CD. Myslivecek : Medonte (Ehrhardt, 2010)

Myslivecek: Medonte (Ehrhardt, 2010) 1 cd DHM

Medonte_myslivecekLe choix du visuel de couverture se défend. Mars par David correspond à l’esthétique de Myslivecek: ce néoclassicisme qui dans le sillon tracé par Gluck réoriente toutes les démarches lyriques des années 1780. A la rigueur parfois ascétique du sujet antique répond une nouvelle inflexion dramatique qui favorise l’émergence du sentiment (préromantique?). A l’époque de sa découverte en 1928, la partition de Medonte fut attribuée comme un oratorio oublié de Mozart, à l’instar de l’ouvrage autographe de La Betulia Liberata, oratorio du jeune Wolfgang sur le thème de la geste de Judith; il est vrai que le style néoclassique, sa coupe nerveuse et dramatique n’est pas sans rappeler Mitridate et Lucio Silla mais Myslivecek appartient bien encore à l’élégance haendélienne et aux derniers feux de l’opéra seria napolitain tel que fixé par les Jommelli ou Traetta. Ceci n’ôte rien à la valeur de cette première mondiale, fruit d’une captation live réalisée à Leverkusen, en décembre 2010. Gravure heureuse et opportunément publiée par DHM dont l’intérêt revivifie le catalogue du label dédié aux perles baroques oubliées dans le giron de Sony classical.

les amants d’Argos

A l’heure où la France de Marie-Antoinette enchaîne au théâtre lyrique les essais tragiques et dramatiques des Italiens (Piccinni puis Sacchini, sans compter d’autres étrangers comme Grétry, Gossec ou même Jean-Chrétien Bach dont Amadis est contemporain de Medonte de 1780), Myslivecek cultive lui aussi le style mesuré néoclassique du seria italien européanisé où rien ne compte plus que l’articulation des passions moralisatrices et le verbe édifiant. Voici donc Selene d’Argos amoureuse du prince Arsace de Dodona. Mais surgit l’instrument du destin, Medonte, cruel roi de la province romaine d’Epire qui s’éprend lui aussi de la belle Selene et l’emmène avec lui à Epire. L’opéra met en scène les amours éprouvés de Selene et d’Arsace à la cour d’Epire sous le joug barbare d’un Medonte plus tyranique et jaloux que compréhensif et vertueux. Grâce à l’aide d’Evandro, capitaine de la garde royale de Medonte et de la Thessalienne Zelinda, les deux cœurs douloureux parviennent à vaincre Medonte, mais opera seria oblige et esprit des Lumières aigu, Arsace fait montre d’une clémence exemplaire à l’endroit du cruel Medonte. Après avoir pardonné à leur bourreau en Epire, Arsace et Selene se retrouvent heureux, apaisés à Argos.

Myslivecek, précurseur de Mozart

Créé lors du carnaval de 1780 au Teatro a Torre Argentina de Rome, Medonte affirme la maîtrise d’un Joseph Myslivecek au terme de sa carrière lyrique dont l’écriture ardente, affûtée dans l’expression des passions (dès le premier air d’Evandro chanté par un castrat ici distribué à une soprano) influence directement le jeune Mozart lors de ses nombreux voyages à travers l’Europe : leur rencontre remonte dès 1770 à Bologne et produit une amitié jamais interrompue. Wolfgang se montre en particulier très curieux et connaisseur des symphonies du compositeur tchèque. Il est évident que par sa plume vivante et palpitante, vocalement virtuose, explicitement frappé par la réforme de Gluck, doué d’une orchestration fine et contrastée, Myslivecek a marqué et inspiré les avancées du jeune Mozart dans l’écriture lyrique (oratorios et opéras).

La distribution est dominée par des emplois aigus : soprano (Selene, Evandro), ténor (Medonte) et mezzo (Arsace). L’interprétation mérite le meilleur accueil: voix justes, stylistiquement engagées, chacune caractérisant avec naturel et parfois nuance, son caractère. Medonte s’inscrit dans le vaste catalogue des 26 opéras composés par Myslivecek: depuis Bellerofonte à Venise en 1763 alors commandé par son patron le Comte Vinzenz von Waldstein… jusqu’à Armida (Milan, 1780) et Medonte écrit pour Rome à la même période. Ni Armide ni Medonte ne suscitèrent l’enthousiasme à leur création. Pourtant de nombreux épisodes militent en faveur de Myslivecek: l’air en forme de rondo d’Arsace (Luci belli, se piangete) ou surtout le trio Selene, Arsace, Medonte, concluant le II (Stelle tiranne omai…)… Au tempérament des jeunes chanteurs répond le relief jamais répétitif de l’orchestre L’arte del mondo sous la direction sanguine de Werner Ehrhardt. Pour une prise live et au regard des risques encourrus s’agissant d’une première mondiale, le résultat est particulièrement convaincant. Recréation et première discographique, réussies.

Josef Myslivecek (1737–1781) : Medonte (Rome, 1780). première mondiale, recréation. Juanita Lascarro (Selene), Thomas Michael Allen (Medonte), Susanne Bernhard (Arsace), Stéphanie Elliott (Evandro), Lorina Castellano (Zelinda)… L’Arte del Mondo. Werner Erhardt, direction. 2 cd DHM enregistré en 2010. 8 86978 61242 7.

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