CD, critique. BRUCKNER : Symphonie n°3 « Wagner » WAB 103. Wiener Philharmoniker, C Thielemann (2020, 1 cd SONY classical)

bruckner 3 thielemann christophCD, critique. BRUCKNER : Symphonie n°3 « Wagner » WAB 103. Wiener Philharmoniker, C Thielemann (2020, 1 cd SONY classical). Dans la version Nowak de 1877, Bruckner livre en réalité sa seconde mouture de la ré mineur. Scherzo développé dans sa partie finale, – coda plus spectaculaire (au diapason de la démesure du Moderato con moto, d’ouverture, réellement impressionnant voire colossal, ou du dernier tutti final qui fait résonner la clameur cosmique); d’emblée, comme dans la 4è qui appartient à la même intégrale en cours, Thielemann trouve un équilibre idéal entre l’architecture pharaonique des tutti, gorgés de vibrations chtoniennes (trombones par 3, cors par 4, trompettes par 2) qui terrassent par l’ampleur du souffle, d’une part ; et les séquences plus « pastorales » comme éthérées où brillent la couleur et les accents plus intimes des bois, d’autre part. L’opulence du geste qui sait être aussi intime (préfigurant les seconds chants de Mahler), cisèle une matière sonore particulièrement transparente malgré l’apparente épaisseur de l’écriture ; ce qui distingue la version Thielemann, des autres chefs, : sa brillance et sa clarté détaillée. La ferveur sincère de Bruckner le croyant convoque l’esprit du cosmos, la grandeur divine, grâce à une orchestre tellurique capable de marteler l’espace à grands coups éruptifs. Sans jamais être sec, le chef parvient néanmoins à construire autour du portique monumental, tout un monde scintillant et vibrant. Même respiration profonde dans l’Adagio, énoncé comme un nocturne apaisé dont l’élan et l’aspiration vers les cimes se font prière mystérieuse. Le Scherzo, le plus remanié (étendu) dans la 2è version, frappe par sa coupe martiale, tellurique à laquelle répond la valse enivrée des cordes ; dans ce contraste de deux directions / dimensions contraires, s’affirment toujours le souffle du cosmos, la conscience d’un destin plus impressionnant, voire inquiétant. Le « trio » séduit par sa précision rythmique dans laquelle Thielemann fait danser chaque timbre sur les cordes presque insouciantes… avant que Bruckner n’énonce à nouveau le portique guerrier en une marche encore plus déterminée ; la séquence alternée, opposant 2 mondes là encore est prodigieuse de clarté et de détail.

CLIC_macaron_2014Enfin le dernier mouvement (Finale / Allegro) sculpte l’opposition des blocs avec une grande fermeté organique ; Thieleman creuse l’effet des contrastes entre la polka des cordes (énoncée presque ironiquement) et pourtant avec une tendresse manifeste, et le choral (cors et trombones d’une somptueuse rondeur) assourdissant qui rappelle peines et blessures, morsures répétées d’un destin insensible. Visions terrifiantes, vertigineuses ; séquences dansantes plus insouciantes ; ondes plus souterraines et proprement mystérieuses (en particulier dans le dernier mouvement), orchestration wagnérienne d’une piété riche en secousses et doutes, Thielemann aborde la 3è avec une cohérence détaillée, idéalement expressive : il parvient à exprimer la pluralité du Bruckner croyant. La réussite est totale, comme sa version de la symphonie n°4 plus récente. Le travail du chef avec les Wiener Philharmoniker s’avère passionnant. Intégrale à suivre.

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CD, critique. BRUCKNER : Symphonie n°3 « Wagner » WAB 103. Wiener Philharmoniker, C Thielemann (2020, 1 cd SONY classical)

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LIRE aussi notre critique de la Symphonie n°4 de Bruckner par Thielemann / Wiener Philharmoniker – CLIC de CLASSIQUENEWS :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-bruckner-symphonie-n4-wab-104-edition-haas-thielemann-wiener-philh-2020-salzbourg-1-cd-sony/
Voilà déjà le 3è volume d’une future intégrale Bruckner par Christian Thielemann, à la tête des Wiener Philharmoniker. L’orchestre autrichien semble comprendre naturellement l’écriture brucknérienne puisqu’il la joue depuis 1873 : une continuité et une histoire qui explique d’évidentes affinités. La 4è, créée en 1881, est un sommet entre puissance, spiritualité et tendresse pastorale.

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