CD. Le Jardin de Monsieur Rameau (William Christie, le Jardin des Voix 2013)

le-jardin-de-monsieur-rameau-cd-les-arts-florissants-rameau,-monteclair-grandval,-jardin-des-voix-2013CD. Les Arts Florissants, William Christie : le jardin de Monsieur Rameau. L’année Rameau compte désormais une première réalisation superlative grâce à William Christie : son Jardin de Monsieur Rameau exhale le parfum des amours pastorales, tendres et tragiques, traversant les allées d’un parc éclectique et raffiné où se croisent Montéclair et Campra, Grandval et bien sûr Jean-Philippe Rameau : Bill en sublime ordonnateur convoque les héros raméliens : Aricie, Dardanus … A chacune de ses éditions, l’académie de jeunes chanteurs des Arts Florissants, le Jardin des Voix fait le pari de l’engagement artistique et de la complicité humaine, vertus collégiales partagées par tous les participants, professionnels et jeunes apprentis. Le miracle d’une telle aventure humaine et musicale se réalise pleinement dans chacun des programmes et peut-être d’une façon souvent inouïe pour cette promotion 2013 (la 6ème du genre) où les 6 nouveaux élus (la parité y est préservée : 3 chanteuses, 3 chanteurs), portés par l’exigence de grâce et de dépassement défendue par William Christie, atteignent une fabuleuse expressivité dans ce programme qui entre les dates de la tournée de concert, s’est réalisée aussi à Paris le temps de l’enregistrement (mars 2013).
Le choix minutieux (et très équilibré) des compositeurs invités, la forme diversifiée des airs (duos, trios, sextuor, grand air, petite cantate comme l’éblouissante et pétulante divagation signée Grandval : « Rien du tout ») ouvrent des perspectives enivrantes, offrent aux 6 tempéraments 2013 une étonnante palette de possibilités, de jeu comme d’inflexions vocales. Chacun s’ingénie à exprimer la finesse et le raffinement des situations, la profondeur indiscutable de l’immense Rameau, surtout la tendresse amoureuse des airs assemblés, sans omettre le délire facétieux et comique des épisodes signés Gluck (L’Ivrogne corrigé). Les instrumentistes des Arts Florissants peignent le plus charmant des bocages pastoraux (« Dans ces beaux lieux » de Jephté de Montéclair), sachant s’alanguir ou redoubler d’énergique passion dans le vibrant théâtre des sentiments humains.
Après les langueurs de Montéclair, encore très marqués par l’enchantement lulliste, brillent les milles éclats comiques et parodiques de la cantate de Nicolas Racot de Grandval : « Rien du tout » (plus de 9mn), révélation du programme : grand air dramatique et délirant que le mezzo souple, énergique, nuancé de la britannique Emilie Renard galvanise avec un feu irrésistible. Même engagement radical chez la basse française noble et d’une articulation claire : Cyril Costanzo (Zerbin habité de La Vénitienne de Dauvergne). Toute la seconde partie palpite de la même subtilité, restituant aux sensuels Campra et Rameau, la grâce de leur génie dramatique. Et pour le premier, cette affinité miraculeuse pour les vertiges langoureux que le second perpétue avec la même intelligence.
Dans la seconde entrée de L’Europe Galante, La France, véritable opéra miniature, permet aux 6 solistes du Jardin des voix d’exprimer les nuances irrésistibles d’un marivaudage musical : Philène, Silvandre, Céphise, Doris… un vrai tableau vivant, à la Watteau. William Christie nous régale par sa complice finesse, colorant et dévoilant toutes les teintes de la palette amoureuse. Il y retrouve ce geste suspendu qui a tant fait pour le miracle de ses gravures raméliennes précédentes (des Grands Motets à Castor et Pollux, sans omettre le sublime Hippolyte et Aricie).

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