CD événement, compte-rendu critique. DE CAELIS : LE LIVRE D’ALIENOR (1 cd Bayard musique, 2016)

CD événement, compte-rendu critique. DE CAELIS : LE LIVRE D’ALIENOR  (1 cd Bayard musique, 2016). Dans ce nouvel album, De Caelis déploie toute la languissante et implorante polyphonie a capella dont l’ensemble de 5 voix de femmes nous a habitué depuis ses débuts, mais avec ici une précision et une écoute collective décuplée, pour faire surgir ce qui pouvait être le texte et ses espoirs du livre d’Aliénor d’Aquitaine (devenue Reine d’Angleterre par son mariage avec Henri II Plantagenêt), tel qu’il figure sur son gisant à Fontevraud.

 
 

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DECAELIS-laurence-brisset-cd-lelivre-d'alienor-cd-classiquenews-critique-review-cdLà repose la mère de Richard Cœur de Lion, couchée avec dans ses mains, un livre de pierre dont le texte et les musiques sont proposées à l’imaginaire de l’auditeur. Géniale introduction à ce voyage vocal enivrant, la pièce commandée au compositeur contemporain Philippe Hersant, qui lui, met en musique, contrepoint et polyphonie arachnéenne, le texte du grand père d’Aliénor, Guillaune d’Aquitaine, premier prince troubadour, texte surprenant qui convoque l’inouï, l’étrange, … le Néant. Sur ce thème qui a inspiré les surréalistes, Hersant joue sur trois notes formant une base mélodique réduite à l’essence, des rythmes, des harmonies, tissant une soie à 5 d’une beauté hypnotique : chant souple et polyphonies enchantées, comme une volière de voix angéliques qui dispersent leurs prières et leurs visions en nuées suspendues. L’ivresse portée par l’ensemble vocal à la fois un et pluriel, d’une sonorité exceptionnellement cohérente, comme très individualisée aussi, accuse le relief de chaque séquence, suivant la succession des 8 groupes de textes de la Chanson de Guillaume. Le caractère des voix, diaphanes, sussurrantes, embrasées, incandescentes (strophe 7 et ses cimes aiguës, languissantes d’une extase scintillante, véritable expression de cet amour de loin où pèse la présence de la Belle inconnue…, référence à l’amour de Jaufré pour la Princesse de Tripoli? dont il est question ensuite) exprime dans un carillon de voix scintillantes, l’hallucination d’un texte poétique qui allie énigme et ravissement, prière et révélation, en un poudroiement sonore.

 
 
 

Dans Le Livre d’Alienor, nouveau cd paru début mai 2017,
l’Ensemble DA CAELIS signe l’un de ses plus beaux albums…

5 magiciennes chantent les 2 Aliénor de Fontevraud
Ivresse, extase, visions du verbe incarné

 
 

CD événement. De Caelis : 5 sirènes enchanteresses ouvrent le Livre des 2 Aliénor

 
 

Le carillon vocal réalisé par De Caelis sait dire aussi la langue de Guillaume le Troubadour, d’une invention prodigieuse, dont les images inédites, portées par un langage en français médiéval, à la fois rustique et naturellement chantant, ne cesse de nous interroger sur le sens profond de ce poème inclassable, fantastique, onirique, à la fois truculent et épique. La dernière strophe referme le livre enchanté sur le mot qui semble en recueillir tout le mystère et le sens caché : «  la contraclau », la contreclé. Quelle est-elle ? Où se trouve-t-elle ? Nul ne le sait, ne l’a su, ne le saura jamais. Pour cristalliser la profonde question que pose ce formidable texte, la musique de Philippe Hersant comble notre frustration et notre attente. Rien que pour ce premier accomplissement de 8 mn, le programme mérite les meilleures louanges.
Puis, les 5 cantatrices accompagnées par l’organetto explore l’ardente et intérieure littérature poétique, écrite par Jaufré Rudel (Quan Lo rios, Lan can li jorn), Guirault de Bornelh (Res glorios), mais aussi les prières et riches espérances musicales contenues dans la collection de pièces du Graduel d’Aliénor de Bretagne (née en 1275). La descendante d’Aliénor d’Aquitaine fut Abbesse à Fontevrault, elle aussi figure majeure, par son esprit, ses actions et tel qu’il en découle du Graduel ainsi restitué, par son goût. Il s’agit de pièces d’une grande séduction et intensité portées essentiellement par la brillance et la précision des voix non vibrées, tenues, d’une infaillible projection, – miroir des constellations célestes (Kyrie, 3 ; Alleluia, 5 : évocation du parfum du Paradis). D’une verve imagée fascinante, le chant a capella de Versus Lilium floruit de Saint-Martial de Limoges , une épisode aux rares splendeurs poétiques, qui convoque les délices (référence florale dont le Lys) de la campagne libanaise en une succession de visions mystiques, pastorales qui rayonnent littéralement dans l’espace idéalement réverbéré de Fontevrault. Tout un monde de raffinement et d’évocations précises, au double voire triple sens, – premier, sacré et mystique, voire courtois et philosophique, empruntant à la nature, célèbre Dieu, Jésus, Marie.

La souplesse et l’intensité nuancée des voix réalisent plusieurs défis sur le plan interprétatif : incarnation charnelle de prières d’essence sacrée, c’est tout le mystère et la fascination du verbe caractérisé par des voix très identifiées (Marie-Georges Monet et Laurence Brisset, solistes alternées dans Jesse virga (6) / La branche de Jessé, texte lui-même sur le mystère de la gestation et de l’enfantement, de la génération, du Mystère et du Miracle divin). Entre intensité et présence d’une narration à l’échelle humaine et chant abstrait qui cible et exprime le concept, De Caelis trouve une voie médiane, idéalement équilibrée, entre suggestivité et individualité ; équation naturelle qui renforce encore l’impact expressif de chaque section. Les voix n’hésitent pas à s’exposer : le soprano clair et cristallin de Caroline Tarrit (Lan can li jorn de Rudel, 7 : nouveau surgissement de l’amour lointain, associé aux oiseaux de mai), associé ensuite à Estelle Nadau (duo bouleversant, hypnotique d’Arce siderea, d’un balancement extatique, plage 8, où les deux voix – chérubins célestes descendus sur terre, racontent le sacrifice de la Mère et de son Fils).

Dans un contrepoint au texte vivant et très narratif (en langue vernaculaire), Conduit Regne de Pite (11) met en avant la précision des voix associées et ce travail particulier sur la sonorité, claire et expressive, très respectueuse des images (multiples, cumulées) d’un texte flamboyant qui célèbre Marie. Quel contraste avec les lignes tendues jusqu’au bout du souffle de Surgens Jhesus (12), – claire évocation de la Résurrection (et qui sur une voyelle, édifie une arabesque vocal à l’infini, en cela proche de l’improvisation dans le plain-chant). L’ultime pièce Res est admirabilis, autre louange au miracle de la maternité de la Vierge, met en avant la force expressive de De Caelis : un son collectif d’une exceptionnelle cohérence, qui n’empêche cependant pas le relief voire l’âpreté de timbres caractérisés : voix angéliques et célestes certes, chant de femmes désirantes, fortes chacune de leur expérience et identité propre, et conquérantes. Le résultat est inouï, comme l’essence du premier poème, la Chanson de Guillaume d’Aquitaine. Programme jubilatoire. Dans ce nouvel album, De Caelis confirme une maestria hypersensible qu’elles sont seules aujourd’hui à défendre, dans un répertoire particulièrement difficile.

 
 

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CLIC_macaron_2014CD événement, compte-rendu critique. DE CAELIS : LE LIVRE D’ALIENOR / D’Aliénor d’Aquitaine (1122/24-1204)  à Aliénor de Bretagne (1275-1342), deux figures de femmes de savoir et de pouvoir à Fautevraud. Plain-Chant et Polyphonies des XIIè et XIIIè siècle / Graduel de Fontevraud et Philippe Hersant — Parution début mai 2017 / CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2017.

 
 

LIRE aussi notre présentation annonce du cd Le Livre d’Aliénor par De Caelis

http://www.classiquenews.com/les-5-chanteuses-de-de-caelis-ouvrent-le-livre-des-2-alienor/

 
 
 

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