CD événement, critique. Benjamin GROSVENOR : LISZT, Sonate en si mineur (1 cd DECCA, 2020)

grosvenor benjamin liszt decca cd review critique piano cd clic de classiquenewsCD événement, critique. Benjamin GROSVENOR : LISZT (1 cd DECCA, 2020)La Sonate en si mineur S178 est un cheminement intérieur qui crépite en ses écarts contrastés et vertigineux, du doute au don, de la question de Dieu à la foi qui se fait révélation et plénitude intime, après bien des péripéties déchirées, des interrogations intimes, sidérantes. L’éloquence et la clarté, le jeu au toucher caressant et toujours extrêmement détaché, articulé sans artifices distinguent nettement Benjamin Grosvenor des autres compétiteurs. Après la Sonate en si mineur, l’intériorité mesurée, retenue de la berceuse pourtant très inquiète voire agitée, exprime cette compréhension profonde et urgente d’un Liszt qui doute toujours et croit toujours.

Aucun doute ce disque est celui de la pleine maturité : celui d’un interprète qui allie discours, intention et suprême musicalité. La forme et le fond étant fusionnés avec une élégance so british continue réalise ici un sans faute, qui touche par son éloquence. Le mot est essentiel chez Grosvenor : éloquence.

 

 

 

Liszt par Grosvenor
Eloquence / Elégance de l’intime

 

 

 

Extraits des Années de Pèlerinage II, les 3 sonnets de Pétrarque associent idéalement le chant de la confession, l’abandon de la nostalgie… On distingue d’abord cet écoulement mais aussi un questionnement permanent qui restitue à la forme souple, sa tension sous jacente (plage 6).
Construit comme une exploration dans le souvenir, flux rétrospectif de la plage 7 dont le pianiste exprime et ressuscite chaque sensation vécue avec une nostalgie distanciée, riche en vertiges intimes. C’est un appel à la sérénité ultime. Là encore, la ductilité du jeu, aussi articulé que caressant, convainc.
Le Sonnet 123 (plage 8) cherche plus loin encore et trouve, dans la résonance et l’énoncé de phrasés ciselés, la sincérité de la foi entre rêverie extatique et renoncement ultime.

A l’inverse d’une méditation concentrée et nuancée, « Réminiscences de Norma » fait moins entendre la vocalità tragique et sussurée de la suicidée que l’ampleur orchestrale de la fosse au clavier, sa flamboyance mélodique, avec une tendance rossinienne aux élans et vertiges amusées presque satiriques ; c’est un teaser frénétique qui enchâsse et superpose les airs à succès avec un sens grandiose de l’annonce et du résumé… grâce à une digitalité éperdue, aérienne et crépitante.
CLIC D'OR macaron 200Le geste s’apaise enfin dans l’Ave Maria d’après Schubert ; un sentiment d’absolue plénitude et de renoncement là encore s’accomplit dans des étirements de tempo enivrés, extatiques. La distance est consommée avec le Liszt fougueux, fiévreux, crépusculaire et viscéralement romantique de son contemporain, autre jeune tempérament incontournable, Daniil Trifonov ; Grosvenor quant à lui emprunte et triomphe sur la voie de l’élégance intérieure. Irrésistible.

 

 

 
 

 

 

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CD événement. Benjamin GROSVENOR : LISZT (Sonate en si mineur, Sonates des Années de Pèlerinage, 2è année : Italie S161, 3 Sonetti de Petrarca / Norma : grande fantaisie S394 (1 cd DECCA, 2020). Enregistré en oct 2020 à Londres. CLIC de classiquenews, printemps 2021.

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Tracklisting / Programme :

Piano Sonata in B Minor / Sonate en si mineur, S. 178

Berceuse, S. 174

Années de pèlerinage II, S. 161 :
Années de pèlerinage II, S. 161: Petrarca Sonnets Nos. 47, 104 & 123

Réminiscences de Norma, S. 394 (after Bellini)

Ave Maria, S. 558 (after Schubert, D. 839)

 

 

 
 

 

 

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