CD, événement, critique. The Virgin Harpsichord / Skip Sempé (1 cd PARADIZO, 2001).

sempe skip paradizo the virigin harpsichord cd review critique de cd par classiquenewsCD, événement, critique. The Virgin Harpsichord / Skip Sempé (1 cd PARADIZO, 2001). Pour les clavecinistes, le Graal que représentent les œuvres de JS Bach (Goldberg entre autres, Clavier bien tempéré…) est d’autant mieux approché que les interprètes savent aussi maîtriser tout autant l’élégance et la volubilité (ornementation poétique) des Français. Les Anglais eux affirment l’éloquence à part de l’école des virginalistes insulaires: un volet que révèle le présent album, piloté par Skip Sempé. Le clavecin anglais des XVI è et XVIIè regorge de vitalité, de tempérament singulier qui doit beaucoup aussi à l’intégration de mélodies populaires authentiquement britanniques. Le claveciniste, directeur de son propre label Paradizo, rééclaire de façon magistrale l’apport du premier recueil synthétisant cette manière virginaliste : le fameux Fitzwilliam Virginal Book bible et compilation majeure éditée au début du XVIIè (1609-1619). A la quête de mélodies de plus en plus raffinées, répond aussi l’expression libre d’une virtuosité digitale permise, cultivée par la présence obsessionnelle des ornements. Véritable musique de chambre, d’une intériorité évocatrice, nostalgique, lumineuse, la musique des premiers virginalistes dont Byrd, Bull, Gibbons, Morley, Tomkins – tous présents ici, témoigne d’un équilibre très tôt résolu entre poésie et profondeur savante, liberté et fantaisie d’une inspiration plus directe, et accessible.

 
 

Skip Sempé signe un florilège superlatifs de partitions anglaises des XVI et XVIIè

Nuances shakespeariennes du clavier virginaliste

Le jeu de Skip Sempé et des deux complices convoqués pour la réalisation de cet album : les clavecinistes Fortin et Hantaï, rappelle la vivacité des citations de danses qui impriment leur rythme dans la structure même des pièces : programmatique, chaque pièce tend aussi à un absolu instrumental presque abstrait par la complexité et la richesse pourtant intelligible de la langue ; ainsi s’affirment les caractères chorégraphiques des gaillardes, courantes, gigues, toys, plaintes, fantaisies… Au delà de la précision sonore, se libère ce jeu quasi improvisé d’un riche terreau formel, véritable effervescence d’idées qui recycle les airs à la mode, et investit surtout les champs expressifs de la variation.
A la richesse des répertoires ainsi restitués (les claviéristes réexplore le Fitzwilliam Book, mais aussi interroge d’autres sources : Lady Nevell’Book, Dublin Virginal Manuscript), répond la diversité instrumentale de l’interprétation : virginal d’après Ruckers joué par Skip Sempé au début de ce florilège enchanteur (Pavanes de Byrd, puis de Tayler ; Alman de Johnson ; ou le très profond Funerall pour Henry Umpton de 1605 signé Dowland…). La direction artistique ajoute aussi un clavecin d’après un italien du Seicento (même modèle daté de 1959 que celui d’Harnoncourt), joué par Skip Sempé (Pavanes de Bull et Gibbons, Barafostus Dream de Tomkins), par Olivier Fortin (La doune Cella d’un anonyme, pavane de Juan di Spagna), et Pierre Hantaï (Captain Digorie pipers Galliard de 1599 signé cojointement Dowland et Morley). Julien Fortin dont on sait l’acuité poétique en tant que directeur musical des Masques, superbe ensemble sur instruments anciens (pas assez reconnu à notre sens parmi la jeune génération) joue également un clavecin baroque d’après Dulcken, modèle identique à celui de Leonhardt (Philips Pavan de Philips et Morley, 1599).
Mais l’album permet aussi d’associer les instruments puisqu’à Hantaï pour le dernier épisode du programme (Captain Digorie pipers Galliard de 1599), se joint Julien Fortin et son clavecin Dulcken, comme le virginal d’après Ruckers de Skip Sempé, en une complicité à 3 claviers qui était certainement la pratique familière entre compositeurs… le consort de claviers est ainsi restitué. On sait que Morley (lui même élève de Byrd) appréciait beaucoup la proximité d’un autre compositeur.

Qu’il s’agisse de la diversité engageante de chaque interprète, des ressources expressives de chaque instrument (flamand, anversois, ou italien), on ne peut rêver meilleur hommage à la riche littérature pour clavier des Virginalistes anglais des XVIè / XVIIè : une ère, proche de Shakespeare qui partage avec celui ci, un goût inouï de la poésie musicale, énoncée dans toutes ses nuances et intonations ciselées par Skip Sempé and friends. CD événement.

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CLIC_macaron_2014CD, événement, critique. The Virgin Harpsichord / Le clvecin des Virginalistes. Skip Sempé / Olivier Fortin / Pierre Hantaï – 1 cd PARADIZO – CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2018.

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