CD. Lisa Batiashvili : Bach (1 cd Deutsche Grammophon)

batiashvili-Lisa-cd-bach-cover,-critique-cd,-critique-complete-classiquenewsCD. Lisa Batiashvili : Bach (1 cd Deutsche Grammophon). MaturitĂ© rayonnante et partagĂ©e… La violoniste gĂ©orgienne Lisa Batiashvili gravit un nouveau degrĂ© d’accomplissement musical avec ce recueil dĂ©diĂ© aux piliers de la dynastie Bach, pĂšre et fils : Jean-SĂ©bastien et son fils aĂźnĂ© Carl Philipp Emanuel, fĂȘtĂ© en 2014 Ă  l’occasion de son tricentenaire. Mais elle le fait en ayant choisi prĂ©alablement ses partenaires… l’intelligence de l’association contribue beaucoup Ă  la rĂ©ussite du programme. Sur violon moderne, preuve est donnĂ©e contre les partisans du jeu historique sur instrument ancien que le style et le raffinement d’un geste Ă©lĂ©gant peuvent Ă©galement apporter d’indiscutables effets : articulation limpide, sonoritĂ© ronde et dĂ©licatement ciselĂ©e, et surtout ici, dans l’esprit Ă©vident d’un enregistrement familial, une complicitĂ© immĂ©diatement sĂ©duisante. Les qualitĂ©s naturellement chantantes de la violoniste s’affirment dans la superbe Sinfonia en fa majeur extraite de la Cantate BWV 156 : chant des bĂ©atitudes inspirĂ© par une certitude inaltĂ©rable, – solo originellement pour hautbois, transposĂ© ici pour violon-, une ferveur inextinguible que le violon aux phrasĂ©s fruitĂ©s de l’instrumentiste sait colorer avec la pudeur gĂ©nĂ©reuse et chaude qui lui est propre.

 

 

Bach Ă  deux voix : le couple Leleux / Batiashvili

 

CLIC_macaron_2014L’assise intĂ©rieure et la maturitĂ© expressive comme l’Ă©lĂ©gance stylistique de Lisa Batiashvili se confirme encore dans les 4 mouvements de la Sonate n°2 BWV 1003 pour violon seul : abstraction aĂ©rienne du Grave initial, lĂ©gĂšretĂ© faussement anodine de la Fugue qui suit ; pudeur sertie de noble fragilitĂ© de l’Andante, enfin pure Ă©nergie brillante au jeu pur de l’Allegro conclusif…

Le Trio pour flĂ»te et violon du fils Carl Philipp Emanuel Wq 143 tĂ©moigne des dispositions de la soliste dans le format concertant, exercice dialoguĂ© oĂč s’Ă©quilibre naturellement la personnalitĂ© des super solistes associĂ©s (entre autres Emmanuel Pahud Ă  la flĂ»te)… la jubilation qui naĂźt de l’Ă©criture concertante place ainsi le fils Bach, immensĂ©ment admirĂ© Ă  Hambourg aprĂšs son mentor et modĂšle Telemann, le un gĂ©nie de l’esthĂ©tique classique dont saura se souvenir Haydn et Mozart.

L’Ă©tonnante transcription de l’air initialement pour contralto de La Passion selon Saint-Mathieu BWV 244 ” Erbarme dich, mein Gott”, dĂ©voile Ă  quel point le chant des instruments dialoguĂ©s (violon et hautbois d’amour, celui fruitĂ© et expressif de François Leleux le mari Ă  la ville de la belle Lisa) peut se substituer sans perte d’intensitĂ© ni d’expressivitĂ© Ă  la voix humaine : il est vrai que l’Ă©conomie et la sobriĂ©tĂ© du jeu des deux instrumentistes façonnent un Ă©pisode qui frappe par son dĂ©pouillement et donc sa sincĂ©ritĂ© immĂ©diate. MĂȘme enthousiasme pour le Double Concerto BWV1060R qu’on a longtemps pensĂ© pour 2 clavecins puis 2 violons avant que Woldemar Voigt en 1886 ne souligne son indiscutable Ă©criture façonnĂ©e pour le hautbois et le violon : une partition devenue emblĂ©matique du duo composĂ©e par le couple de musiciens, Leleux et Batiashvili. Le ton gĂ©nĂ©ral est bien celui d’une pudeur volubile partagĂ©e par les deux inteprĂštes visiblement portĂ©s par leur association rayonnante. Excellent disque.

Lisa Batiashvili, violon : Bach. Jean-SĂ©bastien et Carl Philipp Emnauel : Concertos, Sinfonia, Trio, transcription… 1 cd Deutsche Grammophon 00289047902479

Comments are closed.