CD événement critique. ARVO PÄRT : STABAT MATER (1 cd GDC – Gloriae Dei Cantores, Orléans 2018-2019)

ARVO-PART-Stabat-Mater-cd-naxos-review-critique-classiquenews gloriae dei cantores-opera-cd-review-cd-critiques-classiquenewsCD événement critique. ARVO PÄRT : STABAT MATER (1 cd GDC – Gloriae Dei Cantores, Orléans 2018-2019). Le Choeur Gloriæ Dei Cantores aborde plusieurs partitions chorales du compositeur estonien Arvo Pärt (né en 1935). Le cycle des 6 pièces compose une sorte d’anthologie des partitions sacrées parmi les plus touchantes et accessibles de Pärt. Chantées par le chœur américain (basé à Orléans, Massachussets) Gloriæ Dei Cantores, les œuvres gagnent une sincérité immédiate, incarnées par un collectif qui en exprime élans, aspirations, sens des textes, passionnants contrastes, voire vertiges spirituels.

En ouverture, Peace upon You, Jerusalem est un chant de grâce pour Jerusalem, entonné avec nuance par le choeur de femmes. On y perçoit nettement cette ferveur rayonnante de Pärt, tissée de larmes et de joie, de compassion surtout.

La résonance grave et doloriste de L’Abbé Agathon (2004 – 2008, 15 mn) s’appuie dès son ouverture sur les cordes puissantes, sépulcrales ; la séquence évoque la vie et les épreuves endurées par l’Abbé Agathon, ermite du IVè, sur un rythme de marche où dialoguent le chœur de femmes et la voix de baryton (texte en français) ; le cheminement, dessinant un parcours spirituel, atteint un niveau métaphorique supérieur, tout en agissant de façon dramatique à la façon d’un mini oratorio. La soprano qui sort du chœur, incarnant le lépreux (l’ange déguisé) perce le tissu sonore comme une apparition / révélation, – l’agent du drame et de la révélation finale ; il exprime le caractère miraculeux de l’épisode, soulignant ainsi son dénouement le plus expressif… le choeur de femmes évoque chaque épisode majeur dans la vie du vieillard ainsi éprouvé : Agathon croise le chemin du lépreux, le porte à la ville, lui achète un gâteau, et autant d’objets qu’il souhaite, puis le reconduit où ils s’étaient rencontrés. Musique de dénuement aussi et d’une grande force poétique proportionnellement allusive à mesure que l’écriture se décante (staccato des cordes, pas de vents ni de bois…) ; l’espoir se réalise dans la rencontre avec l’autre, dans ce que nous lui donnons, dans ce qu’il nous permet de connaître dans cet échange sincère. Agathon s’est enrichi en se dépouillant pour le lépreux. La partition est pensée comme une miniature essentielle, d’une économie formelle particulièrement efficace.

Le Salve Regina (plus de 11 mn) est pour le choeur mixte, recueilli, inscrit très haut dans les sphères (comme l’indique le chant continu de l’orgue en second plan). Le ton de la ferveur qui s’y déploie, est celui d’une sérénité confiante, assumée. La pièce a été écrite pour la Cathédrale d’Essen (1500 ans de la fondation de l’Abbaye d’Essen, 2002) et suit un parcours harmonique d’une rare subtilité entonné par les quatre parties du chœur qui semblent dialoguer entre elles, marquant là aussi les étapes d’un parcours spirituel où l’expérience collective en partage est le don le plus manifeste.

Magnificat (1989) : le chœur recueille l’émotion qui submerge Marie à l’Annonce de sa future maternité ; elle est l’élue de Dieu, la plus admirable entre toutes les femmes. Les voix a cappella sont aux côtés de la Vierge, compassionnelles et attendries, puissantes et conquérantes à la fois. C’est une force qui surgit et submerge, née du mystère, qui s’efface (« Magnificat anima mea Dominus ») comme l’on referme un livre des Merveilles.

La partition du Nunc Dimitis daté de 2001, est la plus planante, expression chorale de la prière de Simeon : « l’espace, le lieu, le silence »… Pärt y concentre tous les éléments d’une conscience aiguë, la vision qu’a Simeon du Temple, en une lente intensification de la ligne vocale soutenue par tout le chœur, des ultra aigus aux graves les plus sépulcraux. Pärt élargit le spectre sonore en géomètre d’une foi inébranlable et croissante; comme inextinguible.

Le Stabat Mater est l’œuvre maîtresse du programme ; elle prend à témoin l’auditeur en vagues sombre et amères, d’une affliction totale – expression du dénuement le plus absolu (vagues descendantes par les cordes seules) où la pudeur et l’expression allégée pèsent de tout leur poids ; le chœur, les instrumentistes savent en faire jaillir la puissante prière, vraie déploration pour la Mère affligée face au Fils sacrifié, supplicié sur la croix. La partition de 25 mn (plus courte ici que certaines autres versions) concilie à la fois intimisme de la ferveur intérieure et expressivité plus dramatique, avec cette couleur de l’affliction non réellement acceptée grâce à la vibration des cordes. Ainsi la musique opère ce qu’elle sait spécifiquement réaliser : une extension progressive du spectre temporel et sonore qui dit l’infini de la souffrance ; et dans le même temps, une métamorphose directe et sincère, de la profonde tristesse à la joie de la Rédemption. Des ténèbres à la Lumière. Arvo Pärt, en passeur éclairé, écrit pas à pas, mesure après mesure, cette transfiguration progressive, inéluctable, qui contient le message christique dans la promesse du Salut. Tout sacrifice n’est pas vain, semble-t-il nous dire. Car il mène toujours plus près vers la Lumière. Ainsi le final qui s’accomplit en un murmure croissant, comme un dernier éblouissement (aigu des cordes), expression d’un sommet immatériel, de pleine conscience.

Fidèle à ses convictions et sa culture musicale, Pärt synthétise ici musique orthodoxe, chant de la Renaissance, expressionnisme du style « Tintinnabuli » où saisissent l’importance du silence, la clarté, l’équilibre, la consonance. Familier de l’écriture chorale de Pärt, entre autres pour l’avoir chanté et présenté en tournée, entre autres à Orléans au Massachusset, les chanteurs de l’ensemble Gloriae Dei Cantores exposent avec franchise la ferveur qui porte tout l’édifice choral. Le Stabat Mater touche et captive par son expressivité directe, sa grâce qui s’accomplit pas à pas, en particulier dans les dernières mesures. Il semble agir par cercles et spirales… comme une réitération continue. Commandée par The Alban Berg Foundation (centenaire de la naissance de Berg, 2010), la partition oppose comme une confrontation impossible et pourtant structurelle, la peine et la consolation.
CLIC D'OR macaron 200Pärt y fait surgir l’incandescence de l’illumination de l’ombre et du silence avec un netteté tranchante (caractère du style « Tintinnabuli », d’après la clochette de l’orgue portatif médiéval, comme l’attestent aussi ses œuvres emblématiques tels, Cantus, à la mémoire de Benjamin Britten, Fratres, Tabula Rasa, When Bach Bienen gezüchtet hätte, Pari Intervallo, Arbos, … ). Simple, subtile, accessible, pure, la musique jaillit progressivement des profondeurs,… d’où cette densité exceptionnelle qui confère à ce qui pourrait sonner léger et planant, une sincérité souterraine qui est la marque de l’expérience spirituelle intime. Avec le temps, comme plus ancré dans une ferveur assumée et lumineuse, Pärt développe son écriture pour le sacré et les voix, surtout chorales. C’est un questionnement perpétuel, une foi intarissable et toujours tendue qui ne cesse d’interpeler. Les interprètes du programme en offrent une lecture juste, investie, souvent bouleversante.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD événement, critique. ARVO PÄRT : Choral works (Stabat Mater, L’Abbé Agathon, Nunc Dimitis…) Gloriæ Dei Cantores / Richard K. Pugsley, direction (1 cd DGC records, 2018 – 2019).

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1 – Peace upon You, Jerusalem
2 – L’abbé Agathon
3 – Salve Regina
4 – Magnificat
5 – Nunc dimitis
6 – Stabat Mater

Durée totale : 1h09mn

HYBRID SACD RELEASE

RECORDING ENGINEERS: Brad Michel, Dan Pfeiffer
RECORDED: September 2018, May & September 2019
at The Church of the Transfiguration, Orleans
MA UPC: 709887006524
USA & Canada: CD65
Naxos Global Logistics: PARCD65
Retail price: $19.99

 

 

 

Visiter le site de l’ensemble Gloriae dei Cantores : https://gdcrecordings.com/

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