CD, critique. VISIONS. Airs d’oratorios et d’opéras romantiques français / Véronique Gens (1 cd Alpha)

Visions-VeroniqueGens cd critque classiquenews alpha muncher rund funkorchester cd review classiquenews-300x268CD, critique. VISIONS. Airs d’oratorios et d’opéras romantiques français / Véronique Gens (1 cd Alpha). L’excellente soprano française diseuse et tragédienne distinguée nous offre ici de remarquables « visions » sensuelles / sacrées, qui traversent et incarnent des paysages fantastiques et mystiques du plein romantisme hexagonal. La vision sur la scène lyrique permet l’immersion dans ce surnaturel spectaculaire d’essence poétique que les plus grands compositeurs conçoivent avec plus ou moins de bon goût; académiques séducteurs ou fins bardes visionnaires.

 

 

 

Ivresse, extase de l’opéra et de l’oratorio romantiques français

 

 

Porté par ses visions, l’héroïne ici sublime et exalte un nouveau souffle expressif qui cristallise souvent cette fameuse scène de bascule où toute la psyché révélée, se dévoilant, réussit la métamorphose finale du caractère. Offrant alors une palette extrêmement riche d’affects, l’interprète renouvelle ce qui concentre le projet lyrique, l’incarnation des passions en une catharsis foudroyante, parfois terrifiante, toujours libératrice.
Opéra et oratorio. Mais de l’un à l’autre genre s’écoule la même veine poétique : ainsi La Vierge de Massent (1880) tout en n’évitant pas un style sulpicien, exprime avec justesse (le Puccini français ?), une vérité expressive et passionnelle qui comme Caravage avant lui, « ose » représenter la mort de Marie. Dans l’extase infinie et l’ivresse ascensionnelle.
Exaltation, extase, ravissement, qu’ils soient mystiques ou sensuels emportent l’esprit et le corps et avec eux, l’attention subjuguée des spectateurs (prière de Clotilde de Bizet / Clovis et Clotilde de 1857).

 

 

A l’inverse, les profanes s’enlisent dans un rêve voluptueux qui les attache à ce qui fut mais ne peut plus être. Résistantes et nostalgiques d’une sensualité passée à jamais perdue, ni la Béatrix (Etienne Marcel de Saint-Saëns, 1879), ni Lalla-Roukh de Félicien David (1862) ne peuvent renoncer aux jouissances de la chair sans verser des larmes amères ou une prière parfois déchirante (Lalla-Roukh surtout , cf. : « Sous le feuillage sombre. »)…
franck cesar portrait classiquenewsAvec l’apparition de nature divine, la révélation s’invite dans ce banquet d’effets visuels et dramatiques. Ainsi l’oracle dans La Rédemption (1874 / air de l’archange : « Le flot se lève ») du si mystique et poétique César Franck dont il faudrait un jour consacrer un album entier pour souligner combien le Pater Seraphicus a su renouveler le wagnérisme, l’assimiler et s’en détacher par originalité et puissance. Après Massenet, et pour conjurer les atrocités sociales de la Commune, Franck toujours en narrateur épique, commet Les Béatitudes (1879) dont le parfum d’expiation appelle au pardon général, à la réconciliation unanime autour du visage terrassé, sacrificiel de la Vierge revivant ici la mort du Fils offert en don ultime… « J’offre mon fils en sacrifice au salut de l’humanité ». La générosité du timbre, les aigus tendus (parfois un rien tirés et forcés) mais l’intelligibilité toujours parfaitement préservée soulignent ici comme ailleurs, le métier de la diva qui sait exprimer tout en déclamant. A l’heure où tant de jeunes chanteurs souhaitent percer dans la carrière, profitant de ce regain nouveau pour les recréations romantiques françaises, l’art de “La Gens” demeure exemplaire, car la cantatrice sait chanter, jouer, exprimer, dire … sans perdre une voyelle (vrai défi pour les sopranos), usant de son vibrato comme les chanteurs baroqueux, c’est à dire avec parcimonie et comme d’un effet expressif millimétré.

 

Le portrait des héroïnes, femmes amoureuses, grandes adoratrices, moins pieuses que passionnément converties, bénéficie du soprano « Falcon » de Véronique Gens (du nom de la soprano mythique propre aux années 1830, Cornélie Falcon). La tragédienne qui sait aussi émouvoir en un style aristocratique toujours digne et comme frappé d’élégance, réussit un tour de force. L’accomplissement d’une carrière toute orientée en faveur de l’opéra et de l’oratorio français des années 1850 (Halévy, Bizet), 1860 (Félicien David), 1870 (Saint-Saëns, Franck), 1880 (Bruneau, Godard, Massenet) jusqu’à 1919 avec Gismonda de Février, sans omettre le plus ancien Stradella de 1837 de Niedermeyer (air de Léonor : « Ah quel songe affreux! »). La collection d’airs permet à la diva française d’affirmer son tempérament inégalé actuellement au service des recréations de l’opéra romantique française (et de l’oratorio), encore confirmé par ses récentes incarnations de Proserpine (1887) de Saint-Saëns (récente critique du cd sur CLASSIQUENEWS) et La Reine de Chypre de Halévy (Paris, été 2017).
Belle série de récréations révélant l’exceptionnelle richesse toujours méconnue de notre patrimoine romantique français.

 

 

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CD, critique. VISIONS. Airs d’oratorios et d’opéras romantiques français / Véronique Gens / Orchestre de la Radio de Munich, Münchner Rundfunkorchester, H. Niquet (1 cd Alpha classics / Palazzetto Bru Zane) — enregistrement réalisé à Munich en janvier 2017. Parution annoncée : juin 2017.

Visions : airs d’opéras et d’oratorios
HALÉVY, BRUNEAU, BIZET, DAVID, FÉVRIER, GODARD, FRANCK, MASSENET, NIEDERMEYER,
SAINT-SAËNS

 

 

LIRE aussi notre compte rendu critique complet dédié au cd NEERE, mélodies romantiques françaises par Véronique Gens, album jubilatoire, couronné par un CLIC de CLASSIQUENEWS, édité en octobre 2015.

 

 

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