CD, événement. JS BACH : Vikingur Olafsson, piano (1 cd DG Deutsche Grammophon, 2018).

olafsson vikingur jean sebastian bach critique cd par classiquenewsCD, événement. JS BACH : Vikingur Olafsson, piano (1 cd DG Deutsche Grammophon, 2018). Depuis un an, l’écurie DG Deutsche Grammophon élargit la palette de ses talents, en accueillant le pianiste islandais Víkingur Ólafsson dont le précédent programme, premier et convaincant, était dédié à Philip Glass. L’interprète poursuit un parcours sans faute dans ce nouvel album, dédié à JS BACH dont il sélectionne Préludes et Fugues, originelles et transcriptions, certaines signées de sa main (air de la cantate « Widerstehe doch der Sünde ».)… Fragments très bien choisis du Clavier bien tempéré, mais aussi Sinfonia (au contrepoint redoutable), … transcriptions historiques aussi signées Busoni, Rachmaninov, Ziloti… chaque séquence ainsi enchaînée, compose un tableau global d’une indéniable cohérence ; Olafsson précisant le génie multiforme d’un Bach, maître du développement aussi intense, expressif, caractérisé que court. C’est un « maître de l’histoire courte ». Ou du court métrage pourrions nous dire plus justement. Quelques exemples d’un parcours qui se fait voyage et traversée enchantés ?

Le premier Prélude exprime ce caractère d’éternité, hors du temps, avec une liquidité aérienne, d’une limpidité de ton laquelle souligne la clarté contrapuntique et l’éloquence inéluctable du discours musical. Le Chorale d’après Kempff est plus incarné, habité, personnalisé, d’une pulsion jazzy étonnante, vive presque saisie dans l’urgence : Olafsson a bien raison de parler du génie de Bach, tel un maître hors style, éclectique et moderne.

Dans le Prélude BWV 855 : le pianiste rélise une élévation céleste désincarnée, toute de fluidité aérienne, miroir d’un innocence recouvrée tel un miracle; puis une vivacité transcendante laisse s’exprimer librement l’énergie de la musique pure : la Fugue est vive, frémissante, nerveuse, écho d’une ascension plus laborieuse, presque âpre, citant l’effort pour tant de limpidité coulante.

L’Adagio (plage 5), d’après celui pour orgue BWV 528, est le plus long des 35 airs du cd (à part les Variations BWV 989, totalisant 11 mn) : de plus de 5 mn, l’Adagio exprime le retrait des eaux ou la lente et inéluctable immersion dans la nuit calme et tranquille, notturno d’une poésie qui berce l’âme. Douceur, précision, clarté du jeu et du toucher, le pianiste convainc ; il sait nourrir le crescendo vers plus de lisibilité ; sait renforcer la séduction magnétique de cette pièce suspendue, elle aussi hors temps, vrai son de l’éternité.

Autre cas de figure pour le Prélude et Fugue BWV 850 : le Prélude est caractérisé, sa Fugue d’un allant qui renonce et qui montre combien d’ailleurs un Michel Legrand a puisé largement dans cette alternance de détente et de tension : l’élasticité électrique, précise et fluide du pianiste enchante.
Bel ajout, dans cette compilation personnelle : le Chorale (plage 8), d’une rare intériorité lové dans le mystère du verbe (transcription de Busoni, l’homme des énigmes), avec justesse d’intonation, la fin qui murmurée, s’épuise dans l’ombre…

Diptyque de la fulgurance écrite, le double volet BWV 847 affirme à l’inverse l’urgence tragique, dramatique, intense du Prélude (9) ; auquel succède la sublime Fugue elle aussi saisissante par sa rythmique jazzy, jubilation, et joie pure.
La plage 11 se distingue car l’aria BWV 54 est ici transcrit par le pianiste Olafsson lui-même : sa progression de l’ombre à la lumière fait scintiller sa tendresse caressante, son sentiment de sérénité éternelle…

Dans les Variations BWV 989, Vikingur Olafsson fait valoir (plage 18) une très subtile gestion du rubato, limpide, clair, expressif et sans appui ni accent qui en ralentirait l’allant.

Pour finir, distinguons enfin, les derniers jalons de ce cycle en tout point captivant. La plage 26, est la Partita originellement pour violon (BWV 1006), transcripte par Rachmaninov : elle étincelle par sa candeur enivrée.

Les plages 30, 31, 32, sont le Concerto pour clavecin BWV 974, lequel rayonne de la même façon depuis son Adagio miraculeux de simple enchantement, là encore suspendu hors temps. Sous le velours suggestif du pianiste, c’est comme la caresse inespérée, venue de l’éternité.
CLIC D'OR macaron 200Enfin, la plage 33, air transcrit par Busoni, est un splendide chorale (BWV 639) qui récapitule tout ce qui a été dit, développé, ornementé, d’un calme grave presque lugubre comme un carillon funèbre mais d’une tranquille certitude. La versatilité et la justesse dont fait preuve le pianiste islandais réussit ici une somptueux hommage au génie de Bach : exprimant sa part sidérante et inventive sans jamais la réduire à une synthèse en virtuosité. Chapeau bas. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2018.

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CD, événement. JS BACH : Vikingur Olafsson, piano (1 cd DG Deutsche Grammophon, 2018)

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