondo lui emboîte le pas, l’égalant même par sa partie non moins audacieuse : à la création, rôle tenu par le sopraniste Domenico Conti, surnommé Gizziello, probablement le plus connu des solistes réunis par Haendel en 1737 : c’est le seul castrat soprano (en dehors des mezzos et contraltos) pour lequel le compositeur écrira des rôles à Londres. Côté chanteuses, la prima donna demeure dans le rôle de Tusnelda, la soprano : Anna  Maria Strada del Pò, partenaire et interprète familière de Haendel depuis le début des années 1730 dont la laideur légendaire égalait la finesse dramatique et l’engagement vocal. Le ténor anglais John Beard chante le commandant Vero. Le chanteur deviendra directeur du Covent Garden, et continuera de chanter pour Haendel dans de nombreux autres ouvrages lyriques et aussi ses futurs oratorios.

 

 

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Le synopsis veille à présenter de superbes profils psychologiques, tous impressionnés (les Romains), stimulés (les Germains) par l’héroïsme stoïcien du captif Arminio, prisonnier du général romain Vero…  Au début, le Germain Ségeste livre le chef germain Arminio au général romain Vero. La fille et le fils de Ségeste, Tusnelda (épouse d’Arminio) et Sigismondo payent très cher, la trahison de leur père : Tusnelda en l’absence d’Arminio, doit affronter les avances de Vero ; Sigismondo ne peut rien faire quand sa fiancée Ramise, la soeur d’Arminio, rompt leur vœu…  Pour augmenter les chances d’une paix avec Rome, Ségeste souhaite l’exécution d’Arminio pour que sa fille Tusnelda épouse Vero ; d’autant que Sigismondo a rejoint le parti de son père et accepte de pactiser avec les Romains. Figure héroïque prête à mourir, Arminio dans sa prison déclare qu’il ne cèdera pas quitte à mourir. Son épouse Tusnelda lui reste fidèle. A l’acte III, tout semble être joué : Arminio est conduit à l’échafaud : mais Vero impressionné par la noblesse du prisonnier, reporte l’exécution quand on apprend que des Germains rebelles ont soumis les légions de Rome. Les femmes Tusnelda et Ramise libérent Arminio avec la complicité de Sigismondo ; Arminio prend la tête de la rébellion contre les Romains et tue Vero. Ségeste est soumis ; par clémence et grandeur morale, Arminio pardonne à Ségeste en l’épargnant. Toutes les séquences pointent finalement vers le duo des époux germains qui se retrouvent en fin d’action : duetto final qui souligne les vertus de la fidélité et de la constance de l’amour entre Arminio et Tusnelda).

Arminio de 1737 incarne un jalon majeur de l’expérience de Haendel à Londres ; l’ouvrage par son sujet édifiant et moral contient aussi l’objectif finalement non exhaucé : fidéliser les spectateurs londoniens à l’opera seria italien. Malgré toutes ses tentatives, Haendel échouera en y perdant des fortunes. Il se refera grâce au nouveau de l’oratorio anglais promis à de nombreux triomphes.

 

 

CD, annonce. Haendel : Arminio par Max Emanuel Cencic (2 cd Decca). Prochaine critique complete dans le mag cd dvd livres de CLASSIQUENEWS.COM. Parution : le 25 mars 2016. La production d’Arminio ressuscité par Max Emanuel Cencic fait l’ouverture du festival Handel à Karlsruhe, le 13 février 2016. Le haute-contre, devenu metteur en scène transpose l’intrigue romaine dans l’Europe de la Révolution et de l’époque néopoléonienne, tout en s’inspirant du film de Milos Forman “Les Ombres de Goya”… ambitieux projet.

 

 

 

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