CD, critique. CHARLES GOUNOD : Cantates et musique sacrée (2 cd PAL. Bru Zane, 2016).

telechargement_4CD, critique. CHARLES GOUNOD : Cantates et musique sacrée (2 cd PAL. Bru Zane, 2016). Profane, sacré ? Le jeune GOUNOD (Grand Prix de Rome 1839) empêtré dans les rouages de l’impossible machine académique vit à Rome une situation double que son inspiration pourtant juvénile sert d’une remarquable manière. Un temps tenté par la robe ecclésiastique, le jeune homme aime trop le théâtre pour ne se destiner qu’à la prière et à la doxologie… (comme le souhaitait sa mère, pieuse et receillie).
Qu’importe, avant les grandes scènes au souffle spirituel éloquent (la scène de l’église dans son Faust, entre autres, sans omettre les duos amoureux, sensuels, mais aussi, tout autant extatiques et mystique de Romeo et Juliette, son chef d’oeuvre de la pleine maturité), Gounod montre qu’il saura servir l’église … au théâtre.

Cantates romaines du jeune Gounod

 

 

GOUNOD 1839 ROME prix de rome portrait par INGRES sur classiquenews CENTENAIRE GOUNOD 2018 dossier par classiquenewsSon génie dramatique, capable de saisir une situation, de ciseler le profil de personnages en pleine passion éprouvante, révélatrice, se précise déjà aux heures romaines. En témoigne le programme de ce livre 2 cd, qui réunit les Cantates pour le Prix de Rome : 3 au total jusqu’à l’obtention, Marie Stuart et Rizzio, 1837 – La Vendetta, 1838 – Fernand, 1839 ; et aussi ses oeuvres liturgiques et sacrées (à oublier malheureusement tant elles sont sans intérêt : Messe vocale et Messe de Saint-Louis des Français, Christus factus est, Hymne sacrée… d’une écriture mièvre pour ne pas dire saint-sulpicienne, réalisés comme des exercices imposés pendant ses années romaines, comme lauréat, entre 1840 et 1842 (les fameux envois de Rome). Sujet du cd2, ce cycle endeça ce nos attentes confirme tout à fait ce que nous savions avant l’écoute : Gounod eut bonne inspiration de ne pas épouser la religion. L’opéra était sa vocation.

Gounod arrive à la bonne période. Dans l’histoire du Concours académique, le jeune homme régénère habilement un système déjà mourant, usé par ses poncifs poussiéreux et contraignants à souhait. En 1839, avec Fernand, Gounod sait exploiter la nouvelle formule qui fait évoluer le format de la cantate imposée, à une, puis deux enfin trois voix solistes : ici, soprano, ténor, basse. Sur le texte convenu, assez ridicule de Pastoret, le jeune compositeur candidat, rafle la mise et empoche le Premier Prix. D’emblée, outre sa maîtrise de l’écriture vocale, son génie des mélodies suaves, filigranées, Gounod a déjà le génie de la couleur atmosphérique, sachant affirmer en prélude à chaque scène, un tableau enveloppant, un paysage orchestral qui saisit par son intelligence suggestive voire onirique (prélude de Fernand). Ce qui frappe chez Gounod, c’est proche d’un Mozart ou d’un Donizetti contemporain, la profondeur et l’éclat intime et pudique des caractères qu’il dépeint en musique. Le coloriste et le psychologue, doué d’un raffinement qui semble aussi prolonger Berlioz, se distingue et rend légitime la résurrection de ce corpus de cantates académiques ainsi enregistrées.

Parmi les chanteurs, certains retrouvent des voix familières (Chantal Santon-Jeffery, Judith Van Wanroij…) toujours aussi perfectibles en terme d’articulation; critiquables pour leur manque de nuances, tout simplement en perte dommageable d’intelligibillité (il est vrai que le texte est d’une médiocre qualité et ne mériterait pas d’attention particularisée… mais quand même). Chez les hommes, Nicolas Courjal et surtout le ténor Yu Shao, relèvent le niveau stylistique : comme ils savent prononcer, colorer,… nuancer, vrais acteurs qui campent un caractère. Respectivement Fernand et Alamir dans la cantate de 1839 qui valut le Premier Prix, les deux solistes réussissent à émouvoir et troubler (chapeau bas). Les deux chanteurs font honneur à Gounod. Ils dévoilent dans l’écriture pourtant juvénile, la maîtrise à venir.

 

 

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CD, critique. CHARLES GOUNOD : Cantates et musique sacrée. Divers solistes, Flemish Radio Choir – Brussels Philharmonic. H. Niquet, direction.

Cantates : Marie Stuart et Rizzio (1837)
Fernand (1839)
La Vendetta (1838)

Oeuvres sacrées : Messe vocale (1843)
Christus factus est (1842)
Hymne sacrée (1843)
Messe de Saint-Louis des Français (1841)

Livre 2 cd – Label Palazzetto Bru Zane ES 1030 – collection « Prix de Rome », Volume 6.

Enregistré à Bruxelles et à Heverlee en avril et juin 2016, et en septembre 2017

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