CD. Haendel : Tamerlano (Cencic, Gauvin, Ainsley… Minasi, 2013)

Haendel handel _TAMERLANO_Naive Ainsley gauvin cencicCD. Haendel : Tamerlano (Cencic, Gauvin, Ainsley… Minasi, 2013)… Plus ciselĂ©s et mordants, plus inventifs et renouvelĂ©s que Curtis par exemple, Riccardo Minasi et les instrumentistes d’Il pomo d’oro convainquent musicalement : leur caractĂ©risation du drame sombre voire hautement tragique de Tamerlano (1724) reste souvent saisissante (attĂ©nuation murmurĂ©e constamment souple, proche en cela du texte, colorant idĂ©alement les caractĂšres de chaque personnages selon la situation. Jamais le continuo des recitatifs ne s’enlise : il suit l’arc tendu du verbe et accuse le relief ou les vertiges des oppositions, confrontations, manipulations entre les personnages : un pĂšre (Bajazet) et sa fille (Asteria), proies impuissantes de la cruautĂ© la plus abjecte incarnĂ© par le repoussant Tamerlano qui en fait n’est pas le hĂ©ros de l’opĂ©ra,… plutĂŽt un faire valoir du rĂŽle immense de Bajazet, prince noir mais noble et digne… qui prĂ©fĂšre la morsure du poison et la dĂ©livrance finale qu’il promet, plutĂŽt que vivre l’Ă©tat d’humiliation et d’asservissement qu’aime cultiver contre lui et sa fille, l’ignoble Tamerlano.

Tamerlano chambriste, essentiellement vocal

CLIC D'OR macaron 200Contrairement au visuel de couverture ce n’est ni Tamerlano et son interprĂšte qui se hissent au sommet de la rĂ©alisation : mais plutĂŽt l’excellent Bajazet de John Mark Ainsley : prince noble et d’une grandeur morale admirable, attendrie encore par ce lien filial et tĂ©nue (ici trĂšs bien exprimĂ©) qui le rattache Ă  sa fille, double de souffrance Ă  ses cĂŽtĂ©s (trĂšs honnĂȘte Karine Gauvin dans un rĂŽle fĂ©minin riche en couleurs crĂ©pusculaires lui aussi). Rien Ă  dire non plus au fiancĂ© d’Asteria, l’Andronico de Cencic : vivant, palpitant, toujours hautement engagĂ© lui aussi. La version est intensĂ©ment vocale donc dramatiquement proche du thĂ©Ăątre cornĂ©lien, oĂč l’Ă©quilibre instruments et chant se rĂ©vĂšle idĂ©al. La comprĂ©hension du chef saisit par son intelligence, et la qualitĂ© globalement engageante des solistes dĂ©fend superbement l’opĂ©ra haendĂ©lien. Excellente surprise.

Georg Friederich Haendel (1685-1759): Tamerlano, HWV 18 (1731 version). Avec Xavier Sabata (Tamerlano), Max Emanuel Cenčić (Andronico), John Mark Ainsley (Bajazet), Karina Gauvin (Asteria), Ruxandra Donose (Irene), Pavel Kudinov (Leone). Il pomo d’oro. Riccardo Minasi, direction. EnregistrĂ© en Italie, en avril 2013.  3cd NaĂŻve V 5373.

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