CD, critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Symphonies n°6 et 7 (Boston Symph. Orch / Andris Nelsons) / 2 CD Deutsche Grammophon

Chostakovich_CD nelsons bostonCD, critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Symphonies n°6 et 7 (Boston Symph. Orch / Andris Nelsons) / 2 CD Deutsche Grammophon. Fin du cycle des Symphonies de guerre de Chostakovich par le Boston Symphony et le chef letton Andris Nelsons. Ce 3è et dernier volume attestent des qualités identiques observées dans les opus précédents : puissance et richesse du son. Créée à Leningrad en 1939 par le légendaire Evgeni Mravinski, la Symphonie N° 6 op. 54, est la plus courte des symphonies ; Nelsons souligne le caractère endeuillé du Largo préliminaire, détaillant les solos instrumentaux pour flûte piccolo, cor anglais, basson afin de déployer la matière nocturne, étouffante de cette longue séquence grave et intranquille. Les deux mouvements plutôt courts qui suivent Allegro et Presto assène une motricité aiguë et incisive qui fait dialoguer cuivres ironiques, gorgés de moquerie acerbe, et bois vifs argents. Le final est abordé comme un feu d’artifice cravaché, narguant le mystère du premier mouvement dont il dément le calme profond par une série ultime de surenchère démonstrative et vindicative, au bord de la folie…

Nelsons complète la 6è par la Suite de la musique de scène pour le Roi Lear, op. 58a, écrite pour le Bolchoï de Léningrad en 1941. Cycle de pleine tension là encore qui commence avec la figure de Cordelia (solo de clarinette), joue du col legno pour dramatiser davantage la charge caustique et fantastique du sujet shakespearien (partie des 2 bassons). Ironique et audacieux, Chostakovitch imagine son Ouverture de fête op. 96, de 1947(publiée en 1954, soit un an après la mort de Staline) semble marquer la fin de la terreur par son emportement libre, ses respirations nouvelles et l’orchestration colorée et ambitieuse ( fanfare étonnante des 6 trompettes, 6 trombones et 8 cors !) : les instrumentistes bostoniens redoublent de précision jubilatoire (pizz des cordes).

La 7è Symphonie dite « Leningrad » aborde des airs patriotiques, amorcée avant le siège de la cité, dès l’été 1941, puis achevé après l’occupation, en décembre suivant, pour être créée triomphalement en mars 1942. Aucune ambiguité dans le propos du compositeur car il s’agit bien d’une partition de circonstances, desprit victorieux, célébrant le sang versé des résistants et des défenseurs de Leningrad, épinglant la barbarie des nazis impérialistes. Pourtant alors qu’elle s’inscrit dans le fracas des armes et des tireurs embusqués, la 7è est l’une des moins politisée, celle qui s’écarte ouvertement du double langage cultivé à l’égard du tyran Staline. Nelsons aborde objectivement la partition, se confrontant à son architecture impressionnante (pas moins de 30 mn pour l’Allegretto) dans lequel il sculpte avec clarté le motif de l’invasion fasciste, répété, martelé comme un leit motiv obsessionnel (bois puis cordes). Le crépusculaire et le glaçant n’étant jamais bien loin chez Dmitri, le chef tire à profit la couleur sombre et cynique du basson, finement détaillé comme agent d’un destin inquiétant. Chaque séquence est inscrite dans sa portée historique : Leningrad d’avant le siège (choral initial de l’Adagio), puis champs de guerre, champs de ruines où perce le chant des cuivres à la fois stridents, enivrés. On repère sans ménagement aucun, la sourde mélodie des cordes hallucinées, éreintées qui rappelle le motif inquiétant de l’opéra Lady Macbeth de Mzensk, autre évocation des ténèbres. Habité par cette musique des convulsions et des contrastes, Nelsons en exprime la matière vivante, les cris et les élans extrêmes. Le chef réussit dans l’ampleur et la violence, à restituer tout ce qui fait de la 7è, une partition martiale, défiant l’Histoire, relevant plus de l’épique que du tragique. Voici assurément l’un des témoignages les plus immédiatement prenants, communicatifs du cycle Chostakovitch saisi live en 2017 à Boston. L’expressivité instinctive de Nelsons, son emprise architecturée sur l’orchestre américain sont indiscutables.

 
 

 
 

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CD , critique. SHOSTAKOVICH / CHOSTAKOVITCH : Dmitri Chostakovitch : ”Under Stalin’s shadow’’ / Dans l’ombre de Staline.., Symphonie n° 6 op. 54. Symphonie n° 7 ”Leningrad ”, op. 60 – Suite de la musique de scène pour ”Le roi Lear”, op. 58a. Ouverture de fête, op. 96 / Boston Symphony Orchestra. Andris Nelsons, direction / 2 cd Deutsche Grammophon : 483 6728.

 
 

 
 

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