CD, critique, compte rendu. R. STRAUSS : Don Juan, Ein Heldenleben (Valery Gergiev, 1cd Müncher Philharmoniker, septembre 2016)

gergiev strauss cd critique review cd par classiquenews CLIC de classiquenews Strau-Don-Juan-Une-vie-de-heros-DigipackCD, critique, compte rendu. R. STRAUSS : Don Juan, Ein Heldenleben (Valery Gergiev, 1cd Müncher Philharmoniker, septembre 2016). Le trait incisif et nerveux jusqu’à l’ivresse sonore se déploie avec une réelle élégance dans un DON JUAN (1889-1890), éveillé, palpitant, d’une frénésie qui n’oublie pas de ciseler et préciser la caresse de chaque timbre instrumental. D’autant que le grand Strauss magicien conteur sait son métier d’orchestrateur : l’opulence, le chromatisme, le scintillement permanent de la palette orchestral (proche à la fois de Salomé et de La Femme sans ombre), dessine ici dans la suite de Lenau, un séducteur en extase crépusculaire. La frénésie et la fièvre qu’apporte le chef saisissent et captivent dans une fresque endiablée et vénéneuse simultanément à son grand fracas moiré et rutilant : tout se cabre et sait aussi ondoyer en un geste versatile, changeant, caméléon, comme Strauss qui âgé de 24 ans à peine, s’impose par une hypersensibilité magicienne ; capable de synthétiser l’élan du désir et l’amère désillusion que son trop plein fait immanquablement surgir. Réussite totale car Gergiev se montre félin autant qu’amoureux, caressant et désespéré, entier, radical, définitif : désir, possession, désespoir. Plus grand est la convulsion du désir, plus amère et vomitoire le dégoût qui naît aussitôt.

 

 

 

Gergiev au sommet
Eloquence, dramatisme, volupté

 

 

 

Une vie de héros fait valoir les mêmes qualités de l’orchestre munichois qui polit et étire une soie orchestrale des plus éperdues et voluptueuse (épisode 2 : scène domestique où perce la figure de l’épouse du héros/compositeur). le chef russe y cisèle un chant d’une opulence enchantée. Beau contraste avec ce qui suit (Bataille)… l’auditeur scrupuleux y aura détecté parmi ses déchaînement maîtrisé de sonorités très travaillées, les indications du chef qui chante, murmure, respire, afin de mieux aider les instrumentistes à exprimer le grand frisson épique des deux séquences enchaînées : la maison, la guerre ; la passion enfiévrée, la fougue martiale. Précis, hyperexpressif mais étonnamment détaillé, Gergiev vainc toutes réserves comme architecte et comme peintre. Chaque plan instrumental, – cuivres monstrueuses voire sardonique, cordes suractives, bois et vents en panique contrôlée, le front de guerre est saisissant par son ampleur épique et sa matière sonore qui regorge de couleurs et de nuances.
Le souffle du chef, son étonnante gestion des silences et des retenues profitent à la profondeur enivrante des passages enchaînés, les plus introspectifs, véritables failles ouvertes sur une psyché en lévitation (épisode 6, qui suit la bataille), tant le maestro est capable d’insuffler des climats d’une ivresse vertigineuse comme d’une intériorité énigmatique, sans omettre la claque de convulsions mordantes. La leçon de direction est spectaculaire. Gergiev fouille, tourne et retourne son sujet, exigeant de l’orchestre (le captivant Münchner Philharmoniker) des efforts dans chaque mesure, faisant surgir le génie du Strauss le plus impressionnant et bouleversant ; ainsi peu s’accomplir dans le Finale (jeu du violon solo et du cor somptueux et noble à l’appui), un pur sentiment de délivrance au sens spirituel. Magistral.

 

 

 

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CLIC_macaron_2014CD, critique, compte rendu. R. STRAUSS : Don Juan, Ein Heldenleben (Valery Gergiev, 1cd Müncher Philharmoniker, enregistré à Munich, en septembre 2016) – CLIC de juin 2017

 

 

 

 

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