Cd, critique. Si j’ai aimé… Sandrine Piau, soprano : Massenet, Vierne, Guilmant, Saint-Saëns (1 cd Alpha classics)

PIAU-classiquenews-cd-critique-piau-si-j-ai-aime-concert-loge-critique-concert-critique-cd-par-classiquenews-mai-2019-critique-opera-classiquenewsCd, critique. Si j’ai aimé… Sandrine Piau, soprano (1 cd Alpha classics / mars 2018). Ce programme réjouissant exhume plusieurs mélodies françaises avec orchestre dont celles intactes et graves de Camille Saint-Saëns, décidément touché par la grâce quand il s’agit d’exprimer le sentiment amoureux, porteur lui-même de souvenirs et de langueur, entre nostalgie et désir. 
On ne peut en dire de même des mélodies de Théodore Dubois, très datées et rien qu’académiques, c’est à dire décoratives et sucrées. Pourtant l’une d’entre elles, a donné son titre au recueil, là où une pièce de Saint-Saëns eut été mieux réhabilitée… (Si j’ai parlé… si j’ai aimé… sonne un rien mièvre : trop frêle offrande pour une réévaluation de la mélodie française orchestrée, fin de siècle). Quelques impressions préalables, signes d’une appréciation en demi teintes quant à la sélection des pièces retenues ici : « Aux étoiles » de Duparc, instrumental capable de douceur tendre et de gravité ; Dubois rien que bavard (« Chanson de Marjolie ») ; mais la sensibilité d’Alexandre Guilmant (« Ce que dit le silence ») et L’empressement et désir de « l’Enlèvement » de Saint-Saëns, très au dessus de ses confrères….

 

Perles oubliées de la mélodie française

 

 

Que n’a-t-on choisi, profitant d’une telle interprète soliste, deux mélodies parmi les plus bouleversantes du répertoire s’agissant de la mélodie française : L’Enamourée / Ma colombe de Reynaldo Hahn (superbement réexhumée par Anna Netrebko et dont le thème colle pile poil au thème de ce cd ; et La mort d’Ophélie de Berlioz ? Invraisemblable oubli qui se fait avec le recul, faute impardonnable en vérité (cf notre playlist en fin d ‘article de l’Enamourée de HAHN).
Rare coloratoure encore suractive, mais voix mûre, Sandrine Piau affiche crânement l’expérience et les années, étincelant par son style suprême, une distinction du timbre, et un sens de la couleur comme de la ligne qui suscitent l’admiration. Pourtant, la seule ombre à notre avis reste l’articulation et l’intelligibilité : on perd souvent 70% du texte. Dommage qui paraît vétille avec le recul tant la justesse et l’intelligence du chant, ailleurs, se révèle superlatif. C’est que la soprano maîtrise sa voix comme un instrument : usant de toutes les nuances de l’émission comme de l’intonation, avec une subtilité qui avait déjà fait la valeur de ses incarnations baroques, ou romantiques françaises.
Pourtant les poèmes ici de Hugo, Verlaine, Gautier, Banville, régnier, Barthélémy ou Courmont méritent le meilleur soin : on jugera sur pièces ainsi, les deux extraits des Nuits d’été de Berlioz, en comparaison avec ce que réalise sa consœur Véronique Gens… dans Villanelle ou Au cimetière, d’emblée le caractère est là, caractérisé, superbement incarné… aussi profond voire bouleversant que le texte est inintelligible pour partie.
On se dit quand même que le programme eut été idéal si la chanteuse soignait davantage la déclamation et l’articulation dans les aigus. Nonobstant cette mince réserve, le programme est superbe.
Le genre de la mélodie renaît ainsi grâce à un travail de recherche récent sur l’activité de la Société nationale de musique à la fin du XIXè qui favorise les compositeurs hexagonaux évidemment ; d’autant que les teintes et équilibres affinés de l’orchestre sur instruments d’époque, ainsi requis, ajoute à la qualité allusive de l’approche. La mélodie gagne ses lettres de noblesse et de subtilité ainsi défendue ; parmi plusieurs pépites, désormais à écouter et réestimer, citons surtout les œuvres de Camille Saint-Saëns : Extase, Papillons, Aimons-nous, L’enlèvement… Curieux choix d’avoir intercalé un extrait de la Symphonie gothique de Godard, qui tombe un peu comme un chevaux dans la soupe. Mais on s’incline avec bienveillance et gratitude devant Le poète et le fantôme de Massenet comme les subtils Papillons blancs de Louis Vierne (lui aussi bien oublié). Très beau programme.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200Cd, critique. Si j’ai aimé… Sandrine Piau, soprano (1 cd Alpha classics) – enregistré en mars 2018 à Metz. Mélodies avec orchestre de Saint-Saëns, Massenet, Dubois, Vierne… Le Concert de la loge / J. Chauvin, direction.

Approfondir

Le présent recueil souffre d’une absence de taille : la mélodie de Reynaldo HAHN, L’Enamourée / perle / joyau sur le thème de l’amour / en total connexion avec la thématique de ce recueil frustrant donc :

VIDEO CLIP audio L’Enamourée de Reynaldo HAHN par Anna Netrebko :

https://www.youtube.com/watch?v=kUZPljVpWak

 

VIDEO CLIP L’Enamourée de HAHN par Anna Caterina Antonacci
https://www.youtube.com/watch?v=NAyeGq4qUM0

 

VIDEO CLIP L’Enamourée de Reynaldo HAHN par l’excellent baryton Bruno Laplante :

https://www.youtube.com/watch?v=vSXhPH_HGtQ 

 

VIDEO CLIP (2014) L’enamourée de Reynaldo HAHN par Solene Le Van

https://www.youtube.com/watch?v=JiiF6pvYXw4

 

VIDEO : 6 mélodies de Reynaldo HAHN par Solen Le Van, Young Musicians Foundation, Los Angeles 2014

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