CD. Onslow : 3 Quatuors opus 8 et 10. Quatuor Ruggieri (1 cd Aparté)

onslow quatuors par les ruggeri quatuors 8 et 10 AP105-cover-1024x1015CD, compte rendu critique. Onslow : Quatuors. Quatuor Ruggieri (1 cd Aparté). Ils n’ont pas chômé les Ruggieri (tous instrumentistes transfuges des Talens Lyriques) : enregistrés en janvier 2015 à Paris, voici quelques mois plus tard, l’enregistrement des 3 Quatuors de George Onslow, le “Beethoven français” : en vérité le Français réalise une très habile synthèse entre les Viennois : Mozart, Haydn, Beethoven et aussi des éléments proprement français. Les Quatuors opus 8 (n°1 et 3, le Quatuor opus 10 n°3 appartiennent encore à la première période du compositeur, emblèmes de son génie de jeune autodidacte. L’élégance, la nervosité, l’élocution sombre et recueillie, parfois grave (l’Opus 8 n°1 en ut mineur) semble prolonger Haydn et Mozart, et déjà par l’assise et le jeu entre tension et détente, Beethoven en effet. Contrairement à ce qui est dit et développé ici et là et jusque dans la notice du cd, Onslow s’inscrit d’emblée dans le romantisme. A torts on s’obstine à le placer entre deux esthétiques : classique ou romantique ? Il EST romantique : ne serait-ce que pour deux raisons évidentes : n’a-t-il pas inventer le scherzo romantique fiévreux et passionnel (avant Beethoven) ? N’a-t-il pas démontrer cette intention expressive liée à un accident de vie personnelle dans le fameux Quintette de la balle, après son accident de chasse qui faillit lui coûter le vie et précipiter aussi la carrière d’un auteur français majeur ?

 

 

 

Admirateur des Viennois, inventeur du Scherzo romantique

Onslow le romantique

Festivals Onslow à Venise et à Paris (avril, mai et juin 2015)Né en 1784, alors à l’époque de l’âge d’or musical et lyrique sous le règne de Marie-Antoinette, Onslow produit ses premières pièces de musique de chambre dont il est une génie à redécouvrir, sous l’influence direct des germaniques, Beethoven et aussi Schubert dont on retrouve le goût pour cette intériorité chantante qui fait jaillir l’éloquence intacte de mélodies populaires (écoutez comment l’auvergnat – par sa mère- intègre dans l’Opus 10, l’air de danse des montagnes d’Auvergne – Minuetto allegro, plage 7). Ce savant coloré de candeur rustique fonde la singularité d’un compositeur plus introspectif que démonstratif, en cela vrai “frère” de Franz (subtil et suggestif, si pudique adagio de l’ut mineur). Il faut absolument présenter Onslow tel un romantique (contemporain de Berlioz et Paganini et non ce maillon secondaire, perdu entre deux eaux (de fait intituler l’un des paragraphes du livret “vous avez dit classique ou romantique?” continue d’alimenter une vaine et inexacte polémique). Le programme le démontre clairement. La franchise et la profondeur remarquablement exprimées attestent de la maturité d’un maître compositeur.
D’autant que ce disque est déjà le second dédié à Onslow. Le début de l’Opus 10 n°3 fait entendre tout ce dont la prodigieuse science et le goût d’Onslow sont capable : une subtilité de ton et de passage entre le grave lugubre – Largo-, auquel répond enchaîné un allegro des plus élégants, recyclant l’esprit viennois d’un Haydn (la facétie rythmique) et de Mozart (la structure harmonique) : cette profondeur et cette grâce ne s’entendent que chez les plus grands : c’est pourquoi nous trouvons Onslow non pas tant Beethovénien que schubertien. Voici donc ce jalon essentiel chez les Français : à ceux qui pensait que la France fut incapable de musique de chambre romantique durant la première moitié du XIXè, répondez Onslow ! Vous avez désormais votre champion, auteur de près de 70 Quatuors et Quintettes à cordes… enfin presque réhabilité. La qualité des 3 Quatuors ici révélés appellent urgement la redécouverte de ses Symphonies. Pour autant Onslow demeure un compositeur qui se cache et que l’on joue avec parcimonie : alors qu’elle est publiée dès 1807, sa musique n’est vraiment jouée à Paris qu’en 1830, alors que l’Allemagne la goûte et la savoure depuis les années 1820. La France toujours retardataire à reconnaître le talents de ses enfants.

 

 

 

Entre savant élégant et populaire rustique, Onslow trouve une voie idéale

Versatilité virtuose

 

CLICK_classiquenews_dec13L’énergie mordante et même âpre de l’Opus 8 n°3 se colore très vite d’une douceur enivrée, redevable elle aussi de cette bascule permanente entre gravité et insouciance, à laquelle Onslow ajoute cette virtuosité recherchée tant prisée par l’audience et qui fait aussi une particularité parisienne (virtuosité des Quatuors concertants hérités de Gossec.
Ces Quatuors de jeunesse (Opus 8,9,10) étaient de toute évidence à ressusciter. L’amateur compositeur, qui né aristocrate n’eut jamais à travailler pour gagner et assurer sa pitance, put écrire en toute liberté : sa liberté se lit ici dans la volubilité parfois imprévisible et déroutante aussi de la modalité et de l’itinéraire tonal. Onslow nous donne sa singularité qui prépare au romantisme fantastique de Berlioz (1830 : Symphonie fantastique), telle une offrande originale et inclassable à méditer. Ne serait-ce que parce qu’il fait évoluer le scherzo d’un simple mouvement contrepointant le menuet chez Beethoven, vers une forme fiévreuse et très vive telle que nous le connaissons aujourd’hui, Onslow affirme son irrésistible tempérament de défricheur et d’expérimentateur. Grâce à lui, la musique de chambre romantique peut se prévaloir d’un niveau encore méconnu, pourtant digne équivalent des Viennois et de Beethoven. Même s’il s’agit ici de la première période du compositeur (opus 8, 9 et 10), les 3 Quatuors réunis et exhumés dans ce programme révélateur, confirme la puissance d’une inspiration supérieure, d’une profondeur sincère. Les Quatuors de l’Opus, marquent les débuts des cycles de musique de chambre à Paris (1814) par le violoniste et ami Pierre Baillot auquel ils sont dédiés. Cette alliance du rustique et de l’érudition atteste d’un grand maître dont il faudrait enregistrer les autres Quatuors de l’Opus 10 dont chaque partition intègre avec génie, un thème populaire auvergnat. Cette attache provinciale n’atténue pas la qualité et la noblesse de l’inspiration : il l’enrichit de façon originale. La sensibilité frémissante comme très caractérisée des interprètes suscite le meilleur accueil : c’est donc un CLIC de classiquenews d’avril 2015.

 

 

Onslow : Quatuors (Opus 8, Opus 10). Quatuor Ruggieri (1 cd Aparté)Durée : 1h02mn.

 

 

 

George Onslow (1784-1853)
Quatuor Ruggieri

Quatuor à cordes op. 8 n° 1 en ut mineur / String Quartet in C minor

1. Largo / Allegro agitato
2. Adagio
3. Minuetto allegretto
4. Finale presto

Quatuor op. 10 n° 3 en mi bemol majeur / String Quartet in E-flat major
(World Premiere)
5. Largo / Allegro con brio
6. Andantino sostenuto
7. Minuetto allegro (air de danse des montagnes d’Auvergne)
8. Allegro vivace

Quatuor op. 8 n° 3 en la majeur / String Quartet in A major (World Premiere)
9. Allegro
10. Andante non troppo lento
11. Minuetto allegro
12. Finale vivace

Quatuor Ruggieri
Gilone Gaubert-Jacques, violon/violin
Charlotte Grattard, violon/violin
Delphine Grimbert, alto/viola
Emmanuel Jacques, violoncelle/cello

 

 

 

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