CD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes (Vashegyi, 2018, 2cd Glossa)

rameau-indes-galantes-gyrorgy-vashegyi-cd-glossa-critique-cd-classiquenews-opera-baroqueCD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes (Vashegyi, 2018, 2cd Glossa). Certes voici une version annoncĂ©e comme d’importance, – de 1761 ; affaire de spĂ©cialistes et de chercheurs (Prologue plus ramassĂ©, inversion dans l’ordre des entrĂ©es). VĂ©tilles de musicologues. Ce qui compte avant tout et qui fait la valeur de la prĂ©sente production (crĂ©Ă© au MUPA de Budapest en fĂ©vrier 2018), c’est assurĂ©ment le geste sobre, souple, Ă©quilibrĂ© du chef requis pour piloter les solistes (plus ou moins convaincants), surtout le chƓur et l’orchestre, – Purcell Choir et Orfeo Orchestra – deux phalanges crĂ©Ă©es in loco par le maestro György Vashegyi. Osons mĂȘme Ă©crire que ce dernier incarne pour nous, le nouvel Ă©talon idĂ©al dans la direction dĂ©diĂ©e aux Ɠuvres françaises du XVIIIĂš, celles fastueuses, souvent liĂ©es au contexte monarchique, mais sous sa main, jamais droite, tendue ni maniĂ©rĂ©e ou dĂ©monstrative. La sobriĂ©tĂ© et l’équilibre sont sa marque. Un maĂźtre en la matiĂšre.

 

 

le chef hongrois György VASHEGYI confirme qu’il est un grand ramiste
Intelligence orchestrale

 

 

 

D’abord, saluons l’intelligence de la direction qui souligne avec justesse et clartĂ© combien l’opĂ©ra-ballet de Rameau est une formidable machinerie poĂ©tique et aussi dans son Prologue avec HĂ©bĂ©, une Ă©vocation tendre et presque languissante de l’amour pastoral ne serait ce que dans les couleurs de l’orchestre souverain, d’une formidable flexibilitĂ© organique grĂące au geste du chef ; Vashegyi est grand ramĂ©lien jusqu’en Hongrie : il nous rappelle tout ce qu’un McGegan poursuit en vivacitĂ© et fraĂźcheur en Californie (Lire notre critique de son rĂ©cent enregistrement du Temple de la Gloire de Rameau, version 1745, enregistrĂ© Ă  Berkeley en avril 2017).
S’agissant de György Vashegyi, sa comprĂ©hension des ressorts de l’écriture symphonique, les coups de thĂ©Ăątre dont le gĂ©nie de Rameau sait cultiver l’effet, entre Ă©lĂ©gance et superbe rondeur, fait merveille ici dĂšs l’entrĂ©e en matiĂšre de ce Prologue donc, qui est un superbe lever de rideau ; on passe de l’amour enivrĂ© Ă  l’appel des trompettes et du front de guerre
 les deux chanteurs HĂ©bĂ© et Bellone, sont dans l’intonation, juste ; fidĂšles Ă  la couleur de leur caractĂšre, MAIS pour la premiĂšre l’articulation est molle et l’on ne comprends pas 70% de son texte (Chantal Santon) ; quand pour le baryton Thomas DolliĂ©, que l’on a connu plus articulĂ© lui aussi, le timbre paraĂźt abimĂ© et usĂ© ; comme Ă©trangement ampoulĂ© et forcĂ©. MĂ©forme passagĂšre ? A suivre.
A l’inverse, le nerf et la vitalitĂ© dramatique de l’orchestre sont eux fabuleux. Il y a dans cette ouverture / Prologue, Ă  la fois majestueuse et grandiose, versaillaise,  pompeuse et d’un raffinement inouĂŻ, cette ivresse et cette revendication furieuse que dĂ©fend et cultive Rameau avec son sens du drame et de la noblesse la plus naturelle : György Vashegyi l’a tout Ă  fait compris.

Chez Les Incas du PĂ©rou (« PremiĂšre entrĂ©e »), la tenue du choeur et de l’orchestre fait toute la valeur d’une partition oĂč souffle l’esprit de la nature (airs centraux, pivots  «Brillant soleil » puis aprĂšs « l’adoration du soleil », air de Huascar et du chƓur justement : « Clair flambeau du monde » , la force des Ă©lĂ©ments (tremblement de terre qui suit)
 indique le Rameau climatique douĂ© d’une sensibilitĂ© Ă  peindre l’univers et la nature de façon saisissante. Heureusement que le chƓur reste articulĂ©, proche du texte. ce qui n’est pas le cas du Huascar de DolliĂ©, lĂ  encore peu convaincant. Et la phani « grand dessus » plutĂŽt que soprano lĂ©ger (version 1761 oblige) ne met guĂšre Ă  l’aise VĂ©ronique Gens.
Jean-François Bou, Osman d’un naturel puissant, associĂ© Ă  l’Emilie bien chantante de Katherine Watson, est le hĂ©ros du Turc gĂ©nĂ©reux (« DeuxiĂšme entrĂ©e ») ; son engagement dramatique, sans forcer, gagne une saine vivacitĂ© grĂące Ă  l’orchestre impĂ©tueux, Ă©lectrisĂ© dans chaque tableau allusif : tempĂȘte, marche pour les matelots de provence, et les esclaves africains, rigaudons et tambourins

Enfin Les Sauvages, troisiĂšme et derniĂšre entrĂ©e, doit Ă  l’orchestre son unitĂ©, sa cohĂ©rence dramatique, une verve jamais mise Ă  mal qui Ă©lectrise lĂ  encore mais avec tact et Ă©lĂ©gance la danse du grand calumet de la paix, puis la danse des Sauvages, avant la sublime Chaconne, dans laquelle Rameau revisite le genre emblĂ©matique de la pompe versaillaise.
Par la cohĂ©sion sonore et expressive de l’orchestre ainsi pilotĂ©, se dĂ©tache ce qui manquait Ă  nombre de lectures prĂ©cĂ©dentes, un lien organique entre les parties capables de rĂ©vĂ©ler comme les volet d’un vaste triptyque (avec Prologue donc) sur le thĂšme de l’amour galant, selon les latitudes terrestres. Au PĂ©rou, en Turquie et aux AmĂ©riques, coule un mĂȘme sentiment Ă©perdu, alliant convoitise, dĂ©sir, effusion finale.

 
 

 
 

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CLIC_macaron_2014La lecture confirme l’excellente comprĂ©hension du chef hongrois, son geste sĂ»r et souple, rythmiquement juste, choralement maĂźtrisĂ©, orchestralement articulĂ© et prĂ©cis. La tenue des voix – volontairement assumĂ©es « puissantes » posent problĂšme pour certaines d’entre elles car outrĂ©es, affectĂ©es ou totalement inintelligibles. Depuis Christie, on avait compris que le baroque français tenait sa spĂ©cificitĂ© de l’articulation de la langue
 Souvent le texte est absent ici. On frĂŽle le contresens, mais cela pointe un mal contemporain : l’absence actuelle d’école française de chant baroque. Ceci est un autre problĂšme. Cette version des Indes Galantes 1761 mĂ©rite absolument d’ĂȘtre Ă©coutĂ©e, surtout pour le geste gĂ©nĂ©reux du chef. MalgrĂ© nos rĂ©serves sur le choix des voix et la conception esthĂ©tique dont elles relĂšvent, la vision globale elle mĂ©rite un CLIC de classiquenews.

 
 

  

 
 

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CD, critique. Jean-Philippe Rameau : Les Indes galantes, ballet hĂ©roĂŻque (1735) / Version de 1761 

 
Chantal Santon-Jeffery : Hébé, Zima
Katherine Watson : Emilie
Véronique Gens : Phani
Reinoud Van Mechelen : Dom Carlos, ValÚre, Damon
Jean-Sébastien Bou : Osman, Adario
Thomas Dolié, : Bellone, Huascar, Dom Alvar
Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction
Glossa / Référence GCD 924005 / durée 2h3mn / parution annoncée le 1err mars 2019

 

 

 

 

 

 

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