CD, critique. VIRTUOSISSIMO : Dmitry Sinkovsky / Il Pomo d’Or. Leclair, Tartini… (1 cd Naïve)

sinkovsky-dmitri-violon-cd-naive-critique-review-cd-classiquenews-VirtuosiimoCD, critique. VIRTUOSISSIMO : Dmitry Sinkovsky / Il Pomo d’Oro (1 cd Naïve). Le violoniste et leader de son propre ensemble La Voce strumentale (créé en 2011)dirige dans cet album plus que recommandable Il Pomo d’oro ; l’interprète défend ici une vision engagée, d’une vivacité brûlante dans chaque pièce choisies : cet album est surtout celui d’un artiste à fort tempérament ; toutes de compositeurs baroque permettant à l’instrument soliste de brillant au sein du collectif de cordes. Le style fouetté, hyperdynamique, aux écarts de nuances appuyés qui fait du violon solo un chant surexpressif, d’une virtuosité électrique relance constamment l’écriture du Locatelli d’ouverture (Concerto n°1 de L’Arte del violino opus 3) : une sorte de triptyque faire valoir où la partie de violon mouvements 1 et surtout 3 (Allegro puis Capriccio de plus de 7mn), permet non plus au violoniste de briller mais de collectionner et diversifier tous les effets possibles : en cela la dextérité du leader Sinkovsky est indiscutable. Mais la vrai question demeure : la musique n’est-elle qu’un feu d’artifice ? Non, évidemment et la belle élégance intérieure du Largo central (presque 5mn) enchante par sa rêverie, musicale. Certains regretteront ce panache à tout crin, ses tutti furieux, abordés comme des chevauchées éperdues : trop d’effet finit par agacer. Mais heureusement le chef sait doser et calculer contrastes et effets ; dans une langue plus classique et équilibrée, le Concerto junp l.1 de Pisendel confirme chez les interprètes ce souci de la mesure ; toute virtuosité touche si elle est sous contrôle. Tout aussi chantant, le violon hyperbavard – qu’il a de choses à nous dire, articule, s’emporte mais reste proche du chant et de la respiration (Allegro I). Si la conception du programme est au cœur de sa réussite dans son écoulement c’est qu’elle touche le profil même des auteurs ici abordés : tous du XVIIè XVIIIè qui furent violonistes chevronnés et compositeurs. Ils sont nés dans les deux dernières décades du XVIIè, offrant leur maturité artistique au début du XVIIIè. On le voit dans l’écriture elle-même ; et d’ailleurs dans le Largo du Pisendel qui suit, d’une éloquence naturelle dans la prière recueillie et intérieure.
Le seul français dans le programme est Leclair, à travers les 4 mouvements du Concerto opus 7 n°2 : force est de constater que la mesure comme l’élégance toutes françaises, bénéficiant d’un continuo musclé,nerveux, testostéroné, sonne à la fois expressif et souple ; le violoniste ajoutant sa touche personnelle, celle d’une flexibilité solaire, qui sait murmurer et nuancer sans craindre de mordre aussi, avec une respiration étendue et presque pudique dans l’Adagio.
Le sens des climats et des couleurs est plus encore contrasté dans le Tartini (Concerto a lunardo venier D 115), d’une profonde langueur, alternée à l’épanchement le plus passionné ; Sinkovsky en exprime cette dépression lagunaire si proche du chant (d’ailleurs le violoniste moscovite est aussi chanteur, contre-ténor qui semble comprendre de l’intérieur l’enjeu vocal de chaque ligne : du bien bel ouvrage là encore). Car chaque effet y est inféodé à la couleur intérieure, non à l’effet artificiel et strictement démonstratif. Le geste se fait explicitation interrogative sur un état de dépression attendrie, à la fois nostalgique et démuni, d’un caractère authentiquement post vivaldien. Pour nous, l’investissement poétique et l’imaginaire (couleurs, nuances) que sait y développer le violoniste russe, forment l’épisode le plus intéressant de cet album.

CLIC D'OR macaron 200On y détecte dans la conduite intérieure et les couleurs sous jacentes de la ligne violonistique (cantabile préromantique du second andante cantabile), l’apport de cette complicité avec les chanteurs contre ténors de la nouvelle génération les Fagioli ou Orlinski…, sans omettre sa collaboration avec Joyce DiDonato ou Ann Hallenberg, divas baroques parmi les plus engagées elles aussi, avec lesquels il a travaillé. Voilà a contrario de bien des ensembles plus lisses et ronronnants, la très belle lecture d’un violoniste touche à tout, qui est aussi chanteur et chef d’orchestre. Dmitry Sinkovsky démontre l’étendue de ses capacités à colorer et nuancer ce concept ailleurs éculé, réducteur et si répétitif, de virtuosité. Ici tout respire et chante avec une musicalité rare. De quoi réviser idéalement sa propre connaissance des manières et des styles de Locatelli à Tartini, de Leclair à Telemann…

 

 

 

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CD, critique. VIRTUOSISSIMO : Dmitry Sinkovsky / Il Pomo d’Oro (1 cd Naïve)

 

 

En savoir plus sur le site d’Il Pomo d’Oro
http://www.il-pomodoro.ch/news/new-album-with-dmitry-sinkovsky/

Le site de Dmitri Sinkovsky
https://www.dmitrysinkovsky.com/news/

VOIR, écouter Dmitri Sinkovsky dans la Capriccio de Locatelli
https://www.youtube.com/watch?v=ppDAQy5F4ho

Photos : depuis le site de Dmitri Sinkovsky © M Borggreve

 
 

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