CD critique. STRAUSS, FRANCK : Sonates. Brieuc Vourch (violon), Guillaume Vincent (piano) – 1 cd Farao (Wuppertal, nov 2020)

richard strauss cesar franck brieuc vourch sonates cd farao critique review cd classiquenews clic de classiquenewsCD critique. STRAUSS, FRANCK : Sonates. Brieuc Vourch (violon), Guillaume Vincent (piano) – 1 cd Farao (Wuppertal, nov 2020). Fruit d’une évidente complicité artistique, le programme met en parallèle deux génies romantiques des plus passionnants, du XIXè (Franck) du XXè (Richard Strauss). La Sonate moins connue de Strauss s’inscrit dans la tradition la plus exaltante après Schumann et surtout Brahms. Le compositeur d’opéra, qui a su foudroyer l’audience autant par ses éclats orchestraux que sa splendeur chambriste (sextuor d’ouverture de Capriccio ; métamorphoses pour cordes seules…), éblouit ici par son sens des contrastes et de la tension. D’autant que le violon de Brieuc Vourch subjugue littéralement par son éloquence et son intériorité, son sens de la ligne et de l’atténuation suggestive. Le travail de l’instrumentiste s’inscrit dans un réalisme psychologique ciselé, dont la brillance recherche toujours l’intimité poétique, le scintillement intime d’une sensibilité souveraine, à la fois extravertie et subtilement caractérisée. La virtuosité se situe dans la finesse et l’intelligence agogique. Le pianiste suit son partenaire sur le plan du dialogue, d’une conversation à la fois raffinée et ardente.

La Sonate de Strauss opus 18 (1888) marque la maturité du symphoniste de 24 ans, capable de produire ses premiers accomplissements personnels (Aus Italien, Macbeth). La grande culture du compositeur est déjà celle d’un maître qui analyse, interroge la forme dans le sens du drame, de la concision expressive. Les 3 mouvements se ressentent du contexte orchestral évoqué ; on relève ici l’ampleur des respirations, la souplesse et l’étendue comme la profondeur du geste violonistique capable d’irisations psychologiques qui regardent certes vers Brahms (premier Allegro) ; mais aussi le Schubert d’Erlköning associé au Beethoven de la Pathétique (Andante Cantabile) ; Brieuc Vourch sait exprimer tout ce qu’a de sombre et de passionné le dernier Allegro, chant de l’âme la plus sensible, auquel le piano apporte l’enveloppe épique d’un souffle orchestral, y compris dans le finale inondé de joie conquérante.
Deux ans avant Strauss, Franck (44 ans) achève la composition de sa propre Sonate (1886) ; après celle de Saint-Saëns (1872), la Sonate en la majeur marque un point d’accomplissement inégalé par la sincérité de son inspiration et l’exigence de sa forme, d’une unité absolue grâce au principe cyclique : le thème principal se retrouvant dans chaque mouvement, ainsi relié chacun aux autres : les interprètes en restituent l’allusive cohérence interne, ciselant chaque mesure comme les termes d’une conversation décisive pour chaque membre conversant. Ils en soulignent subtilement le sens psychologique, selon des humeurs d’une permanente versatilité : l’activité du premier Allegro (ben moderato) qui berce et enchante progressivement à mesure qu’il se développe jusqu’à sa fin ; l’inquiétude sourde énoncée à demi mots de l’Allegro qui suit ; l’absolue poésie, en réalité inqualifiable, du 3è mouvement noté « recitative fantasia » où ni le violon ni le piano, pourtant fusionnels, ne résolvent le climat interrogatif qui les porte tous deux ; l’équilibre du rondeau final (Allegro poco mosso) qui, tout en récapitulant tout ce qui a précédé, ouvre de nouveaux champs expressifs laissant au violon, un tremplin particulièrement brillant.
CLIC D'OR macaron 200Jamais uniforme ni démonstratif, le violon somptueux de Brieuc Vourch (argument baroque de premier plan : Francesco Ruggeri, 1690), séduit, enchante, et captive même par sa vibration sincère et viscéralement intime. L’élève de Perlman à New York, se montre fidèle à son maître : sur le souffle, d’une profonde élégance, jamais creuse, toujours juste, d’une vitalité arachnénenne. Remarquable récital.

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

CD événement, critique. Richard Strauss (1864–1949), César Franck (1822–1890) : Sonates pour violon et piano (Brieuc Vourch, Vincent Guillaume) – 1 cd Farao – Wuppertal, nov 2020 – CLIC de classiquenews été 2021.

________________________________________________________________________________________________

 

 

 

TEASER VIDEO :

 

 

 

 

LIRE aussi notre entretien avec Brieuc Vourch à propos du cd R STRAUSS / C Franck (1 cd Farao)  – Propos recueillis en juillet 2021.

Le violon enchanteur de Brieuc VourchENTRETIEN avec BRIEUC VOURCH. Jouer Richard STRAUSS et César FRANCK. Elève de Perlman à la Juilliard School of New York, le violoniste français (qui vit à Hamburg), Brieuc Vourch marque les esprits dans son dernier album discographique, paru en juillet 2021, associant deux pointures romantiques : R. Strauss et César Franck. Leur Sonates pour violon et piano révèlent le fort tempérament de chaque compositeur ; c’est une confrontation riche en enseignements et qui conduit l’interprète à un engagement superlatif, doué d’un son comme d’une articulation, d’une rare poésie suggestive. Avec le pianiste Guillaume Vincent, Brieuc Vourch joue en architecte, caractérisant chaque partition en en proposant une cohérence organique, une progression rythmique très convaincantes. Entretien exclusif avec Brieuc Vourch pour classiquenews.com / Photos : © Andrej Grilc.

_________________________

 

 

Comments are closed.