CD, critique. MOZART : Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni (Milanesi, TONI, 3 cd FORNASETTI / Warner classics)

MOZART Don giovanni silete ventii avec raffaella milanesi  cd critique review cd warner classicsCD, critique. MOZART : Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni (Milanesi, TONI, 3 cd FORNASETTI / Warner classics). Reconnaissons aux italiens ici, réunis sous la coupe financière de l’éditeur et créateur Fornasetti, initiateur de la production, un sens irrésistible du temps théâtral qui fusionnant ici avec le temps musical, recrée l’opéra de Mozart, en soulignant la violence passionnel du livret de Da Ponte. C’est une version certes « iconoclaste », rompant avec les habitudes sirotantes car ce que nous invite à écouter et « redécouvrir » comme une création contemporaine, toute la lecture, c’est la verve éruptive, âpre et furieusement sensuelle d’un Mozart déjà romantique, surtout suprême analyste des cœurs.
En proposant de revenir à l’effectif de la création praguoise de 1787 (30 instrumentistes no more), en privilégiant une direction nerveuse, parfois fouettée et incisive, le chef de l’ensemble Silete Ventii, Simone Toni, sculpte son « Mozart » avec une passion mordante, tendue, extrême qui sonne même plus radicale que l’approche d’un Teodor Currentzis lui aussi sur instruments modernes. Pour telle conception à la fois hallucinée et minimaliste (cela avance avec une urgence de tous les diables), il faut évidemment des chanteurs rompus à la délicatesse, la nostalgie, la vérité et la sincérité mozartienne : Oublions l’Ottavio trop bas, trop imprécis d’Andrés Agudelo. Mais saluons surtout le soprano à la fois rond, cuivré, voluptueux de l’excellente Rafaella Milanesi, interprète à la fois féline et racée qui comprend et exprime toutes les nuances des sentiments de la victime abusée de Don Giovanni, Donna Anna.

Le Mozart de Simone Toni : le geste mozartien qui foudroie
où triomphe l’éblouissante Anna de Raffaella Milanesi

Une telle vérité incandescente du chant s’entend rarement ; elle avait pourtant déjà marqué notre esprit lors de sa prise de rôle d’Alcina avec la compagnie lyrique Opera Fuoco et David Stern, à Shanghaï en décembre 2015 (festival Baroque de Shanghaï : VOIR notre reportage vidéo «  Opera Fuoco, de Paris à Shanghaï »). Grâce à la finesse qu’apporte la cantatrice dans ce rôle si fragile et complexe, surgit tout le trouble qui fait imploser la raison bourgeoise de la jeune femme, fiancée malheureuse d’Ottavio et qui découvre l’amour, sa puissance, sa déflagration quasi providentielle, au contact violent d’un Giovanni hypersexué. Hélas à ses côtés, l’Elvira d’Emanuela Galli peine et dérape dans les excès et violences réclamés par la production, sa technique vocale montre d’évidentes limites qui ne pardonnent pas chez Mozart, peintre des âmes chancelantes et fulminantes…

Parmi les chanteurs, Christian Senn dans le rôle-titre, son valet (aussi agité et allumé que lui : Renato Dolcini en Leporello), sans omettre Mauro Borgioni qui comme à Prague en 1787, chante deux rôles : Le Commandeur (sa statue) et Masetto, tirent leur épingle du jeu par leur présence théâtrale, intensément dramatique et une technique comme une projection qui suivent. En fosse, l’orchestre Silete Venti! siffle, tempête, scalpe et semble foudroyer chaque protagoniste, l’obligeant à exacerber ses élans, désirs, amertumes… Et le pianoforte omniprésent de Luca Oberti relève ce défi de la fulgurance. Une version qui ne laisse pas indifférent et marque même l’écoute par son sens de l’urgence et de la foudre.

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CLIC D'OR macaron 200CD, critique. MOZART : Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni (Milanesi, TONI, 3 cd + 1 dvd « extras » : making of, etc… ) FORNASETTI / Warner classics. Enregistrement réalisé au moment des réprésentations scéniques de la production Fornasetti, à Florence (Pergola), janvier 2017. Prise de son en 24 bit/96 kHz (ingéniérie BartokStudio/ Raffaele Cacciola). « CLIC » de CLASSIQUENEWS du printemps 2018.

Orchestre Silete Venti!
Simone Toni, direction.

Christian Senn, baritono (Don Giovanni)
Renato Dolcini, baritono (Leporello)
Emanuela Galli, soprano (Donna Elvira)
Raffaella Milanesi, soprano (Donna Anna)
Andres Agudelo, tenore (Don Ottavio)
Mauro Borgioni, baritono (Commendatore e Masetto)
Lucía Martín-Cartón, soprano (Zerlina)

Maestro di coro: Marco Bellasi

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