CD, critique. The Heart of Europe (1500-1750) – Il Giardino d’Amore (Pologne, juillet 2015). GIARDINO D’AMORE

cd review critique cd par classiquenews stefan plewniak cd the heart of europe critique classiquenews 5905279916043_600CD, critique. The Heart of Europe (1500-1750) – Il Giardino d’Amore (Pologne, juillet 2015). Comment réaliser un mixte entre ce goût de la spatialité sonore, avec percussions résonantes, à la Savall, et une vitalité des cordes recouvrée… dans le sillage de l’énergique Reinhardt Goebel ? Le voici, sous la conduite de l’excellent violoniste polonais Stefan Plewniak, – heureux fondateur de nombreux ensembles sur instruments d’époque, et qui à la différence de la majorité des ensembles ronflants, désormais bien identifiés en France, « ose », défriche des répertoires, ressuscite des perles musicales qui engagent un programme – forcément militant, associe d’autres phalanges (ici le choeur  Corona Regni Poloniae – polonais) avec l’orchestre Il Giardino d’Amore (créé à Cracovie en 2016, établi à Vienne et à Cracovie) : entre Autriche et Pologne, c’est une suractivité qui suscite la surprise, la curiosité, et après écoute, l’enthousiasme.

Stefan Plewniak et Il Giardino d’Amore : le nouveau son baroque

A l’heure où l’on regrette tant d’approches roboratives, plutôt ennuyeuses, – au sein de la jeune génération des baroqueux…, le geste plein d’allant, d’envie, de désir de Stefan Plewniak, qui a été formé aussi à Paris – après avoir été élève au Conservatoire de Cracovie (sa ville natale), permet d’espérer un renouveau de l’esprit baroqueux, plombé aujourd’hui par un confort tranquille, devenu lénifiant. Et si un vent nouveau réinsufflant au Baroque ce qu’il avait connu il y a 35 ans, et qu’il a perdu peu à peu, nous venait ici de Pologne, comme simultanément de Hongrie (voir ce que réalise à Budapest, le chef hongrois remarquable ramélien entre autres, Gyorgy Vashegy) ?

HISTOIRE MUSICALE POLONAISE, ENTRE ORIENT ET OCCIDENT… Tempérament émergeant dans la sphère baroqueuse donc, le violoniste Stephan Plewniak et son ensemble Il Giardino d’amore abordent un répertoire qu’ils ont légitimité à jouer et interpréter : la musique polonaise baroque. Le programme éclaire un important patrimoine musical qui est lié à l’identité même du pays, convoité par les Turcs, entre Orient et Occident. L’évocation de l’invasion hongroise est d’ailleurs directement illustrée dans le Chant de l’asservissement de la Hongrie, texte très narratif et historiquement fouillé sur les exactions de l’occupant et pillard turc. Le chef et concepteur du programme offre ainsi un récapitulatif synthétique de l’histoire musicale polonaise, du XVIè jusqu’au (premier) XVIIIè (jusqu’à Gorzcycki, mort en 1734).
La palette est large puisqu’elle remonte au XVI ème quand les danses polonaises (intradas, pavannes, bransles,…) sont intégrées aux compilations et tablatures françaises, flamandes, germaniques… après les recueils pseudo hymnaires véhiculant les idées nouvelles de la Réforme, les jésuites (installés dès 1564) et la musique de la Contre-réforme inspirent une importante littérature religieuse qui profite de l’engagement jésuite pour les arts : peinture, architecture, et surtout musique. Des écoles pour enfants pauvres, des conservatoires, des églises, leurs collèges et leurs orgues surgissent et se multiplient dans le pays, soulignant combien la Pologne catholique et romaine est le bras armé de l’Europe face aux menaces constantes de son voisin turc.

Les pièces choisies par Stephan Plewniak montrent à quel point la Pologne religieuse intègre immédiat les éléments du style concertant, la polychoralité et le sens dramatique (monodie accompagnée dans le style opératique), inventés par les Vénitiens dans la première moitié du XVII ème. En témoignent les partitions à la fois recueillies et majestueuses (intitulées souvent concerto même) de Zielenski dont les partitions parfaites… dans ce goût, son même imprimées dans la Cità lagunaire.
Offertoria (à 7 et 8 voix) montre d’ailleurs la somptuosité d’une écriture parfaitement polychorale, vivante, articulée.
Quoi de plus brillant que de prendre le meilleur de ceux qu’on a soumis ? Vainqueur des Turcs en 1683, Jean III SOBIESKI (“hetman” du champ de bataille) repousse et pourchasse enfin les Turcs, stoppant ainsi net l’impérialisme ottoman en Europe. Il apprécie la musique des Janissaires- orchestres militaires Turcs, et les intègre dans le service ordinaire de sa cour. À la même période, le grand compositeur à la cour de Vienne, Fux (abordé ici) intègre lui aussi la riche percussion et les chalumeaux \ hautbois des Janissaires, exceptionnel alliage de timbres désormais exotiques-, dans Turcaria de 1701, clair paysage martial aux teintes et rythmes directement Turcs… Le Chef d’IlGiardino d’amore joue aussi la fameuse battaglia (1673) de Biber (dans le sillon de son maître Jordi Savall) : d’un rythme engageant, chaloupé, d’un entrain saisissant là encore. Rappelons que Biber fait de même que Zielenski en Pologne, il rapporte la majestueuse polychoralité vénitienne à Salzbourg pour le Dom, cathédrale de Salzbourg.
Enfin le programme met l’accent sur l’œuvre européenne du compositeur Gorzcycki, mort en 1734 qui livre ainsi l’une des musiques les plus riches et éloquentes de l’art sacré à Cracovie au XVIII ème (il fut maître de chapelle à la Cathédrale de Wawel).
Les musiciens, instrumentistes et chanteurs, réunis sous la conduite de Stefan Plewniak affirment une belle souplesse collective, restituant sous le prétexte martiale et historique, toute la majesté sonore et l’activité chorale requises. Outre l’originalité des oeuvres choisies et ainsi révélées par le disque, la vitalité et la sincérité très habité du style, séduisent dans ce programme qui peut aussi se comprendre comme la révélation d’un nouvel ensemble sur instruments baroques, désormais à suivre.

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CD, critique. The Heart of Europe (1500-1750) – Il Giardino d’Amore (Pologne, juillet 2015).
GIARDINO D’AMORE  / Stefan Plewniak, violon & direction

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